La Tribune

Faut-il cloisonner l'économie sociale et solidaire ?

Table ronde intitulée "L'économie sociale et solidaire : une voie de sortie de crise ?" organisée par la mairie de Paris et la Tribune et animée par Sophie Peters, éditorialiste. Crédit photo/Matthieu Chestier
Table ronde intitulée "L'économie sociale et solidaire : une voie de sortie de crise ?" organisée par la mairie de Paris et la Tribune et animée par Sophie Peters, éditorialiste. Crédit photo/Matthieu Chestier
Mathias Thépot  |   -  734  mots
A l'occasion d'une table ronde intitulée "l'économie sociale et solidaire (ESS) : une voie de sortie de crise?", organisée par la mairie de Paris et La Tribune, plusieurs acteurs de l'ESS se sont accordés à dire que la définition d'une entreprise ESS tenait plus au sens de son action qu'à son statut juridique.

Il y a débat. A l'heure où le ministère de l'économie sociale et solidaire (ESS) s'apprête à créer un label pour les entreprises de l'ESS, les voix divergent sur le périmètre exact de l'ESS. Les acteurs présents lors d'une table ronde intitulée "l'économie sociale et solidaire (ESS): une voie de sortie de crise?", organisée par la mairie de Paris et La Tribune, s'accordaient en tout cas à dire que l'ESS ne pouvait pas se limiter aux seuls statuts juridiques (mutuelles, associations, coopératives et fondations), ce qui entretient malgré tout une nébuleuse. Plusieurs acteurs du milieu, pour beaucoup du courant de l'entreprenariat social, l'assument complètement. Présents à la table ronde, Jean-Marc Brûlé, président de l'Atelier, Jean-Marc Borello, président du groupe SOS, Sarah Mariotte, responsable des programmes de sélection des entrepreneurs sociaux d'Ashoka, et Xavier Corval, dirigeant fondateur d'Eqosphère sont de ceux-là.

Une action porteuse de sens et d'innovation sociale

Satisfait qu'un certain "flou" soit entretenu et que "la création du label aille dans ce sens", Jean-Marc Brûlé estime qu'une entreprise, pour être ESS, doit être capable de "le prouver par son efficacité et par son action, porteuse de sens et d'innovation sociale". Ce, en "démontrant l'efficacité du projet à l'euro investi", ajoute Jean-Marc Borello, tout en respectant en parallèle des principes d'écarts de salaires réduits, de "gouvernance plus démocratique et moins autoritaire, et de répartition des richesses plus équitable", ajoute le patron du groupe SOS. Il voit d'ailleurs dans ces principes "un modèle d'entreprise raisonnable, rien de très original" au final.
Ashoka va encore plus loin. Sans porter de jugement sur la création du label, Sarah Mariotte ne souhaite pas que les acteurs de l'ESS soient "mis dans des cases". Elle plaide "pour un décloisonnement plutôt que de recréer une nouvelle catégorie" d'acteurs.
Tous s'accordent en tout cas à dire que l'ESS ne peut pas être limitée à quatre statuts juridiques, qui parfois ne garantissent même pas, selon eux, la finalité sociale et environnementale d'une activité. Jean-Marc Brûlé fait à ce sujet référence aux banques de financement et d'investissement des groupes bancaires coopératifs Crédit Agricole et BPCE.

Une rentabilité d'ordre social et sociétal

Loin des querelles de chapelles, certains principes rassemblent tout de même tous ces acteurs, qu'ils soient statutairement de l'ESS ou entrepreneurs sociaux. "C'est une économie qui se recrée, qui se renouvelle en permanence", estime Elena Lasida, directrice du Master "Economie solidaire et logiques de marché" à l'Institut Catholique de Paris. Ce qui la fait avancer, c'est son "sens, qui se construit" en opposition "aux valeurs, qui préexistent". En plus de fournir l'accès aux biens, l'ESS fournit "l'accès au vivre ensemble", soit in fine "une économie où la rentabilité n'est pas uniquement d'ordre monétaire mais aussi d'ordre social et sociétal", ajoute l'économiste. 

Une voie de sortie de crise? 

Avec tant de vertus, l'ESS peut-elle alors être une voie idoine pour sortir de la crise? Pauline Véron, adjointe au maire de Paris, déléguée à l'économie sociale et solidaire, y croit. Face à cette crise "de très grande ampleur économique, sociale et environnementale" qui "déboussole" et implique "une perte de sens", l'ESS ravive "les fondamentaux d'entreprendre" régis davantage par la passion que par l'appât du gain, indique l'ajointe au maire. Pour François Debiesse, conseiller de la Banque Privée pour la philanthropie et la micro-finance chez BNP Paribas, c'est la convergence entre les acteurs de l'économie dite classique et de l'ESS qui constitue un espoir de sortie de crise. Il prône un dialogue commun pour réfléchir à des projets ensemble, et tirer ainsi le meilleur de deux mondes que tout semble opposer. Même si, "ce sont deux mondes qui parlent le même langage", estime Sarah Mariotte, qui ne voit en revanche pas dans l'ESS une voie de sortie de crise mais plutôt une vraie façon de faire autrement.
Il ne faut cependant pas être dupe, la crise ayant atteint une telle profondeur, il sera quasi impossible à la seule ESS de tout résoudre. "La crise est là pour longtemps et ne s'arrêtera jamais", constate macabrement Jean-Marc Brûlé. Notamment "la crise écologique qui va en s'amplifiant".

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Commentaires

Devhope  a écrit le 23/07/2013 à 17:12 :

Considéré comme un outil de sortie de crise l'économie sociale et solidaire peut ne pas arriver à un changement radical du monde mais les actions aussi minimes peut contribuer à faire avancer les choses. la crise pourra avoir une fin lorsque nous allons accepter que c'est possible et qu'avec nos actions nous allons y arriver. La vraie question reste cependant quand allons nous réellement commencer avec l'application de l'ESS?

catharbre  a écrit le 10/12/2012 à 12:26 :

Dans cet article comme dans beaucoup de textes ou de déclarations, il me semble que si la dimension sociale et sociétale de l'ESS est bien intégrée, le deuxième S de solidarité semble très peu présent . pourtant, au delà des valeurs que cela implique, il me semble que cette dimension est un des axes forts de son efficacité sociale et économique .
au delà de l'aspect juridique, si on ne cloisonne pas, ne faisons quand même pas de l'ESS un vaste fourre tout type greenwashing

Pas un rond  a écrit le 02/12/2012 à 18:56 :

Que l'ESS se développe sans subvention puisque ce modèle est jugé efficace ! Pas besoin non plus d'un statut particulier : les salariés actionnaires ne diffèrent en rien des actionnaires des sociétés classiques.

AIBO  a répondu le 03/12/2012 à 10:20:

Vous avez raison. Pas besoin de subvention ; il n'y a pas de subvention par ailleurs : cela tombe bien !
Concernant le statut : pas besoin de statut particulier : on puise dans ce que ce brave Napoléon III nous propose : le statut coopératif.
Sur le point particulier : "les salariés actionnaires ne diffèrent en rien des actionnaires des sociétés classiques" : je vous suggère de progresser sur les effets de leviers d'une gouvernance coopérative.

Jjean  a écrit le 01/12/2012 à 22:46 :

On est en train de réinventer une variante de communisme. Pour beaucoup, la solidarité c'est quand je reçois, mais donner ? c'est de l'exploitation. L'homme moyen n'existe pas mais on essaie de le standardiser, normaliser et moyenniser dans des règles qui ne conviennent à personne. Quand on aura admis qu'il y a des courageux et des paresseux, des volontaires et des mous, des malins et des peu malins, mais qu'il faut un système qui fasse vivre tout le monde, on aura déjà progressé. On confond trop souvent solidarité et égalité.

BMarcel  a répondu le 03/12/2012 à 11:53:

Variante de communisme? revoyez vos cours d'histoire...!!! Montrer que chaque individus est unique et différent coule de source mais je ne vois pas le rapport...de même que votre dernière phrase qui tombe comme un cheveux sur la soupe!! L' ESS permet une émancipation individuelle via une démocratie plus participative et locale (implication associatif, prise en compte des grands sujets de la société, réappropriation du pouvoir économique...) tout en prenant en compte le collectif. L'ESS possède un ancrage local, est décentralisé et appartient au citoyens. Dans le communisme tel qu'il a existé, le pouvoir est centralisé par l'Etat qui dirige sans prendre en compte l'individu...

Avis  a écrit le 01/12/2012 à 21:09 :

Tout est de savoir si c'est utile pour la France ou la mondialisation!

Avis  a écrit le 01/12/2012 à 21:07 :

Le cloisonnement; c'est chasser le dogme pour le local! Les ordres supérieurs ne sont qu'un ordre comptable!

abbe pierre  a écrit le 01/12/2012 à 18:33 :

il faut stoper le solidaire et le sociale , la france n'en a plus les moyens

Stop!  a répondu le 01/12/2012 à 21:12:

Merci de croire tout ce que l'on vous dit! Allons gaiement sur votre projet!

BMarcel  a répondu le 03/12/2012 à 12:02:

Encore un commentaire réductionniste...!!! Sociale et solidaire ne veut pas forcément dire dépenses et dettes! Il s'agit plutôt de réorienter l'économie vers la satisfaction de véritables besoins qui sont peu ou pas satisfait par les entreprises classiques (Santé, éducation, culture, sport, alimentation, fiance.....). Donc développer l'économie sociale et solidaire, c'est faire des économies sur ce que coûte chaque année,l?exclusion, les problèmes de liens sociaux, de santé, de manque d'éducation...et éviter de gaspiller son argent en renflouent les banques ou des grosses entreprises. Par ailleurs, il conviendrait peut-être de comprendre pourquoi nous sommes arrivés dans cette situation d'endettement et de ne pas reproduire la même chose.

guillaumefichet  a écrit le 01/12/2012 à 17:47 :

Economie sociale et solidaire derrière des grands mots se cache un véritable paradis fiscal in shore. Ces entreprises associations, ONG, fondations ne paient pas d'impôts et peu de taxes, et en plus bénéficent des largesses de l'Etat sous forme de subventions. D'un coté des entreprises ordinaires qui ont mauvaise réputation car elles doivent gagner de l'argent et de l'autre des entreprises qui ont une bonne image parce qu'elles ne font pas de bénéfices. S'il n'y avait que des entreprises solidaires nous serions tous dans la misère car l'Etat n'aurait plus d'argent

Malar  a écrit le 01/12/2012 à 16:54 :

Le concept de socialisme ne colle pas à la nature innée de l'homme. Vous êtes en train de brasser du vent.

 a répondu le 05/12/2012 à 16:22:

Quelle est donc la nature innée de l'homme : le loup ?

Manufuture  a écrit le 01/12/2012 à 15:15 :

On voit bien que notre monde se dissout. Que l'identité de l'être humain de demain pose question: monitoré, transformé, augmenté, numérique, quasi immortel bientôt, qui sommes nous? Qui serons nous?
On voit bien que ce ne sont plus les dirigeants qu'il faut remettre en cause, en changer ne change rien.
On voit bien qu'il nous faut resetter nos logiciels. Et croyances. À commencer par passer du droit de propriété au droit d'usage. Pas facile!!

C'est donc le système en tant que tel qui doit être transformé.

L'ESS a ceci de génial que c'est avant tout un fabuleux laboratoire d'innovation organisationnelle, lieu et temps d'invention du Monde d'Après. D'ailleurs les runes diplômés les plus brillants ne s'y trompent pas: soit ils partent, soit ils se rapprochent de ces mouvements.

Espoir! En l'humanité et sa capacité de rénovation.

Programme  a répondu le 02/12/2012 à 18:49:

"Passer du droit de propriété au droit d'usage" Quel programme ! Ce sont bien sûr nos gentils dictateurs socialistes qui décideront du droit d'usage de chacun, selon des critères qu'on imagine innovants et parfaitement humanistes : eux d'abord, leurs complices ensuite, le peuple enfin, s'il reste quelque chose à user. Nous aurons enfin atteint d'égalité "réelle", ce nirvana des idéologues ; tous uniformément pauvres et affamés.

ralexandre  a écrit le 01/12/2012 à 14:17 :

rien de nouveau sous le soleil, le concept RES existe depuis longtemps