La Tribune

L'Egypte sous tension : pourquoi le monde arabe s'enflamme

La Tribune Infographie
La Tribune Infographie
Reportage de Marion Guénard pour La Tribune  |   -  597  mots
De grandes manifestations sont prévues ce vendredi en Egypte. Internet serait coupé dans le pays depuis quelques heures. Des membres des frères musulmans auraient été arrêtés. L'opposant historique d'Hosni Moubarak, Mohammed El Baradei, prix Nobel de la paix et ex président de l'Agence internationale de l'énergie atomique, est arrivée jeudi soir au Caire.

De grandes manifestations sont prévues ce vendredi en Egypte. Internet serait coupé dans le pays depuis quelques heures. Des membres des frères musulmans auraient été arrêtés.

« Moubarak dégage ! » : c'est avec ce slogan que les Égyptiens ont encore manifesté jeudi. À travers les médias et Internet, d'Al Jazeera à Facebook, les opinions publiques sont connectées et solidaires sur les rives de la Méditerranée. Si chaque pays a ses spécificités, la plupart se retrouvent fragilisés de ne pas avoir su faire rimer croissance avec développement humain.

« Ça suffit ! On doit changer les règles ! Trop de gens vivent dans la misère ! » s'insurge ainsi Omar, 19 ans, étudiant en économie, au coeur d'une manifestation. « On exige l'instauration d'un salaire minimum de 1.200 livres (150 euros). Je descendrai dans la rue jusqu'à ce que le gouvernement réponde à nos demandes ! » Depuis mardi, les Égyptiens manifestent leur colère dans les rues du pays. Pour mettre fin à l'ère Hosni Mourabak, au pouvoir depuis près de trente ans. Mais aussi pour obtenir un système social plus équitable.

Pourtant, sur le papier, l'Égypte se porte bien. Son économie est dynamique avec un taux de croissance de 6 % au premier trimestre 2010. De par sa stabilité politique et grâce aux réformes de libéralisation économique entamées en 2004 par le Premier ministre, Ahmed Nazif, le pays à la faveur des investisseurs étrangers. Depuis 2009, il est la deuxième destination la plus attractive du continent africain, avec plus de 5 milliards d'euros d'investissements directs étrangers par an.

Mais tout le monde ne profite pas de ce dynamisme. Mohamed est vendeur de chaussures au centre-ville. Il gagne moins de 1.000 livres (125 euros) par mois. Il a dû mal à joindre les deux bouts. « Quand le salaire tombe à la fin du mois, je ne sais pas comment faire pour tout payer ! Le loyer à 350 livres (45 euros), l'électricité, la nourriture pour ma femme et mes deux enfants... » Aux salaires de misère s'ajoute l'inflation galopante : elle est environ de 10 % par an. « Le prix du sucre est à 2,50 livres ! Vous vous rendez compte ! Il faut que le gouvernement baisse les prix, on ne peut plus continuer comme ça ! » s'inquiète-t-il.

L'opposition se réveille

Plus généralement, c'est tout un système que dénoncent les manifestants : un État rongé par la corruption, la proximité douteuse des hommes d'affaires et des dirigeants politiques, le népotisme... Un système, enfin, où la redistribution des richesses est inexistante. Aujourd'hui, 40 % des 80 millions d'Égyptiens vivent en dessous du seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 2 dollars par jour.

Pour parer à une éventuelle propagation du soulèvement tunisien, le gouvernement égyptien a annoncé la semaine dernière que 4 milliards de livres (500.000 euros) supplémentaires seront consacrés aux produits subventionnés par l'État. Pour l'instant, les autorités se veulent confiantes. Selon le ministre du Commerce et de l'Industrie, Rachid Mohamed Rachid, il n'y a pas de risque de déstabilisation en Égypte.

Mais, les manifestants ne l'entendent pas de cette façon. Via les réseaux sociaux, qui jouent un rôle essentiel (quand Internet n'est pas coupé), de nouveaux rassemblements sont prévus ce vendredi à travers le pays, après la prière. Une page Facebook consacrée à cet appel a déjà enregistré 55.000 amis. Et l'opposant et ancien patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohamed ElBaradei est arrivé jeudi soir au Caire pour y participer.

Découvrez ce vendredi 28 janvier 2010 et tout le week-end notre dossier spécial : Comment les pays arabes ont gâché leur croissance

Réagir

Commentaires

EIFFEL  a écrit le 05/02/2011 à 7:05 :

La cause de la révolte n'est pas le fait d'Hosni Moubarak mais des egyptiens eux-mêmes qui mettent chaque année 1.3 millions d'individus supplémentaires sur le marché du travail suite à leur trop forte natalité !

du courage  a écrit le 29/01/2011 à 10:06 :

Les français qui se plaignent de gagner peu et qui appelle a une révolte d'imbécile n'ont qu'à prendre leur courage à deux mains, chercher une filière et créer leur propre entreprise. Mon père, 69 ans, l'a fait et s'en sort très bien ! Seulement on en trouve de moins en moins de gens avec une once de volonté de nos jours !

sunse  a répondu le 02/02/2011 à 21:34:

créer une entreprise de pieds nickelés...

fafa  a écrit le 28/01/2011 à 19:16 :

il n'y a pas que les pays arabes qui sont en surchauffe, d'autres occidentaux vont suivre dans très peu de temps. La seule chose qui nous distingue d'eux, c'est le confort matériel et l'individualisme, mais quand la décadence aura atteint le point bas avec des assiettes vides ce sera sauve qui peut!!!!!!!!!!!!
Ce temps est proche à en voir avec le nombre d'appels de familles qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts, la chute est très très rapide et le rappel est journalier. La preuve avec la révision de croissance, les politiques sont paumés et ne savent plus quoi inventer!!!!!!!!!!!!

marre  a répondu le 28/01/2011 à 19:45:

Absolument d'accord avec vous...je pense sincèrement que ce qui se passe en ce moment dans les pays arabes est comme le début de quelque chose de complètement nouveau et qui va se propager de plus en plus à une échelle beaucoup plus vaste

n'importe quoi  a répondu le 29/01/2011 à 10:03:

Ces pays se battent pour leur liberté, ce que nous avons fait il y a longtemps. Nous sommes dans des pays démocratiques et les citoyens savent que le seul moyen de s'exprimer, dans de tels pays, c'est les élections. Ceux qui appelle à ces révoltes ne sont que des extrémistes démago qui profite de la faiblesse d'esprit de certaines composantes de la population (fort heureusement ce n'est pas la majorité, ce n'est même qu'une petite minorité).

Blé  a répondu le 29/01/2011 à 11:56:

Ces pays se battent pour leur libertés notamment d'expression, mais le détonateur est le prix du pain aliment de base et l'impossibilité de voir une amélioration de leur conditions de vie.

marre  a écrit le 28/01/2011 à 19:04 :

au passage en France, c'est pas mieux, je gagne 1300 euros et je paie 750 euros de loyer + le reste, assurance, gaz, électricité, etc...il me reste 40 euros pour vivre a la fin du mois...

marre  a écrit le 28/01/2011 à 18:54 :

Que c'est pénible d'entendre toujours les mêmes sornettes...A chaque fois qu'une colère s'exprime, elle est toujours perçue comme une revendication sociale...A croire que le modèle du petit employé tertiaire et endetté sur 40 ans et trimant 10 heures par jours + 3 h de transport , est un modèle que toutes les populations du monde envi! C'est ainsi que l'on nous explique que les Français on voté contre l'Europe à cause du pouvoir d'achat, qu'ils votent FN à cause du pouvoir d'achat etc.....aujourd'hui on nous explique que les peuples du Maghreb recherchent aussi le pouvoir d'achat! Bref, à écouter ses sornettes....il faudrait d'avantage de mode de vie occidental et ultra libéral pour rendre tout le monde heureux...quelle niaiserie!!! Ils ne vous viendrais jamais à l'idée que peut-être les peuples ne supportent plus tout simplement l'idéologie et le mode de vie que vous professez en longueur et en largeur...les peuples ne supportent plus d'être sous la coupe de minorités incompétentes, et dont le seul leitmotiv est consommez, consommez!!!!

Latribune.fr  a répondu le 28/01/2011 à 19:11:

"Consommez ?!!" Etes vous sur que c'est ce que disait Ben Ali et ce que dit Hosni Moubarak aux populations pauvres ? S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche, aurait dit Marie-Antoinette...

marre  a répondu le 28/01/2011 à 19:33:

Non..Ben Ali ne le disait pas directement a son peuple....Ca ne marche pas comme ça...Les injonctions, c'est comme les marches d'escaliers, il faut les monter ou descendre une à une...Les injonctions se reçoivent de l'étage juste au dessus et se transmettent à l'étage juste en dessous...
par imitation et proximité.

Effectivement quand l'écart entre les étages est très important, les perceptions de la réalité ne sont plus du tout les mêmes et on en arrive à Marie-Antoinette...qui conseillent des brioches à défaut de pain!

europe  a écrit le 28/01/2011 à 18:40 :

nous avons foutu la merde

foug  a écrit le 28/01/2011 à 14:56 :

Changer les régimes en place dans les pays arabes est devenue une necissétée vitale inévitable.
Seulement par qui et comment?

Croix  a écrit le 28/01/2011 à 12:22 :

C'est le boulot des services USA

clodef  a écrit le 28/01/2011 à 8:37 :

On peut s'interroger sur la réalité de ces chiffres lorsque l'on voit qu'il y aurait en Algérie (ou en Egypte )des taux de chomage inférieurs à ceux de chez nous ?
Alors que la "richesse " de l'Algérie ne vient vraiment pas de son industrie ou son agriculture misérables ,mais de son pétrole et de son gaz

philbou83  a écrit le 28/01/2011 à 8:25 :

Les prix des matières premières sont en hausse constante ce qui provoque la colère des peuples lorsqu'un certain seuil est atteint. N'y aurait il pas une spéculation orchestrée pour déstabiliser les régimes arabes en place pour les faire tomber et instaurer des "démocraties" à leur place? ce moyen est peut être au final plus efficace que l'envoi de troupes armées comme en Afghanistan et en Irak. Mais qui serait à l'origine de cette spéculation sur les matières premières? L'oncle Sam?

pafou  a répondu le 28/01/2011 à 8:49:

Très intéressant, je pense que la vérité n'est peut-être pas très loin. A qui profite ces spéculations ?

Ahmed  a répondu le 28/01/2011 à 13:17:

Ce n'est pas du tout dans les intérêts des pays occidentaux que des régimes comme ceux de Moubarak ou de Ben Ali chute. Ces régimes, pro occidentaux et qui protège les intérêts de pays comme Israël.
Si spéculation il y a, je ne sais pas à qui profite-t-elle à par aux investisseurs et aux financiers...

freddy  a répondu le 28/01/2011 à 13:33:

WTOZA FREDDY (RDC)
Ifaut chasser tout les dictateurs du monde en suivant la marque Tunisienne.