Faudra-t-il bientôt payer pour rouler sur les autoroutes allemandes ?

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Le quotidien populaire Bild Zeitung a publié un projet de péage forfaitaire sous la forme de vignettes dont le montant irait de 80 à 365 euros par an. Le gouvernement a démenti cependant sa mise en place avant les élections fédérales de 2013.

Un coup de tonnerre. Oublié le débat sur le nucléaire ou la crise de l'euro. L'Allemagne ne parle désormais que de cette information exclusive parue dans la Bild Zeitung de lundi : le ministère fédéral des Transports préparerait l'introduction d'une vignette nécessaire pour utiliser les autoroutes et les routes de grande circulation dans le pays. Le tabloïd dévoile même quatre projets de grille tarifaire. La première propose une vignette électronique annuelle à 80 euros, avec des possibilités d'acheter des abonnements pour deux mois à 30 euros et 10 jours à 10 euros. La quatrième fait froid dans le dos des amoureux de l'automobile que sont les Allemands : une vignette annuelle à 365 euros, celle bimensuelle à 125 euros et celle décadaire à 75 euros ! Dans ce dernier cas, le ministère, bon prince, propose de supprimer l'actuel impôt sur l'automobile dont le calcul actuel est quasi-kabbalistique.

Une manne bienvenue de 3,5 à 15,5 milliards d'euros

L'information était trop précise pour laisser place au doute et a déclenché un tollé. Le ministre des Transports Peter Ramsauer a pourtant exclu la mise en place d'une telle vignette avant les prochaines élections fédérales de 2013. "Ce péage ne fait pas partie du contrat de coalition et n'est pas à l'ordre du jour", a-t-il martelé. Le porte-parole d'Angela Merkel a assuré que le gouvernement actuel ne franchirait pas le rubicond de la vignette. Pourtant Peter Ramsauer estime qu'il n'y a pas là "d'interdiction de réfléchir".

Le sujet mérite effectivement réflexion : dans sa version modérée, la vignette rapporterait au budget de l'Etat 3,41 milliards d'euros, dans sa version extrême pas moins de 15,5 milliards d'euros ! Une manne qui serait la bienvenue pour rénover les infrastructures routières de l'ouest de l'Allemagne qui souffre d'un sous-investissement cruel depuis deux décennies. Alors que dans l'ex-RDA, le flot de subventions a permis de construire des autoroutes flambant neuves, celles de l'ouest sont souvent en piètre état, la chaussée est rafistolée à la va-vite et les portions de travaux de rénovations se multiplient et dure souvent pendant des années.

Des autoroutes gratuites mais en mauvais état

Le puissant automobile-club allemand, l'ADAC avait titré son magazine mensuel de février : "République allemande des nids de poule". Il est vrai que les autoroutes allemandes sont entièrement gratuites et publiques et que l'Etat fédéral et les Länder semblent souvent débordés par l'ampleur et le coût de l'entretien du réseau.
Du coup, l'idée de péages ou de vignette est un serpent de mer de la politique allemande. Gerhard Schröder avait tranché en introduisant à partir du 1er janvier 2005 un péage pour les poids lourds qui rapporte quelques 3 milliards d'euros au budget fédéral. Une somme réinvestie dans les réseaux de transport, mais seulement partiellement aux investissements routiers. Le 15 avril dernier, le Bundestag a décidé d'élargir ce péage à l'ensemble des quatre-voies du pays, soit 1000 km supplémentaires.

Le sujet divise à droite comme à gauche

Le sujet est sensible compte tenu de son impopularité et de la résistance féroce de l'ADAC, association qui compte 17 millions de membres. A droite, il divise. Angela Merkel y est opposée, tout comme les Libéraux. Mais le patron de la CSU bavaroise, Horst Seehofer avait, début avril, appelé à la mise en place de péages autoroutiers, rejoignant ainsi Peter Ramsauer qui plaide pour une telle solution depuis son entrée en fonction en septembre 2009.

A gauche, le SPD et Die Linke ne veulent pas entendre parler de cette vignette "injuste". Quant aux Verts, ils sont nettement mal à l'aise. Taxer le trafic auto n'est pas pour leur déplaire, mais ils ne veulent pas heurter l'opinion alors qu'ils sont au plus haut dans les sondages (le dernier paru les place à 28 % juste trois points derrière la CDU). Ils ont donc rejeté les plans de Peter Ramsauer, tout en réclamant des péages dans les centres villes, histoire de déplacer le débat. Il n'est donc pas certain que la vignette verra le jour, même après les élections de 2013 et même en cas de victoire des Ecologistes.
 

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Commentaires
a écrit le 18/07/2011 à 20:35 :
La France avait promis une fois les autoroutes payées qu'elles les rendraient gratuite. On connait le résultat. C'est comme la CSG, LE RDS, une fois en place cette manne d'argent ne s'arrette jamais. On nou sprend depuis bien longtemps pour des imbéciles. Que des mensonges de nos politiciens. En allemagne, la promesse est tenue pour le redressement de l'allemagne de l'Est. L'état et les grandes entreprise ne paient pas l'Ursaff et pour renflouer la dette de la Sécu, le citoyen doit raquer....
a écrit le 16/07/2011 à 9:34 :
Vivement les péages sur nos départementales pour renflouer les caisses des conseils généraux ; l'Etat ayant déjà bradé nos autoroutes au privé ; il va être temps que les départements fassent de même...pour que nos routes soient remises en état

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