Déficits : pourquoi Bruxelles a donné un bol d'air à la France

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La montée des populismes en Italie lors de la dernière élection de février et la crise politique qui s'en est suivie a constitué un électrochoc dans l'esprit des dirigeants européens. Depuis cette date, les signes d'un revirement des positions de Bruxelles au sujet de l'austérité se multipliaient. Et face au risque politique qui monte dans certains pays de la zone euro dont la croissance est menacée, la Commission a fini par mettre de l'eau dans son vin. Et donné un peude temps à la France.

La crainte face à la montée des populismes dans les pays en difficulté de la zone euro aura fait comprendre aux dirigeants européens qu'il fallait lâcher du lest sur la mise en place de la politique d'austérité. Et c'est l'élection italienne de la fin février, qui a marqué l'émergence d'un vote de défiance vis-à-vis de Bruxelles avec la surprise Beppe Grillo et le retour fulgurant de Silvio Berlusconi sur le devant de la scène qui aura servi d'électrochoc.

La prise de conscience face au risque politique dans les pays en crise

Depuis cette date, les craintes de la Commission face à la montée des populismes sont devenues visibles. Ainsi, le Commissaire européen aux Relations interinstitutionnelles, Maros Sefcovic, en visite à Paris au lendemain de l'élection italienne avait-il fait part de son inquiétude face à la montée en puissance de partis "antidémocratiques", selon ses termes, en évoquant le cas italien. "On se rend compte que l'on peut perdre une génération, les jeunes ne croient plus dans le système démocratique", s'était-il inquiété. A l'époque, il s'agissait pour lui de défendre le projet européen en faveur de l'emploi des jeunes, l'une des armes mises en avant par Bruxelles et entérinée par le Conseil européen en décembre, et l'utilisation des fonds structurels pour relancer la croissance.

Difficile d'en demander plus aux Français

Même si la France ne doit pas connaitre d'élection majeure avant 2014, le risque politique existe dans le sens où François Hollande, en chute libre dans les sondages, a le plus grand mal à faire l'unanimité auprès des Français. Selon un sondage publié le 2 mai par CSA, Marine Le Pen, du Front national, devance François Hollande de 4 points avec 23% d'opinions favorables. Dans ce contexte, difficile d'en demander plus aux Français. D'autant plus que des mesures d'économies supplémentaires comportent le risque d'entraver les chances de reprise économique, et donc de retournement de la courbe du chômage.

"Pour réussir, une politique doit bénéficier de soutien politique et social"

Les signaux en provenance de la Commission européenne allant dans le sens d'un délai accordé à certains pays de la zone euro, dont la France et l'Espagne, pour atteindre leur objectif de 3% de déficit public s'étaient multipliés. Lors du sommet du mois de mars, le Conseil européen avait accepté l'idée de reporter les objectifs de réduction du déficit public de la France et du Portugal d'un an. Enfin, la semaine dernière, le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso avait affirmé que "pour réussir, une politique ne doit pas seulement être bien conçue, elle doit bénéficier aussi d'un minimum de soutien politique et social".

Il n'aura pas fallu attendre longtemps après que les données statistiques sur les perspectives de croissance soient recueillies par l'agence européenne Eurostat pour qu'Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires ne considère qu'un délai de deux ans accordé à ces deux pays serait "raisonnable". Alors que la Commission européenne n'est censée délivrer ses recommandations que fin mai.

La Commission reconnaît le lien entre austérité et ralentissement économique

En Espagne, Mariano Rajoy veut privilégier les réformes structurelles aux mesures d'économies. Et en Italie, le social démocrate et fédéraliste Enrico Letta, qu'il serait risqué de mettre en échec car il est la seule alternative aux eurosceptiques Beppe Grillo et Silvio Berlusconi en ces temps de blocage politique, a promis de mettre fin à l'austérité et demandé des marges de man?uvre à Bruxelles pour relancer l'économie de son pays.

Enfin, le nouveau locataire du palais Chigi s'est dit en ligne à "100%" avec François Hollande lors de sa visite à Paris cette semaine. Le président de la République milite lui même depuis des mois pour un allègement des objectifs budgétaires et le gouvernement refuse de mettre en place un nouveau train de mesure en 2013 pour rentrer dans les clous.

Or, en l'état actuel des choses, les engagements de réduction des déficits de la France et de l'Espagne ne pourront pas être atteints. Pragmatique, la Commission a en fait accepté un état de fait en accordant deux ans supplémentaires aux deux pays. Quant à l'Italie, Olli Rehn a promis une sortie de la procédure d'infraction pour déficits excessifs à condition qu'elle poursuive les réformes structurelles commencées par Mario Monti. De quoi donner un peu d'air à la troisième économie de la zone euro.

Pour masquer ce qu'elle a du mal à qualifier de revirement, elle a affirmé que des efforts ont déjà été faits et que la décision lui a été dictée par la mauvaise conjoncture. En réalité, elle reconnait sans le dire que l'austérité a des effets pire que prévu sur la croissance. Le sombre pronostic de Bruxelles pour la croissance en zone euro en 2013 est là pour en attester. Reste à savoir si ce revirement sera suffisant pour endiguer le mécontentement grandissant dans le sud de la zone euro. Car avec cette prise de position, l'assainissement budgétaire reste malgré tout de mise, et la défiance vis-à-vis de l'Union européenne est déjà bien ancrée dans les opinions publiques.

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Commentaires
a écrit le 06/05/2013 à 20:42 :
Rien d'étonnant à ce report. La CE ne pouvant que constater que la France était, est, sera hors des clous. Quant au 3% pas étonnant que l'Italie s'en satisfasse puisque qu'elle respectera cette obligation paraphée par le gouvernement Ayrault.
a écrit le 06/05/2013 à 19:46 :
Bruxelles n'a pas changé de position, elle donne simplement du temps pour que les gouvernements nationaux bourrent le mou de leur peuple pour qu'il comprenne enfin qu'il est populiste, anti-démocratique, méchant, criminel, nazi... de vouloir s'opposer à ce que leur dicte les élites technocratiques bien-pensantes élues par personne. Voyons, la populace n'a pas sa place - si ce n'est celle d'obéir et de fermer sa gueule - dans cette merveilleuse Union Européenne de la paix, de la prospérité et de la solidarité !
a écrit le 06/05/2013 à 19:39 :
La BCE n'est pas la FED ... là est notre problème !
a écrit le 06/05/2013 à 19:09 :
Un bol d'air, c'est du vent, ça ne coûte rien. La dette aussi c'est du vent, parce qu'elle n'est jamais remboursée. Il en va tout autrement des intérêts.... que nous ne payions pas avant 1973. La révolution, ce n'est pas refaire 1789, mais 1973 à l'envers.
a écrit le 06/05/2013 à 19:09 :
Un bol d'air, c'est du vent, ça ne coûte rien. La dette aussi c'est du vent, parce qu'elle n'est jamais remboursée. Il en va tout autrement des intérêts.... que nous ne payions pas avant 1973. La révolution, ce n'est pas refaire 1789, mais 1973 à l'envers.
Réponse de le 15/05/2013 à 12:05 :
@Pierre
Regardez bien un tableau d'amortissement, vous verrez qu'au début vous remboursez beaucoup d'intérêts et pas beaucoup de capital. Pour un investisseur, c'est l'intérêt qui est important, à la limite, si le taux d'intérêt est attrayant, le capital, il s'en fout.
a écrit le 06/05/2013 à 18:05 :
Rien de conséquent n'a changé depuis trente ans, malgré krack, crise et simulacres des G20 ou G8. Il est inconcevable à ceux qui mènent le Système hégémonique mondial d'en changer, tant que les régimes politiques peuvent maîtriser leurs populations ; les "anesthésier" et leur faire peur est gage de leur réussite. L'assainissement budgétaire est la règle sans fin, d'autant qu'il est renforcé par le désendettement en même temps que les liquidités illimitées de la < quantitative easing policy >. La misère des peuples avec le tonneau des Nadaïdes
a écrit le 06/05/2013 à 17:55 :
Changez de lunettes et arrêtez de confondre le populisme et sa montée avec l'exigence de rationalité du peuple qui a faim et souhaite mettre bon ordre pour ne plus avoir faim.
Le problème est que la classe politique s'est rendue indispensable en corrompant l'application de l'article 6 des droits de l'homme, en laissant accroire que tout citoyen ne faisant pas partie de la classe ne peut être admis "à toutes dignités, places et emplois publics, selon sa capacité, et sans autre distinction que celle de ses vertus et de ses talents". Reconnaissez enfin les talents du grillo ou du sarko.
a écrit le 06/05/2013 à 17:06 :
pour que la FRANCE copie le procédé CANADIEN d'assainissement du système PUBLIQUE
a écrit le 06/05/2013 à 16:29 :
bruxelles donne tout simplement du temps à merkel élections en sept et du temps a hollande pour les elections en mars 2014 mais c'est du tres tres mauvais travail de l'endettement supplémentaire en gros continuons la meme bétise depuis trente ans
a écrit le 06/05/2013 à 15:48 :
Quelle nature humaine ? celle du renard dans le poulailler ? Lâcher la bride à la "nature humaine" prépare aux plus grandes catastrophes. L'Histoire le démontre amplement. Il lui faut au contraire une bonne bride..
a écrit le 06/05/2013 à 15:19 :
Et tout le monde oublie le centre droit, qui a depuis longtemps (2002...)une vision réaliste de la situation, et des propositions crédibles pour nous sortir de ce marasme.

Mais voilà: cote de popularité 71%, voix aux présidentielles 10%. Cherchez l'erreur!

Alors soit les français sont carrément débiles, soit les hommes politiques en place ont réussi à suffisamment dénigrer le centre droit au niveau local pour qu'il ne "passe" pas.

Dans un cas comme dans l'autre, au final, ce sont nous les "baisés". Et le réveil sera d'autant plus douloureux que nous tardrons à nous réveiller...

Alors cessons de croire aux discours débilisants des extrêmes, prenons un peu de hauteur, et soyons (enfin!) prêts à nous retrousser les manches pour nous sortir de ce foutoir.

Donnons nous des coups de pied au c..., nous en avons drôlement besoins, cela nous évitera des réflexions lénifiantes et stériles, et nous (re) plongera dans l'action.

Que diable, nous avons des atouts, utilisons les!
a écrit le 06/05/2013 à 15:15 :
Laisser l'abces gonfler plutot que le crever ne va pas arranger les choses. Je rejoins l'analyse qui predit que la France est une bombe a retardement. Les communistes ne veulent rien comprendre comme a l'habitude. Seul le retour aux libertes nationales (et donc aussi aux responsabilites nationales et individuelles) sera la solution a tous nos problemes. On continue de faire du dirigisme etatique eurobureaucrate et on ignore la nature humaine!!! Grave erreur...
a écrit le 06/05/2013 à 15:06 :
les journalistes font la part belle aux deux ans donnés à la france,mais,ils ne parlent pas beaucoup,ce qui arrange le gouvernement,des conditions de ce laxisme ( faire des réformes structurelles°; ce qui va encore nous endetter et faire perdre un an le gouvernement n'abordera ces questions qu'aprés les municipales et là , pour les francais ce sera encore un matraquge faute de s'attaquer à faire des ECONOMIES
a écrit le 06/05/2013 à 14:52 :
on a vu ce qui c'était passé en ITALIE et comme on en voulait plus d autre on a donne une année supplémentaire a la FRANCE et c'est comme ca que nous aurons une année pour nous mettre d aplomb et que j éspère on passera a un autre homme de main plus hyper que le mou que nous avons en ce moment aussi je dis que c'est pas pour nos beaux yeux mais bel et bien pour ne pas etre pris en faute parceque nous sommes quand meme la cinquiéme puissance au monde;
a écrit le 06/05/2013 à 14:48 :
La commission fait preuve de sens pratique car il ne sert de rien de donner des objectifs qu'il est impossible d'atteindre dans les délais. Un délai allongé de deux ans change complètement la donne, car il entre dans la programmation courante de l'investissement du secteur privé. C'est le temps nécessaire à l'Espagne de droite qui a opté pour les réformes de structures. La réforme en Italie, commencée par Monti va se poursuivre avec un gouvernement de coalition gauche droite qui est sur le fil de l'équilibriste. Pendant ce temps, l'état français réfléchit sur son obésité et sur la manière de la nourrir par prélèvement sur la bête. Mais attention, la petite délinquance alimentaire, surtout celle des jeunes des grandes villes, est en train d'exploser avec le chômage. Il n'y a pas de ni-ni pour eux : c'esr une question de survie.
a écrit le 06/05/2013 à 14:42 :
le déficit de toutes façons aurait été important et bruxelles le savait.alors ça ne coute pas grand chose de lacher du lest
a écrit le 06/05/2013 à 14:25 :
J aime beaucoup le passage de l article qui dit " FH a de plus en plus de mal à faire l unanimité des français " : la tribune se trompe , il fait l unanimité des français avec 76 % d opinions défavorables
a écrit le 06/05/2013 à 14:13 :
Moi ce qui me fait peur c'est que l'on apprend rien de l'Histoire et que des schémas identiques se reforment invariablement, pas de la même manière mais une crise de confiance bancaire qui implique une crise économique réelle qui implique une crise socilae et son lot de déséspérance et de montée du populisme/nationalisme qui redonne de la grandeur dans l'esprit des citoyens humiliés des pays en crise devant sans cesse se justifier devant ceux qui en profitent...

Le pire c'est que les mouvement de fonds sont d'une lenteur insolente qu'on se dit qu'il sera toujours temps de réagir (comme la Commission) mais lorsque l'on en prend conscience il est déja trop tard! Le Pen au deuxième tour en 2002. Qu'en sera-t-il en 2017 quand le poison de la sinistrose aura projeté des millions d'élécteurs supplémentaires sur leur récif car après avoir essayé Sarko l'homme d'action de Droite et Hollande l'homme de consensus de Gauche, le faux-choix les poussera verts le pire ? Après tout quand il n'y a plus d'espoir, l'homme est capable du pire!

Bref, on prie pour que les politiques allemands arrêtent leurs humiliations perpetuelles sur les pays du Sud. Comme dit le dicton: qui sème le vent, récolte la tempête!
a écrit le 06/05/2013 à 14:00 :
Il n' y a pas d' austérité en France, de quoi parle-t-on ? En France seuls les contribuables qui paient les impôts, c' est à dire 50% de la population voient ceux-ci augmenter; les 50% qui ne paient pas d' impôts n' ont aucune austérité ! Le gouvernement ne fait aucune économie, embauche toujours plus de fonctionnaires dans l' éducation, la police !! De quelle austérité souffre les français ,,,?
a écrit le 06/05/2013 à 13:39 :
Tout le monde le dit depuis le debut de la cure d'austerite impose par bruxelles, et faut attendre que des partis neonazis en grece(entre autre) arrivent pour qu'ils se rendent compte que leur politique est totalement absurde.
Il faut une cooperation economique et industrielle pour que les pays européens puissent sortir la tete de l'eau,et une vraie europe sociale,culturel avec une harmonisation fiscale par le haut.
Le mal est déjà fait a mon sens,ce delai accorde n'arrivera pas a masquer le manque de democratie dans le fonctionnement des décisions europeenes et dans ses instances

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