J.-P. Chevènement : "En France, tous les éléments d'une politique industrielle ont disparu"

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Pour Jean-Pierre Chévènement, tous les éléments d'une politique industrielle ont disparu en France: l'administration ne sait plus piloter l'industrie, les banques ne prêtent plus aux PME, les applications de la recherche sont en panne.
Pour Jean-Pierre Chévènement, "tous les éléments d'une politique industrielle ont disparu en France: l'administration ne sait plus piloter l'industrie, les banques ne prêtent plus aux PME, les applications de la recherche sont en panne". (Crédits : Reuters)
Dans un entretien accordé à La Tribune, Jean-Pierre Chevènement, ministre à plusieurs reprises et ancien candidat à la présidence de la République, détaille les thèses développées dans son dernier ouvrage "Un défi de civilisation"*. Terrorisme, mondialisation devenue folle, crise du modèle républicain, Europe, déclin industriel de la France : il propose des pistes pour répondre à ces nouveaux défis.

Dans son dernier livre, "Un défi de civilisation" (*), Jean-Pierre Chevènement essaie de comprendre comment la France a pu devenir la cible d'un terrorisme porté par ses propres enfants. Selon lui, il faut remonter bien en arrière  - au moment de la Première guerre mondiale - pour identifier le long processus de « haine de soi » qui est à l'œuvre en France.

Jean-Pierre Chevènement s'inquiète aussi d'une « globalisation devenue folle » qui a créé des fractures géographiques, sociales, générationnelles. Surtout, elle a mis en crise le modèle républicain et « périmé » le projet européen initié par la France après 1945. Jean-Pierre Chevènement défend un projet "d'Europe européenne"  de l'Atlantique à l'Oural, qui permettrait à l'Europe de se relever et de peser face aux Etats-Unis et à la Chine. Pour la France, l'ancien ministre défend l'idée d'un gouvernement de « salut public » et regrette la disparition de toute politique industrielle.  Et s'il ne conteste pas qu'il y a des efforts à demander au pays pour le redresser, il prône cependant de l'équité dans la répartition de ces efforts. Équité qu'il ne retrouve pas dans le programme de François Fillon.

LA TRIBUNE - Dans votre dernier ouvrage, Un Défi de Civilisation, vous tentez de comprendre comment la France a pu devenir la cible d'un terrorisme porté par ses propres enfants. Vous identifiez un long processus de haine de soi à l'œuvre dans notre pays qui, selon vous, remonte au début du 20e siècle...

JEAN-PIERRE CHEVÈNEMENT - Selon moi, ce phénomène prend sa source dans le prix exorbitant qu'a dû payer la France pour préserver son indépendance durant la première guerre mondiale. Il en a résulté un sentiment très profond de désorientation et de rejet. D'autant que ce conflit a donné naissance à des monstres que la France de la troisième République n'était pas préparée à affronter : le bolchévisme, le fascisme et, plus tard, le nazisme. Le pacifisme généralisé a alors conduit les élites françaises à préférer la guerre entre l'Union soviétique et l'Allemagne qu'elles désiraient à la guerre entre la France et l'Allemagne qui leur a été imposée. Et c'est une des raisons les plus fortes, comme l'a montré Marc Bloch, de la capitulation de 1940. Celle-ci a ancré dans la conscience collective un sentiment de haine de soi. Sauf évidemment chez ceux qui ont résisté autour du général de Gaulle qui, en continuant le combat, a voulu maintenir la France dans le camp des vainqueurs.

Seul de Gaulle et les Résistants pouvaient préserver après 1940 une vision valorisante de l'histoire de France. Les élites françaises, parce qu'elles avaient été pétainistes en 1940 et sous l'occupation ont admis que Pétain, c'était la France. C'est, du reste, ce que confesse à sa manière et sans doute inconsciemment, Jacques Chirac lorsqu'il dit, en juillet 1995, que « la France a commis l'irréparable ». Il ne contextualise pas la rafle du Vel d'Hiv, l'impute à la France et non pas à l'Etat français. L'occupation allemande n'est pas évoquée. Entre Pétain et de Gaulle, le conflit de légitimité est ainsi tranché en faveur du premier.

La haine de soi plonge donc ses racines très profondément dans le « Plus jamais ça ! » d'après 1918, l'effondrement de 1940 et la déconsidération à ses propres yeux d'une France incapable d'incarner la cause des démocraties face à l'Allemagne nazie. Les élites françaises, sous l'occupation, ont souhaité la victoire de l'Allemagne parce que, comme le disait Pierre Laval, « sans elle, le bolchévisme triompherait partout ». De cette chute  vertigineuse de l'estime de soi que De Gaulle n'a pu enrayer qu'un court laps de temps (1958-1970) ont découlé les campagnes de repentance à répétition sur l'esclavage ou la colonisation. Ces campagnes ont objectivement contribué à l'effacement de la nation et du sentiment national à l'ère de la globalisation libérale, plus ou moins maquillée aux couleurs d'une Europe destinée à remplacer la France comme horizon collectif. Lorsqu'une personne est gravement malade, d'autres maladies, secondaires, se greffent sur l'organisme affaibli.

Face à ce sentiment de dépréciation, l'Europe est apparue comme la solution pour beaucoup, dont François Mitterrand...

François Mitterrand a fortement contribué, après 1983, à faire de l'Europe un substitut de la Nation. L'affirmation selon laquelle « la France est notre patrie et l'Europe est notre avenir », a été lue comme « la France est notre passé, l'Europe sera notre patrie », même si la pensée réelle de François Mitterrand était en fait beaucoup plus nuancée. L'idée dominante était que l'Europe viendrait remplacer les vieilles nations que l'on avait discréditées en leur imputant la responsabilité de la première guerre mondiale alors que cette dernière est plutôt le fruit d'un petit nombre de décideurs, notamment à la tête du Second Reich. Cette idée que la « nation équivaut à la guerre et l'Europe à la paix » est un subterfuge idéologique. L'européisme confond allègrement la nation, cadre de la démocratie, et le nationalisme qui est une maladie de la nation et qui doit évidemment être combattu. L'idéologie dominante a ainsi évacué la nation comme une vieille charogne en lui imputant des responsabilités qui n'étaient pas les siennes.

Pour comprendre le point de vue de François Mitterrand, il faut relire son « Pèlerinage en Thuringe », qui résume ses réflexions lorsqu'il se trouve dans le wagon qui l'emmène en captivité en Allemagne en 1940. Il y dresse un réquisitoire contre ce qu'il considère comme 150 ans d'erreurs dans les relations franco-allemandes. C'est pourquoi il a voulu changer la donne et ouvrir une nouvelle page où l'Europe se substituerait aux vieilles nations discréditées par leur Histoire même. C'est avec cette vision de l'Histoire qu'il faut rompre aujourd'hui pour retrouver la démocratie des nations, seule capable de refonder l'Europe.

Dans cette mécanique de substitution, vous évoquez une évolution de l'Europe vers le néolibéralisme à laquelle François Mitterrand et la France ont participé...

L'Europe est devenue le mot de ralliement au néolibéralisme avec l'Acte unique en 1985. C'est sur cette base qu'est décidée en 1989 la libéralisation des mouvements de capitaux non seulement en Europe, mais aussi avec les pays tiers. Compte tenu de la place qu'occupait l'Europe alors dans le commerce mondial, environ 40 % des échanges, cette décision assurait le triomphe du capitalisme financier mondialisé. Pour François Mitterrand, cette libéralisation des mouvements des capitaux était la condition qu'Helmut Kohl avait mise au passage à la monnaie unique, condition qu'il avait acceptée. Il y avait en effet chez lui cette idée qu'en prenant aux Allemands leur mark, on transférerait leur prospérité de ce côté-ci du Rhin. Mais il aurait fallu aussi transférer les Allemands...

Dans cette évolution, le « tournant de la rigueur » de 1983 est essentiel ?

Oui, c'est la victoire des idéologues qui, au nom de l'Europe, vont en fait imposer leur grande vision néolibérale dans le cadre de l'Union européenne, de l'OCDE, du FMI et, plus tard, de l'OMC. Cette vision, il faut le souligner, après l'économiste américain Rawi Abdelal, est moins américaine que française, le rôle de l'équipe constituée autour de Jacques Delors dans cette évolution vers le capitalisme financier est majeur.

Concernant François Mitterrand, je ne crois pas qu'il ait souhaité dissoudre la France dans l'Europe. Jusqu'en 1990, il est resté prisonnier de la vision originelle de l'Europe où la France exerçait le leadership politique de l'Europe. Mais avec la réunification allemande et l'élargissement à l'Est, l'Allemagne a acquis une position centrale. Elle a pu disposer d'un "hinterland" offrant une main d'œuvre à bas coût. Sa compétitivité a encore été renforcée par les réformes Schröeder. Tous les ingrédients de ce que j'appelle le « second décrochage français » ont alors été réunis. Car nos gouvernants n'ont pas pris la mesure du défi.

Concernant ce « second décrochage », qui fait suite au premier, intervenu après 1870, vous évoquez clairement l'idée qu'il est le fruit d'un choix, notamment en matière industrielle...

C'est bien le fruit d'un choix de nos élites - conscient ou inconscient - d'abandonner l'industrie. A la fin des années 1970, c'est l'idéologie post-industrielle qui dominait. Alain Touraine en avait fait la thèse. L'avenir était à la société de services. On pensait qu'il suffirait de briller sur quelques créneaux comme l'aéronautique, le luxe ou la pharmacie, les industries de défense, etc. Mais on a abandonné ou délaissé les autres industries, même l'automobile, par exemple. En 2000, nous avions un excédent commercial de 6 milliards d'euros dans ce secteur, en 2006, nous n'avions plus d'excédent et désormais nous avons un déficit de 10 milliards d'euros. De son côté, l'Allemagne affiche un excédent dans ce seul secteur de 137 milliards d'euros, les deux tiers de son excédent commercial total !

C'est que l'Allemagne a su utiliser la main d'œuvre à bas coût d'Europe centrale pour produire les composants, tout en continuant de les assembler en Allemagne où se concentrent aussi les fabrications et les fonctions à haute valeur ajoutée, ainsi la recherche et les sièges sociaux. En France on a complètement délocalisé l'industrie vers l'Espagne, le Portugal, la Slovaquie, la République tchèque ou la Roumanie...

On a commis ici une erreur d'analyse en ne partant pas de l'industrie qui est la base de tout, mais des grandes masses macroéconomiques. On a ainsi abandonné notre tissu industriel, ce qui sape les bases de notre commerce extérieur, comme on le voit avec le creusement de notre déficit commercial en 2016. Y a-t-il meilleur baromètre de la compétitivité d'un pays ?

Mais, là encore, ce choix ne prend-il pas ses racines dans le choix de 1983 où l'on a préféré privilégier la monnaie forte et le maintien dans le système monétaire européen (SME) ?

En effet. Je plaidais alors pour une forme de dévaluation monétaire de 10 à 15 % par rapport au mark car je considérais que, dans un monde mobile, où depuis 1976 (les accords de la Jamaïque), le dollar était la monnaie mondiale, il fallait s'ajuster et ne pas s'en tenir à une parité artificielle. L'économie française n'était pas de taille à être le point d'ancrage monétaire de l'Europe. Ce pragmatisme était d'ailleurs le choix qu'avait fait le général de Gaulle en 1958 lorsqu'il a procédé à deux dévaluations d'un montant cumulée de 37,5 %, choix répété ensuite par Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing. J'ai conseillé à François Mitterrand d'en faire autant et je n'ai pas été entendu. Il a manqué une vision globale incluant l'industrie. S'est imposée au contraire une libéralisation financière dictée par l'idéologie néolibérale et la croyance en l'efficience des marchés. Le choix simultané de la monnaie forte et du capitalisme financier a entraîné un développement extraverti de nos entreprises et l'étiolement du tissu industriel national.

Votre comparaison des deux décrochages français est frappante. Vous décrivez comment les élites, après 1870, ont préféré investir ailleurs qu'en France et ont fait le choix de la valorisation de leur épargne en or, provoquant un retard d'investissement industriel du pays. Ce choix de l'épargne en monnaie forte des élites est donc une constante en France ?

Ce choix d'extraversion est à la base du développement des multinationales françaises qui croissent principalement à l'étranger. Le CAC 40 est une création conjointe de la gauche qui a nationalisé  et de la droite, qui a privatisé. C'est exactement le même phénomène qu'avant 1914 lorsque nous préférions investir en Russie, en Amérique Latine ou dans l'Empire ottoman qu'en France. Cette puissance financière rentière s'opposait alors au choix allemand d'une industrialisation renforcée par la recherche appliquée dans l'électricité ou la chimie, et s'appuyant sur un marché intérieur solide grâce à l'expansion démographique et au développement de l'Etat social bismarckien. L'Allemagne a alors fait le choix de la puissance endogène, la France de la puissance extravertie. Et c'est comme cela qu'elle a raté la marche de la deuxième révolution industrielle.

La France s'est rattrapée après 1945 à travers le développement de grandes entreprises publiques. Mais, mon opinion, c'est qu'elle n'avait pas comblé son retard en 1975 lorsqu'est venue une période plus difficile. Pour cela, il aurait fallu conserver les outils de l'Etat stratège pour muscler nos points forts et pour encourager le tissu de PME en renonçant à la « monnaie forte » qui ne pouvait que handicaper nos exportations. Mais c'était sans compter avec les Inspecteurs des Finances  hantés par la nostalgie de l'étalon-or et du bloc-or à laquelle la France de l'entre-deux-guerres est restée tardivement attachée jusqu'en 1936. Ainsi le choix de l'euro en 1992 et avant lui du système monétaire européen (en 1979), c'est-à-dire l'arrimage au mark, apparaissent comme la traduction d'un choix plus profond, celui  de la rente au détriment de l'industrie.

Si l'on revient à la situation actuelle de l'Europe, on constate une forme de domination allemande. Comment la jugez-vous ?

C'est une domination de fait. Elle ne traduit pas un choix délibéré. L'Allemagne est un hegemon économique malgré elle. C'est le produit fortuit de l'histoire, de la géographie et, il faut le dire aussi, des qualités du peuple allemand. Mais tout cela ne fait pas un hegemon politique parce que l'Allemagne dépend pour sa défense des Etats-Unis. Certes, Angela Merkel veut doubler le budget de la défense pour le porter à 2 % du PIB allemand, mais c'est d'abord pour répondre aux vœux du nouveau président élu américain Donald Trump.

Certes, l'Europe d'aujourd'hui peut ressembler à une forme de Saint Empire romain germanique reconstitué, mais pour moi, c'est une apparence. La réalité, c'est « l'Euramérique ». En 1945, les Allemands se sont vus greffer un hémisphère cérébral américain. Ils ont choisi les valeurs américaines, qu'ils ont confondues d'ailleurs avec les valeurs universelles de la démocratie. Cette greffe s'est inscrite dans un mouvement entamé précédemment avec l'échec en 1848-1849 de leur révolution libérale.

L'ordolibéralisme s'inscrit-il dans ce phénomène d'identification des valeurs américaines ?

Pas tout à fait, car il plonge ses racines dans un christianisme social propre à l'Allemagne. Mais il est vrai que Wilhelm Röpke, son chef de file, participe au séminaire Lippmann en 1937 qui regroupe les grands penseurs libéraux puis rejoint la société du Mont Pèlerin, qui, à l'époque du keynésianisme triomphant, n'exerce encore aucune influence aux Etats-Unis.

L'Allemagne a cependant été le seul pays occidental alors à ne pas avoir de « révolution keynésienne »...

L'Allemagne, après le nazisme, se méfiait de l'Etat, mais il faut dire que le pays était en avance en termes d'Etat providence dont les fondements remontent à Bismarck. L'Allemagne s'est cependant rétablie très vite après la guerre grâce au plan Marshall et à l'arrivée de 12 millions de réfugiés. Dans les années 1950, on parle déjà de « miracle économique allemand » et dans les années 1970, elle fait jeu égal avec la France en Europe.

Et dans cette « Euramérique » d'aujourd'hui, où se situe la France ?

Elle s'est marginalisée. Nos exportations sont de 450 milliards d'euros contre 1.200 milliards d'euros pour l'Allemagne. Politiquement, notre capacité d'initiative semble éteinte. Voir l'Ukraine et le Moyen-Orient.

Certains, comme François Fillon, par exemple, défendent l'idée qu'une politique de « réformes » libérales sévères pourrait conduire à un rééquilibrage de la relation franco-allemande. C'était aussi l'idée de François Hollande. Qu'en pensez-vous ?

Les deux approches, de François Fillon et François Hollande, diffèrent en ce que François Fillon prévoit des transferts aux entreprises deux fois plus élevés que ceux opérés par François Hollande et qu'il demande aux salariés un effort sans contrepartie: retour aux 39 heures dans la fonction publique et plus aucune limite autre que négociée dans le cadre de l'entreprise dans le reste de l'économie. Je suis favorable à une politique de l'effort, mais il faut que cet effort soit équitablement partagé.

L'idée de François Fillon reste, me semble-t-il,  d'agir sur les seuls indicateurs macro-économiques. Il s'agit de compenser par une forte dévaluation interne, l'impossibilité d'une dévaluation externe dans le système de la monnaie unique. Mais le malade risque de mourir guéri car les effets d'une politique ne sont pas toujours ceux que l'on prévoit. Il y a un risque de récession. Tout dépendra du contexte extérieur, sera-t-il favorable ? Je n'en suis pas sûr.

Que vous inspire ce choix de la dévaluation interne de la part du bras droit de Philippe Séguin qui a fait campagne avec vous contre le traité de Maastricht en 1992 ?

Je peux comprendre ce choix. Le temps a passé depuis 1992 et nous ne pouvons sortir de la monnaie unique que par une monnaie commune, ce qui ne serait possible qu'avec l'accord de l'Allemagne. Nous en sommes loin ! Mais je constate que l'Allemagne commence à s'inquiéter des déséquilibres au sein de la BCE, notamment dans le système de paiements Target-2 où l'Italie accumule des dettes de près de 300 milliards d'euros dont l'Allemagne pourrait être la première redevable.

Mais cette stratégie voulue par François Fillon est-elle en mesure de mettre fin à la marginalisation de la France dans l'Europe ?

Je crains que non. Les effets du rattrapage sont forcément longs. Il faut développer la recherche et travailler beaucoup. C'était possible entre 1945 et 1975 dans un contexte très favorable. Comme avec un choc électrique, on n'est pas toujours sûr de voir le cœur du patient repartir... Ce qui me semble essentiel, c'est qu'une telle politique ne remplace pas une vraie politique industrielle. Or, tous les éléments d'une politique industrielle ont disparu : l'administration ne sait plus piloter l'industrie, les banques ne prêtent plus aux PME, les applications de la recherche sont en panne. Je ne veux pas critiquer le crédit impôt recherche que j'ai moi-même créé pour les petites entreprises industrielles en 1983, mais le volet de la recherche industrielle manque toujours. Où est l'Etat stratège dans le projet Fillon ?

Vous plaidez pour une « nouvelle Europe ». L'Europe peut-elle se fonder sur une Europe des Nations basée sur de grands programmes de coopération ?

Je ne suis pas devin sur le devenir de l'Europe. J'attends de voir les conséquences de l'arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, de l'ouverture de la négociation sur le Brexit, et de la normalisation inévitable des relations entre l'Europe et la Russie. Depuis un an je constate un désir des vieilles nations de récupérer le contrôle de leurs affaires, un retour du « self government ». Nous sommes en face d'une revendication démocratique qui ne peut pas être réduite à un simple « populisme ». Ceci dit, je ne suis pas pour tout casser en Europe mais je préconise une pause. Le marché unique doit être préservé. Mais il faut déplacer le centre de gravité du pouvoir en Europe vers le Conseil européen pour ne plus laisser le pouvoir aux fonctionnaires de la Commission. Que le Conseil donne l'impulsion pour créer des géants du numérique, pour définir une politique énergétique commune cohérente, pour des politiques de défense harmonisées. Discutons aussi avec la Russie pour rétablir la confiance dans les rapports intereuropéens.

Mais les actions de la Russie en Ukraine et au Moyen-Orient ne jouent-elles pas contre le retour de cette confiance ?

La Russie pense que l'Europe est venue la provoquer avec le partenariat oriental et l'accord d'association destiné à soustraire l'Ukraine à son influence et avec en perspective l'intégration de l'Ukraine et de la Géorgie dans le système de l'OTAN. Sur l'Ukraine, les responsabilités sont partagées. La réponse de la Russie a été disproportionnée, mais les Européens sont allés la provoquer. Sur le Moyen-Orient, il faut revenir à une appréciation réaliste des forces en présence. Daech et le Front-Al-Nosra (NDLR : branche d'Al Qaïda en Syrie) sont à mettre dans le même sac. Ce sont nos ennemis communs, à l'Europe, à la Russie et aux Etats-Unis.

Dans votre livre, vous plaidez en faveur d'un « gouvernement de salut public », est-ce une façon pour vous de transcender le clivage gauche/droite ?

Je ne crois pas à l'union nationale mais je défends l'idée d'un gouvernement capable, un jour, de redresser le pays. Je ne conteste pas l'idée d'un effort nécessaire pour y parvenir. Ce qui me préoccupe c'est le double risque de l'injustice sociale et de l'inefficacité globale. Il manque surtout une vision pour la France à l'horizon de 30 ou 40 ans. Or, un tel projet donnerait le sentiment aux Français qu'ils peuvent de nouveau parler au reste du monde et qu'il n'y aura pas que les Etats-Unis et la Chine au XXIe siècle. Cela montrerait qu'il y a une place pour une France et une Europe indépendantes, ce qu'avait entrevu le général de Gaulle en son temps quand il évoquait « l'Europe européenne ».

Avant de renoncer à briguer un second mandat, François Hollande, président de la République, s'était engagé à participer à la primaire des socialistes et de ses alliés. Qu'en pensez-vous ?

François Hollande, s'il a envisagé ce projet, n'y a pas donné suite. Sa décision de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat a été pleine de dignité. Il a revalorisé à la fois son image et celle de sa fonction.

(*) "Un défi de civilisation", Éditions Fayard; 464 pages. Prix: 20 euros.

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Commentaires
a écrit le 22/12/2016 à 12:25 :
TOUS CE QUE DIT LE CHE ET VIELLOSQU IL PRENE SA RETRAITE? ATTENDONS DE VOIR LES NOUVELLES RELATION AMERIQUE ET RUSSES?/ONT Y VERRAS PLUS CLAIR SI ONT ARRIVE A AVOIR LA SUPRESTION DE LA GUERRE FROIDE ? ON PEUT ESPERER UN MONDE PLUS STABLE AVEC MOINS DE CONFLIES? CAR SI LECONOMIES REPART CHACUN POURRAS PREVOIR AVEC CONFIANCE DE FABRIQUE A NOUVEAUX DES PRODUITS POUR DONNE DU TRAVAIL A TOUS? SI L ECONOMIE ET LE NERF DE LA GUERRE? LA GUERRE N A PLUS DES SENS QUAND TOUS LE MONDE GAGNE DE QUOI VIVRE. C EST CE QU ON APELLE LE PARTAGE DES RICHESSES???
a écrit le 22/12/2016 à 12:25 :
TOUS CE QUE DIT LE CHE ET VIELLOSQU IL PRENE SA RETRAITE? ATTENDONS DE VOIR LES NOUVELLES RELATION AMERIQUE ET RUSSES?/ONT Y VERRAS PLUS CLAIR SI ONT ARRIVE A AVOIR LA SUPRESTION DE LA GUERRE FROIDE ? ON PEUT ESPERER UN MONDE PLUS STABLE AVEC MOINS DE CONFLIES? CAR SI LECONOMIES REPART CHACUN POURRAS PREVOIR AVEC CONFIANCE DE FABRIQUE A NOUVEAUX DES PRODUITS POUR DONNE DU TRAVAIL A TOUS? SI L ECONOMIE ET LE NERF DE LA GUERRE? LA GUERRE N A PLUS DES SENS QUAND TOUS LE MONDE GAGNE DE QUOI VIVRE. C EST CE QU ON APELLE LE PARTAGE DES RICHESSES???
a écrit le 22/12/2016 à 12:23 :
Mr Chevènement n'arrive pas à se départir de son modèle de pensée jacobin , qui postule la verticalité de management exclusif du progrès par un Etat dit "stratège" .
Alors que le monde autour de nous progresse dans une multi-directionalité d'initiatives qui renvoient l'Etat à se concentrer sur ses prérogatives et responsabilités régaliennes .
L'administration a démontré son incapacité à développer ou même seulement accompagner notre outil industriel dans un environnement concurrentiel , et nos banques pilotées (en sous main ) par Bercy sont plus mobilisées sur un soutien des finances publiques que sur des investissements de moyen et long terme dans le secteur industriel .
Quant à la recherche dite publique , le Général de Gaulle relevait déjà qu'elle comptait beaucoup de chercheurs mais peu de trouveurs ; le problème perdure ...
Vouloir "mobiliser" les français sur un projet national de long terme ( 30 à 40 ans ! ) alors que les élites politiques dirigeantes focalisent leur action sur le très court terme est une utopie dont JP Chevènement est sans doute le seul à croire .
a écrit le 21/12/2016 à 17:11 :
Analyse fine et qui part de loin, après 1945, de Gaulle a dû composer avec les communistes et nos énarques, résultat : irresponsabilité avec l'argent public.
a écrit le 21/12/2016 à 11:02 :
hypocrisie de tous
les villes qui refuse en leur centres les entreprises
et maintenant les commerces
et puis les dirigeants qui suivent ne font que nouvelle taxes pour dissuader
la creation
vouloir toujours plus pour les politicos
maintenant que la societe est completement detruite
il faut tout virer et repartir sur de nouvelle base
sans indemniser les responsables de la faillitte
ils ont perdu et rien ne doit leur etre pardonne
la societe nouvelle ne doit pas avoir de parasite a paye
a écrit le 21/12/2016 à 8:22 :
Les socialistes appellent "mondialisation", l'effet déstabilisateur provoqué par la chute du mur de Berlin et l'effondrement du paradis des socialistes en Urss..il y a 27 ans déjà ...où en un moment "T " , le monde est passé d'un monde bipolaire fossilisé , à un monde multipolaire sans frontière ...! d'ailleurs ,UE fut "pensée et érigée " pour faire contre poids, à l'Urss et ses 49 républiques socialistes... (schématiquement ) à ce jour l'UE est toujours fossilisé dans la technocratie , tournée ver elle même ...et la Russie est une fédération influente en Eurasie ....!
a écrit le 21/12/2016 à 4:04 :
chevenement, vieux crabe de la politique, allez papy, rentre vite a la maison.
a écrit le 20/12/2016 à 22:39 :
Leur métier.... Parler et encore parler mais leur spécialité est la destruction organisée..... Dormez je le veux
a écrit le 20/12/2016 à 20:35 :
Je lui fais confiance pour le logement:il a prouvé qu'on pouvait bénéficier de deux HLM a la fois!S'il a réussi,ce doit etre possible pour tous les français
a écrit le 20/12/2016 à 19:48 :
pas du tout!
que la france mette dehors les boites avec un ' remerciement a la francaise taille 45' est une evidence; ca c'est un choix scient bien marque dans la fiscalite, les lois diverses et variees, et la propagande anti entreprises
mais l'etat stratege francais est bien present, au contraire!
regardez areva, edf, heulliez, la sncm, etc etc... la liste est longue des boites florissantes qui font rayonner la france a la juste mesure de ses capacites!
Réponse de le 21/12/2016 à 9:18 :
je partage votre avis et beaucoup de politiques incultes pensent le contraire !
La France est bien en déclin depuis plusieurs années. Pour ceux qui sont pas d'accord, vous avez des économistes réputés qui le disent ( livre : changer de modèle ) entre autre.
La médiocrité et l'idéologie sont là avec tous ces résultats que l'on constate aujourd'hui.
Réponse de le 21/12/2016 à 14:29 :
@churchill
"que la france mette dehors les boites avec un ' remerciement a la francaise taille 45' est une evidence; ca c'est un choix scient bien marque dans la fiscalite, les lois diverses et variees, et la propagande anti entreprises"

Vous tentez d'appliquer la fameuse courbe de Laffer aux entreprises.
On sait déjà qu'elle est fausse pour les particuliers, les Panama Papers, les Bahamas Leaks et bien d'autres données ont suffi à le prouver (oh, comme c'est drôle, même les pays "exemplaires" et qui ne sont pas des "enfers fiscaux à la française" ont toute une flopée de citoyens nantis qui vont planquer leur argent dans des comptes offshore pour ne pas payer d'impôts, malgré des taux bas).

De la même manière, les LuxLeaks, les utilisateurs de dutch sandwich, de double irish, de sociétés écran dans le Delaware et aux Bahamas semblent souvent provenir de pays "qui ont une fiscalité raisonnable, pas comme l'enfer fiscal qu'est la France".

Donc non, inutile de chercher à nous la faire, ce n'est JAMAIS une affaire de niveau des prélèvements, c'est uniquement une affaire de cupidité.
a écrit le 20/12/2016 à 18:18 :
Si l'on veut s'en sortir, pas d'autre choix que de le faire par nous mêmes cela coule de source.
, Reprendre notre monnaie , nos frontières et arrêter cette immigration massive qui enfin de compte ne vivra que de l'assistanat . Nos banlieues sont étranglées socialement et ne parlons surtout pas de la criminalité. Nous avons des pauvres qui meurent dans la rue de froid de faim et de maladies non soignées depuis des lustres .Il faut regarder les réalités et ne pas se tourner un film .
a écrit le 20/12/2016 à 16:02 :
le Che évoque le crédit aux entreprises.
la BdF disait il y a 2 ans que le crédit aux entreprises avait bien résisté en France depuis 2008, contrairement à la zone Euro et au UK. qu'il n'y a pas vraiment de discrimination envers les PME. ce sont en fait les PME qui demandent peu de crédit.
on voit régulièrement des études disant que le crédit d'investissement est largement accordé aux PME.
a écrit le 20/12/2016 à 15:38 :
Très peu de personnes soulignent le développement de l'approche néolibérale au niveau européen sous l'influence de la Démocratie Chrétienne avec Jacques Delors comme principal représentant en France. Celui-ci a jugé le peuple de France incapable de comprendre les bienfaits de cette politique. C'est ce pourquoi il ne s'est pas présenté à l'élection présidentielle de 1995, reconnaissons lui cette lucidité . Il fallait donc passer par des voies non démocratiques pour imposer cette politique non voulue par le peuple très conscient de ses effets néfastes. Une sorte de despotisme éclairé au niveau européen.
Résultat, nous subissons les Kroos, Barosso, Juncker, Bolkenstein, Moscovici, Lamy ... les décisions des agences de l’UE aux mains des lobby industriels, des politiques du type "Innovations Deals" pour supprimer les législations contraires aux intérêts des marchés.
François Hollande, "en fils spirituel", a continué cette politique en France en vendant un projet socialiste (cf. le discours du Bourget) avec les résultats que l'on sait. Au niveau Européen, nous avons la "Pasokisation" des partis "dits socialistes" et la montée des partis d’extrême droite et des partis de gauche alternatifs qui n'ont pas encore trouvé leur public.
Merci Delors ! Comme quoi l'enfer est pavé des meilleures intentions !
a écrit le 20/12/2016 à 15:25 :
Les gens de "Gauche" ne vivent qu'a crédits alors comment relancer l'industrie??? De plus les efforts ne sont faits qu'exclusivement par les classes moyennes, qui du reste diminuent à vue d’œil et un peu plus chaque jour.
a écrit le 20/12/2016 à 15:23 :
Vraiment je suis en désaccord avec 99.999999% des idées de Chevènement....Il raconte n'importe quoi. Comme si la nation et le nationalisme étaient le problème en France. Le problème, c'est l'économie.
Réponse de le 23/12/2016 à 0:18 :
@nationalisme
La Nation et le Nationalisme ne sont pas la même chose. Le Nationalisme est un problème, c'est le FN.
L'économie n'est pas un problème si elle s'exerce dans un cadre où tous les acteurs ont la possibilité d'en profiter. Elle est actuellement un problème pour cause d'ordo-libéralisme, de mondialisation sauvage, de paradis fiscaux...de cupidité.
a écrit le 20/12/2016 à 15:07 :
la tendance serait pourtant à la reindustrialisation (Trendeo). les employeurs du secteur manufacturier étaient les plus optimistes en septembre (ManpowerGroup). la France est le pays européen recevant le plus d'investissements industriels étrangers (EY). le PMI manufacturier vient de grimper.
l'instabilité un peu partout et le ralentissement des émergents favorisent ce mouvement ? cf. article du Financial Times de février dernier "European industrials say stability begins at home".
les entreprises françaises investissent plus que les Allemandes, beaucoup plus que les anglaises, d'après Eurostat. Bloomberg, 08/2016 : poids croissant des charges financières de retraite pour les entreprises allemandes = baisse de l'investissement.
peut-être que le manque croissant de ressource humaine en Germanie et Europe Est rend l'investissement de plus en plus compliqué.
il y a plus de R&D en France ?!? il est à côté de la plaque le Che là aussi : Thomson Reuters Top Innovators, Reuters des instituts de R&D, Top 100 Reuters des Universités innovantes, PWC cities of opportunity, Deloitte Tech Fast 500 EMEA, Robocup Soccer Leipzig, etc...
John Chambers disait en juin que la France est un pays d'avenir pour les nouvelles techno (grâce notamment à l'impulsion du gouvernement), avec Inde et Israël.
a écrit le 20/12/2016 à 14:43 :
Si on veut une industrie en France, il faut éviter d'embaucher des polytechniciens.
Pour mémoire, ces diplômés ont ruiné des groupes prestigieux , ex, La compagnie générale des eaux (vivendi) , la CGE (Alcatel), Usinor, Alstom, Thomson (technicolor), le Crédit Lyonnais etc... liste non exhaustive , des groupes puissants ruinés par des mégalos.
a écrit le 20/12/2016 à 14:30 :
Après tout , c'est normal en France ...la politique industrielle des socialistes ...est de vivre sur l'argent des autres ....!
a écrit le 20/12/2016 à 14:18 :
En France, tous les éléments d'une politique industrielle ont disparu : et OUI l'industrie est partie vers des cieux plus clement et le mouvement continue. On sera bentot plus desindustrialisé que l'angleterre. Raison : produits de qualité tres moyenne produit en france a des couts trop élevés et donc peu rentable. En plus qualité trés moyenne a des couts assez élebvés donc peu exportable. Ils ne comprennent rien ces politiques et nous prennent pour des imbeciles
Réponse de le 21/12/2016 à 14:20 :
@Y comprends RIEN
" des couts trop élevés"
La problématique des coûts est insoluble. On dit que les emplois partent en Chine pour des raisons de "coûts", en disant qu'ils en ont marre des salariés Français "trop chers, surprotégés, gavés d'acquis sociaux".
Le problème dans cette jolie histoire est que maintenant, les entreprises chinoises commencent à délocaliser parce qu'elles en ont marre des salariés Chinois "trop chers, surprotégés, gavés d'acquis sociaux". Elles considèrent que "pour le prix d'un Chinois, je peux faire travailler cinq Ethiopiens".
La course au "coût du travail" est perdue d'avance, quelle que soit la violence avec laquelle on taille à la hache les salaires et on démolit toute forme de protection sociale et de Droit du Travail. Le fait est qu'aucun pays civilisé ne peut être "compétitif".

A partir de là, il nous reste la qualité, mais plus on monte en qualité, plus les publics sont restreints et donc demande restreinte, et emplois moins nombreux.
a écrit le 20/12/2016 à 14:06 :
oui bon il a été ministre cet individu non bon ! Avec lui c'est toujours la faute des autres !
a écrit le 20/12/2016 à 13:36 :
"Les élites françaises, sous l'occupation, ont souhaité la victoire de l'Allemagne parce que, comme le disait Pierre Laval, « sans elle, le bolchévisme triompherait partout »."

Une bien belle vérité qui met des grosses claques à beaucoup de monde. On comprend pourquoi on ne la li ni l'entend qu'extrêmement rarement.
a écrit le 20/12/2016 à 13:24 :
Chevènement n'a pas compris la différence entre la France et l'Allemagne liée aux différences de prix de l'énergie dans ces deux pays. Il n'est pas le seul. Peu importe!
a écrit le 20/12/2016 à 13:15 :
"l'administration ne sait plus piloter l'industrie". Elle n'a jamais su, mais elle acceptait d'être pilotée par l'industrie et respectait l'industrie. Aujourd'hui la gestion de l'Etat est devenu le modèle de gestion pour tous. Ce n'est pas efficace. Nos industriels les plus brillants partent à l'étranger où ils peuvent développer et travailler dans une logique industrielle. Les industriels allemands restent considérés comme des trésors nationaux vivants. La récente crise VW l'a bien montré récemment. La France se redressera quand les fonctionnaires de l'Etat abandonneront leur idéologie totalitaire et savante de "réguler" le peuple faisant fi du bon sens commun et du peuple souverain.
Réponse de le 20/12/2016 à 13:51 :
Pourtant l'Etat est de moins en moins présent grâce à l'Europe de Bruxelles. Pour quel résultat? Un retour proche de l'esclavage au nom de la réduction des coûts!
Ps: les dépenses publiques Génèrent 57% du PIB.
Réponse de le 20/12/2016 à 14:50 :
@ Nico
Non, les dépenses publiques ne génèrent pas 57% du PIB mais contraignent 57% de l'allocation de ressource. Cette allocation n'est pas très efficace. C'est ce que l'on se tue à expliquer. Si toi laisser à moi pognon, moi acheter ou concevoir machine de pointe qui permet à toi d'avoir travail. Si toi piquer tout mon pognon et le claquer, moi pas créer emploi et pas investir. C'est compréhensible comme ça?
PS: Non, l'état n'est pas de moins en moins présent. Ce serait terriblement souhaitable, mais ce n'est pas le cas. On a à peine une stabilisation.
Pour ce qui est de l'article, il exprime assez fidèlement mon ressenti. Mais il ne va au bout de rien. Soit on fait un choix industriel et on se donne les moyens de favoriser les investissements en France avec au choix sortie de la monnaie unique et dévaluation (Le Pen ou Mélenchon), ou dévaluation interne (Fillon), soit on continue la politique financière incantatoire (Valls, Peillon, Macron). C'est l'enjeu économique de cette présidentielle.
Réponse de le 21/12/2016 à 14:12 :
@Math
"Non, les dépenses publiques ne génèrent pas 57% du PIB mais contraignent 57% de l'allocation de ressource."
C'est une grande lubie des néolibéraux, qui veulent absolument réduire ces 57%, mais ça relève essentiellement de l'artifice comptable :
- En France, on dépense environ 11% du PIB pour se soigner. Le système est essentiellement Public et basé sur des prélèvements obligatoires d'Etat, donc ça gonfle vos "57%". Et on dit que "ça coûte".
- Aux USA, on dépense plus de 17% du PIB pour se soigner, pour un système moins performant qu'en France. Mais les systèmes sont privés, et ces 17% du PIB ne sont pas inclus dans la Dépense Publique. Et en plus, comme c'est privé, ces sommes monstres englouties dans le médical sont comptabilisées comme "créatrices d'emploi, de croissance, de valeur ajoutée, etc"...

Idem pour les retraites, l'assurance chômage et autres : en les privatisant, on arrive systématiquement à un système moins performant, qui prélève plus d'argent aux citoyens, pour un service moins bon, mais au moins, ça ne compte pas dans la "dépense publique", on a un peu réduit les impôts, et en bonus ça compte dans le sacro-saint PIB.

Et inutile d'affirmer que "le privé fait mieux pour moins cher" : la Sécurité Sociale a environ 5% de coûts de gestion, alors que les mutuelles privées avoisinent les 25%. Et tout ça alors que les mutuelles choisissent tranquillement quoi couvrir et de combien (indice : elles ne couvrent souvent que le plus facile et le plus juteux) alors que la Sécu doit tout couvrir.

Au delà de ça, il va falloir vous y faire, qu'on soit néolibéral ou progressiste, la marche du monde semble n'avoir que faire de notre avis :
- La croissance à deux chiffres, c'est fini, plus aucun pays développé n'est capable de le faire. Sauf grosse guerre particulièrement destructrice, ça ne reviendra pas.
- Le plein emploi à temps plein aussi, c'est fini : tous les grands pays développés ont sensiblement le même taux de chômage réel. En France, on comptabilise tout ça comme "chômage", dans d'autres pays, on les laisse se faire classifier en invalidités pour les uns, et comme jobs 0 heures à 1 euro l'heure pour les autres. L'informatisation, l'automatisation et la robotisation ont détruit, détruisent et détruiront toujours plus d'emplois. Et je vous dis ça en tant qu'ingénieur logiciel, dont le travail chaque jour détruit un peu plus d'emplois administratifs.

Donc oui, qu'on soit de droite ou de gauche, ça n'a même plus d'importance : la marche du monde dicte que la seule issue logique consiste à avoir moins de gens qui travaillent, moins d'heures, et partent plus tôt à la retraite pour libérer les jobs pour les suivants, et qu'on paye un salaire à vie à tous les citoyens.

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