Chine : une campagne anti-corruption à deux vitesses ?

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En janvier 2015, le président chinois Xi renouvelait son souhait, devant l'assemblée de la Commission de discipline (du Parti)  de "bâtir un Parti et un gouvernement propre".
En janvier 2015, le président chinois Xi renouvelait son souhait, devant l'assemblée de la Commission de discipline (du Parti) de "bâtir un Parti et un gouvernement propre". (Crédits : Reuters)
Au moins 880 millions d'euros de fonds publics auraient été détournés par des responsables politiques chinois, mais la lutte anti-corruption engagée par le président Xi Jinping révèle un bilan contrasté, voir partial, rapporte une étude.

La vaste campagne anti-corruption lancée par Xi Jinping en 2013 visait officiellement à assainir les rangs du Parti communiste. Et, bien que le président chinois se soit engagé à frapper aussi bien chez les "tigres" que chez les "mouches" (c'est-à-dire les hiérarques comme les petits cadres), les détracteurs doutent de l'efficacité de ce grand nettoyage. Certains craignent également de probables règlements de comptes politiques. Et pour cause.

ChinaFile, une publication de l'Asia Society, une organisation à but non lucratif basée à New York, a recensé presque 1.500 cas de responsables corrompus tombés au cours de cette campagne et dévoilés publiquement. Pourtant, seuls 231 responsables ont été reconnus coupables de corruption ou condamnés par les tribunaux chinois, soit une fraction très marginale de membres du Parti placés sous enquête par la Commission disciplinaire, le "gendarme du parti".

880 millions d'euros détournés, selon la justice chinoise

De son côté, la justice chinoise, étroitement soumise au pouvoir politique, a conclu que les responsables du Parti inculpés avaient détourné, ou fait un usage illégal, de 6,3 milliards de yuans de fonds publics au total (soit quelque 880 millions d'euros).

Les différents verdicts rendus publics ont par exemple révélé qu'un cadre avait dépensé 200.000 yuans d'argent public dans des bijoux en jade, ou qu'un autre avait même tenté de dissimuler quelque 30 millions de yuans détournés ... dans une société de jardinage appartenant à sa maîtresse.

Vendredi, les autorités chinoises ont annoncé la démission de Wei Hong, le gouverneur de la province du Sichuan (sud-ouest), accusé de "sévères violations de la discipline", une périphrase utilisée fréquemment dans le pays pour parler de corruption.

Mais son arrestation ne passe pas inaperçue. Car, Wei Hong aurait été, par le passé, proche d'un des anciens "tigres" du Parti Zhou Yongkang, qui n'est autre que l'ancien patron de la sécurité du pays arrêté en décembre 2014 pour corruption. Zhou Yongkang avait également occupé le poste de gouverneur de cette province du sud-ouest de la Chine.

Des régions traitées "avec plus de clémence"?

L'étude de ChinaFile note d'ailleurs, après analyse d'une base de données, que la lutte anti-corruption engagée dans le pays épargnerait certaines régions.

Ainsi, on note moins de victimes dans les provinces orientales du Fujian et du Zhejiang, deux bases de pouvoir du président Xi. Des régions "apparemment traitées avec plus de clémence", ose ChinaFile dans son rapport.

"Quand Xi Jinping était en poste dans ces provinces (précédemment dans sa carrière), il a été en mesure de placer des gens à des postes influents. Ce sont ses alliés, donc il n'y a nul besoin d'utiliser la campagne anticorruption" pour les éliminer, analyse David Zweig, professeur de politique chinoise à la Hong Kong University of Science, interrogé par l'AFP.

"Si vous êtes un homme de Xi, vous n'êtes pas purgé. Pour tous les autres, la chasse est ouverte", ajoute-t-il.

>>>LIRE AUSSI : Chine. Les réelles motivations de la lutte anti-corruption par le pouvoir

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