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Corruption: quand les autorités chinoises déstabilisent les multinationales

Photo de Ivan Best

Neal Beatty

Publié le 24 février 2015 à 15:37 - Mis à jour le 25 février 2015 à 11:13

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La lutte contre la corruption vis toutes les entreprises en Chine, y compris les multinationales qui pouvaient se croire, naïvement, non concernées. par Neal Beatty, directeur régional Chine de Control Risks

L'année de la Chèvre qui commence ne marque visiblement pas d'inflexion dans la campagne anti-corruption historique et inédite lancée par le gouvernement chinois il y a quelques mois... Au total, 68 hauts responsables du Parti communiste chinois, dont le maire de Nankin, 72 000 cadres de plus bas niveau et quinze généraux ont été arrêtés ces derniers mois en Chine. Le président Xi Jinping, a déclaré vouloir s'attaquer aux « tigres comme aux mouches ». Les « tigres » sont les hauts responsables qui se sont enrichis à millions via la corruption. Quant aux « mouches », ne sont que de petits fonctionnaires qui se font payer pour accélérer des procédures ou attribuer un poste.

Les multinationales mises en cause

Dégâts collatéraux de cette croisade ; les multinationales étrangères soupçonnées au même titre que les entreprises locales. Le cas de Glaxo SmithKline a fortement marqué les esprits, la filiale locale du groupe ayant condamnée à régler une amende record de 500 millions de dollars et cinq de ses dirigeants ont été condamné à des peines d'emprisonnement avec sursis. Mais les autorités chinoises ont depuis lancé des enquêtes ou demandé des renseignements à bien d'autres sociétés pharmaceutiques (notamment AstraZeneca, Roche, Bayer, Eli Lilly et Novartis).

Le secteur financier, dernière victime

Le secteur financier est la dernière victime en date, après le secteur pétrolier et la télévision publique. Ces dernières semaines des enquêtes ont été lancées visant les dirigeants de plusieurs grandes institutions financières, dont les banques de Pékin et de Minsheng. D'autres ont été sévèrement condamnés, à l'instar de l'ancien vice-président de la Chinese Agriculture Bank qui a écopé d'une peine de prison à vie. Les agents du gouvernement déployés à travers le pays appliquent avec toujours plus de rigueur l'arsenal réglementaire en vigueur, des mesures de droit de la concurrence aux dispositions fiscales en passant par la protection de l'environnement. Quand une investigation est lancée, elle se termine souvent par le cauchemar absolu des cadres dirigeants en Chine : un séjour dans les geôles du régime pour des méfaits commis par leurs subordonnés ou leurs partenaires commerciaux.

Ce nouvel état de fait accroît la pression sur les sociétés pour s'assurer que leurs employés et partenaires respectent les lois. Lois souvent laissées à l'interprétation des autorités locales.

Les multinationales décalées

Il est très surprenant qu'en dépit de ce nouveau contexte, certaines multinationales continuent à limiter leur approche de la lutte anticorruption aux législations anglo-saxonnes, telles que le FCPA américain (Foreign Corrupt Practices Act) ou le Bribery Act britannique. Trop souvent, des formateurs font le voyage depuis un siège occidental pour faire des présentations détaillées, en général en anglais, devant une audience en grande majorité chinoise. Or la barrière de la langue limite la compréhension des conséquences d'éventuelles mesures coercitives décidées par des gouvernements étrangers. Autant se l'avouer, le FCPA ne signifie pas grand-chose pour un employé chinois qui a des objectifs commerciaux ambitieux à atteindre. Le comportement de son supérieur direct est bien plus déterminant : valorise-t-il davantage le fait de vendre à tout prix ou le fait de vendre dans le respect des règles ? Dans la seconde hypothèse, comment procéder concrètement ? Les salariés ont-ils les moyens d'atteindre leurs objectifs de la bonne manière ?

Adopter des pratiques commerciales durables

Certaines sociétés plus volontaristes, de plus en plus nombreuses, travaillent avec des collaborateurs en contact direct avec le terrain, pour comprendre comment vendre dans des environnements où la corruption reste malgré tout très présente. Les stratégies de ventes ne sont désormais plus définies dans un cadre pur et parfait qui n'existe pas, mais s'adaptent au défi que représente l'acheminement de biens et de services vers le marché chinois.

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Mais même si le gouvernement accentue fortement la pression contre la corruption, les pratiques et méthodes du monde des affaires dans un pays aussi complexe ne changeront pas aussi rapidement qu'il le souhaiterait avec sa campagne. La croissance qui ralentit sur les marchés de province pourrait pousser certaines entreprises à fixer des cibles de vente difficiles à atteindre à moins de procéder « à l'ancienne ». Le défi qui se pose en Chine est d'adopter des pratiques commerciales durables qui tiennent compte des changements de l'environnement réglementaire, en répondant aux problèmes opérationnels quotidiens.

La dénonciation des prétendus méfaits

La distance peut également fausser la compréhension des difficultés locales. Vu du siège, il est essentiel de soutenir l'équipe dirigeante en prise avec le terrain chinois et dont les membres sont susceptibles d'être mis en cause personnellement. Même avec le meilleur des programmes de conformité au monde, les questions d'intégrité se posent fréquemment. Donc un taux élevé d'activité sur la ligne d'assistance dédiée aux questions de conformité, est un indicateur positif. A l'inverse, le silence radio est plutôt inquiétant. Les employés sont peu enclins à donner l'alerte, sauf s'ils peuvent s'attendre à une réaction ferme de l'entreprise, et si leurs intérêts personnels sont menacés.

Des risques d'une autre nature peuvent se poser : en Chine des différends commerciaux ou même des litiges de travail peuvent être suivis de menaces de dénonciations des prétendus méfaits aux autorités. Et elles portent désormais un intérêt très marqué aux allégations ; une simple fuite transmise aux autorités appropriées sur un fait daté peut ainsi suffire pour qu'une enquête soit déclenchée. En cas de conflit ou de restructuration (pouvant conduire à la rupture d'un contrat avec un partenaire commercial ou à une réduction des effectifs), il ne faut pas négliger le risque de représailles de la part des parties lésées.

La Chine demeure un marché très prometteur pour beaucoup de sociétés étrangères et n'est pas l'environnement de travail le plus difficile. Les difficultés existent cependant : les entreprises doivent prendre en considération les changements à l'œuvre et anticiper dès maintenant les conséquences pour leurs activités des efforts du gouvernement chinois pour renforcer l'application de la réglementation.

Neal Beatty

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