Dilma Rousseff destituée : quelles conséquences politiques et économiques ?

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A la suite de la destitution de Dilma Rousseff, l'incertitude continue de peser sur l'avenir politique et économique du Brésil
A la suite de la destitution de Dilma Rousseff, l'incertitude continue de peser sur l'avenir politique et économique du Brésil (Crédits : Bruno Domingos/Reuters)
Dilma Rousseff vient officiellement d'être destituée de la présidence du Brésil. Une décision loin d'annoncer de bonnes perspectives pour le pays.

Après une longue procédure, le sort de la présidente brésilienne est enfin arrêté. Ce mercredi, 61 sénateurs, soit plus des deux tiers requis, ont voté en faveur du départ de Dilma Rousseff, suspendu depuis mai. Quelques jours avant le début de cet épisode final, le président du Sénat brésilien, Renan Calheiros avait annoncé que "la procédure de destitution (impeachment) qui est enracinée dans notre histoire est longue et traumatisante et ne produit pas de résultats immédiats." Après le départ de Rousseff, quelles pourraient être les conséquences et les perspectives sur le plan politique et économique pour le pays ?

Un long processus

Entamée en décembre 2015, cette procédure a été réclamée par trois juristes qui reprochaient à Dilma Rousseff d'avoir maquillé des comptes publics en 2014 et engagé des dépenses publiques sans l'accord du Parlement, quelques mois avant sa réélection. Le président de la Chambre des députés Eduardo Cunha, membre du Parti du mouvement démocratique brésilien a ensuite officiellement lancé le processus. Mais ce dernier est également impliqué dans des scandales de corruption relatifs à l'entreprise nationale pétrolière Pétrobras et des entreprises du bâtiment et des travaux publics. Son nom est également évoqué dans les "Panama papers". Le lancement de cette procédure avait donc suscité de nombreuses controverses et entraîné de multiples rebondissements au cours de l'affaire.

Quelles conséquences sur le plan politique ?

Même si Dilma Rousseff a été écartée des responsabilités effectives pendant la procédure, elle est restée présidente. En revanche, le pouvoir a été exercé de façon intérimaire depuis le mois de mai dernier par le vice-président Michel Temer, membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre). Mais plusieurs de ses alliés dont le président du Sénat et le président de l'Assemblée nationale, donc, sont visés par la justice. Le vice-président par intérim est également mis en cause dans l'opération "Lava jato", qui devait servir à financer des campagnes électorales par de l'argent du géant pétrolier Petrobras. Pour avoir enfreint la loi sur le financement des partis, il risque huit ans d'inégibilité selon RFI. Mais l'issue de la procédure de destitution ne devrait pas forcément apporter de rupture sur le plan politique au vue des accusations qui visent le vice-président et son entourage. Des pratiques similaires pourraient alimenter le feuilleton politico-financier qui rythme la vie du pays depuis des années. Par ailleurs, le Parti travailleur au pouvoir depuis l'élection de Lula en 2003 reste très impopulaire au Brésil tout comme le PMDB.

Quelles perspectives économiques ?

Après avoir subi des mesures d'austérité depuis un an (coupes dans les dépenses publiques et hausses d'impôts), la situation économique du Brésil semble se stabiliser légèrement. D'après une note de la Direction générale du Trésor publiée il y a quelques jours, plusieurs indicateurs ont affiché des signaux positifs, récemment. L'activité serait en légère hausse depuis juin en raison d'une reprise du secteur industriel et le gouvernement par intérim aurait revu ses prévisions de croissance à la hausse pour 2017 (+1,6% au lieu de 1,2%), ce qui permettrait, selon lui, d'empêcher de nouvelles hausses d'impôt et de maintenir le déficit primaire à 2% du PIB. L'industrie pétrolière n'est pas en reste puisque les résultats de Pétrobras repassent dans le vert au deuxième trimestre grâce à l'embellie du real face au dollar et une reprise du pétrole.

En revanche, du côté des signaux négatifs, le taux de chômage (11,3 % au deuxième trimestre) a atteint des records dans de nombreux états du Brésil. Enfin d'après les premières estimations du secrétariat au Tourisme de la ville de Rio, les jeux olympiques devraient rapporter 1,8 milliard de dollars à la ville et ont attiré plus d'un million de touristes étrangers et brésiliens. En revanche, d'après les premiers chiffres annoncés par le maire de Rio, les dépenses pour l'organisation des JO dépasseraient les 12 milliards de dollars. Le CIO a même été obligé de se servir dans le budget des jeux paralympiques à hauteur de 8 milliards de dollars afin de payer certains surcoûts.

Par ailleurs, les dernières projections de l'OCDE indiquent que les effets de la récession devraient encore se faire ressentir en 2017 en raison de l'incertitude politique et des scandales de corruption qui ont traversé le pays depuis des années. La confiance dans le secteur des entreprises et du côté des consommateurs devraient continuer à décliner alors que la dette de l'Etat devrait poursuivre sa hausse.

A l'issue de la procédure de destitution, le président par intérim Michel Temer se prépare à prêter serment au Sénat dans la journée. Il devrait rejoindre le sommet du G20 organisé en Chine pour tenter de regagner la confiance des grandes puissances économiques mondiales. Un pari loin d'être gagné.

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Commentaires
a écrit le 02/09/2016 à 9:36 :
Et pourquoi ne ferait-on pas la même chose à Holland???
Il n'y a pas que le Brésil qui bouge le Vénézuela aussi;
a écrit le 01/09/2016 à 17:34 :
Aux autres maintenant
a écrit le 01/09/2016 à 17:32 :
Je vis au Nicaragua. Dès la décision de relever la presidente du Brésil de ses fonctions, la casi totalité des pays de l'Amérique Latine ont commencé à prendre du recul. Ici le projet de barrage hydro-électrique, Bresil-Nicaragua, a été bradé par les putschistes maintenant au pouvoir.
Le positif est pour l'alimentaire, les USA qui avaient peu acheté de viande, viennent de passer une commande gigantesque au Brésil. Si les pays latino délaissent le Bresil et font l'embargo sur ses produits, ce qui semble en bonne voie, la faillite ne sera pas bien loin.
a écrit le 01/09/2016 à 8:22 :
12 milliards de depense pour 1,8 M de recettes. Ca c'est de la gestion.
a écrit le 31/08/2016 à 20:44 :
Une honte pour la démocratie brésilienne ! Qu'on l'aime ou pas , elle a un mandat du peuple et il doit être respecté ! L'ironie est que celui qui a lancé cette procédure vient d'être rattrapé par la brigade pour corruption et toujours avec Petrobras ... Et lui n'a pas son passé de résistant ! Tous ces sénateurs qui veulent changer ferait mieux d'y réfléchir à 2 fois car leurs comportements vont conduire le pays au désastre social et économique ...
Réponse de le 01/09/2016 à 0:27 :
son passé de résistant ! Heu ! A part l'attaque de banques je ne connais pas d'autres actions
a écrit le 31/08/2016 à 20:20 :
Belle leçon de démocratie que nous donne le Brésil. En France, des Présidents pourtant désavoués par le Peuple, se sont maintenus au pouvoir envers et contre tous : Mitterrand, Sarkozy, Hollande !
Réponse de le 01/09/2016 à 14:09 :
Rappelez-vous le référendum de 2005 il a posé son céant dessus (Sarkozy)
La françe est une dictature ??
a écrit le 31/08/2016 à 19:20 :
Le problème majeur c'est que la droite qui est à l'origine de cette destitution est au moins aussi pourrie, le peuple brésilien est vraiment à plaindre.

Le néolibéralisme a des effets dévastateurs bien plus rapides dans les démocraties plus récentes.

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