Grèce : un "toilettage" de la dette pour encore "gagner du temps"

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Un toilettage de la dette grecque pourquoi faire ?
Un "toilettage" de la dette grecque pourquoi faire ? (Crédits : REUTERS/Alkis Konstantinidis/File Photo)
Le MES a rendu public les mesures envisagée pour alléger la dette grecque d'ici à 2060. Peu convaincant au regard des enjeux.

Le Mécanisme européen de Stabilité (MES) a rendu public ce mercredi 7 décembre les mesures dites de « court terme » pour restructurer la dette grecque. Ces mesures sont au nombre de trois : allongement de la maturité moyenne des emprunts, protection contre des hausses de taux d'intérêt et réduction du taux prévu pour une partie de la dette. Ces trois mesures devraient, selon un « scénario central » réduire la valeur de la dette en 2060 de 20% et porter la dette grecque à 104,7 % du PIB à cette date, contre 176 % aujourd'hui.

Les mesures encore imprécises

Les propositions du MES, validées par l'Eurogroupe du lundi 5 décembre, manquent cependant de concret. On ne dispose pas encore de la nouvelle répartition des maturités. Le MES se contente d'indiquer que les mesures devraient réduire le poids des remboursements dans les années 2030 et 2040, bien évidemment pour les reporter vers les années 2050. Concernant la seconde mesure, complexe, qui vise à transformer des dettes à taux variables en dettes à taux fixes, on ignore quels taux seront appliqués, ce qui est important, car un taux fixe trop élevé fera porter d'abord un coût supplémentaire à la Grèce. La restructuration prévue coûtera ainsi dans un premier temps plus cher à la Grèce, surcoût qui sera compensé, dit le MES « sur le long-terme ». Seule certitude : la surtaxe de 2 % prévue sur une dette datant de 2012 de 11,3 milliards d'euros sera supprimée pour l'année 2017. Les détails seront connus lors de leur mise en œuvre concrète, début 2017.

Toilettage

Au final, cette restructuration est surtout un toilettage qui permet de se protéger contre une hausse excessive des taux et contre un alourdissement des remboursements dans les années 2030-2040. Ce sont des mesures de protection contre des effets négatifs, pas de véritable « cadeaux » faits à la Grèce. Le MES reconnaît d'ailleurs que les besoins de financement nets de la Grèce, autrement dit, l'argent dont le pays aura réellement besoin chaque année pour rembourser sa dette et les intérêts de sa dette, « devrait rester, dans un scénario central », en dessous de 15 % du PIB « à moyen terme » et en dessous de 20 % du PIB après cela. C'est davantage que la recommandation de la Commission qui, depuis des années, demande de limiter ces besoins à 15 % du PIB, niveau déjà considérable pour un pays qui n'a pas accès au marché.

Ponction

Le MES part néanmoins du principe que la Grèce pourra financer ces besoins par un retour sur le marché. C'est possible, mais, même avec ces mesures, se financer sur les marchés sera onéreux pour Athènes et nécessitera, pour maintenir la confiance, une discipline budgétaire de fer. Du coup, le poids de la dette pendant les 43 années à venir sera encore considérable. La ponction effectuée sur l'économie grecque pour financer cette dette va rester un poids insoutenable pour ce pays qui, rappelons-le, a été ravagé par les effets de l'austérité et a perdu près d'un quart de sa richesse en 5 ans. Un investisseur en Grèce devra donc prendre conscience que la demande restera réduite et que les impôts à payer demeureront nécessairement élevés. La Grèce est loin d'être sortie du « péonage » de la dette. La mesure est donc avant tout politique, elle permet à Alexis Tsipras de prétendre avoir "obtenu quelque chose". Mais la réalité est loin de ce message.

Le coût de la « bienveillance »

Certes, ce « coup de pouce » peut s'accompagner de deux autres séries de mesures. Mais dans les deux cas, toute réduction nominale de la dette est exclue, ce qui rend a priori l'impact de ces mesures nécessairement très limité. Encore une fois, et conformément à la seule stratégie mise en place depuis 2010, il s'agit de « gagner du temps ». Incapables d'assumer l'erreur de cette cavalerie financière imposée à Athènes, les membres de l'Eurogroupe laissent le soin à leurs successeurs de gérer le futur défaut grec. Car un point reste en suspens et fera l'objet de rudes négociations dans les semaines à venir : celui des conditions de ces mesures qui ne sont pas « gratuites ».

Austérité à perpétuité

Le gouvernement grec va devoir réaliser de nouveaux tours de vis budgétaires et prendre des engagements d'excédents budgétaires après 2018. On a vu que la Grèce devra faire face à un surcoût dans l'immédiat. Du reste, compte tenu des besoins de financement que ces mesures laissent à la Grèce, ces excédents devront rester quasi permanents pendant quatre décennies. Une austérité de facto à perpétuité que ces petites mesures du MES ne règlent absolument pas. Autant dire que pour un pays comme la Grèce, la promesse du « bonheur à long terme » ressemble à une chimère.

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a écrit le 09/12/2016 à 5:52 :
et bien sur ...c'est la faute des créanciers ..." incapables d'assumer leur erreur ..." , et pas du tout de la Grece qui n'arrive pas à prendre des mesures efficaces ...! sacré mr Godin qui continue son crédo : la defense de l'indefendable Tsipras ; Or , l'Eurogroupe à un message très clair envers les grecs , le message est de leur dire : on vous donne du temps , on vous evite les effets nefastes , mais ...faites votre devoir . Le gouvernement " va devoir réaliser de nouveaux tours de vis "...cocasse ? non ? le jours ou ce gouvernement annonce le 13 eme mois pour les retraites ...!
a écrit le 08/12/2016 à 18:10 :
J'entends, de l'oreille gauche, que le programme de Fillon n'est pas réalisable et de l'oreille droite que ce sera difficile. Baisser de 2% le nombre des fonctionnaires, compte tenu du nombre astronomique que nous avons ne doit pas être bien sorcier et nous devons envisager cette politique comme un devoir qui, si nous ne le réalisons pas nous conduira à rejoindre les Grecs dans l'horreur de la faillite et là, nous ne parlerons plus de 39 h payées sans les 25 et 50% des heures normales mais 40h payée comme les 35 actuelles nous semblera un soulagement. Nous en sommes arrivés au choix suivant: réformes très importantes ou mort de notre pays.
a écrit le 08/12/2016 à 13:06 :
On "oublie" toujours de dire (et surtout en france, pays qui profite le plus de l'"aide" à la Grèce) que : 16 l'"aide" à la Grèce est unanimement reconnue (sauf par les créanciers-vautours, bien sûr) comme totalement illégale; les créanciers n'ayant aucun mandat légal pour imposer les mesures de destruction du pays. 2 - "L'"aide" à la Grèce n' été imposée de force à ce pays que dans le seul but de renflouer la bce et, surtout, de sauver les banques françaises en perdition chronique (il s'agit là de la version officielle connue de tous et approuvée par toutes les parties... sauf la bce et les créanciers du pays, encore une fois). 3- La Grèce n'a absolument aucun devoir de remboursement vis-à-vis de ses créanciers qui se sont d'ailleurs déjà fait des fortunes sur le dos des Grecs. En effet, une jurisprudence internationale a depuis plusieurs années établi que des prêteurs à un pays prenaient et assumaient seuls et entièrement le risque d'être remboursés ou pas. Sur base de cette très logique jurisprudence, la Grèce n'a de fait aucun devoir légal ou moral de remboursement.
Réponse de le 08/12/2016 à 15:16 :
Vous avez entièrement raison sur tous les points que vous soulevez : l'illégalité des "aides" et des agissements des créanciers, le but réel des "aides" imposées à la Grèce (maintenir les banques françaises et la france à flots) ainsi que sur la non-obligation de remboursement de ces "aides" (comme vous, je mets des guillemets au mot "aides" puisqu'il s'agit en réalité d'un vaste racket). Mais vous omettez encore quelques autres points intéressants,n tous confirmés par des organismes internationaux, dont l'ocde. D'abord, que l'impôt sur le revenu est mieux et plus prélevé en Grèce qu'en france. En Grèce, tous types de contribuables confondus, plus de 75 % des travailleurs (et pas seulement les fonctionnaires, mais aussi les popes, militaires, flics, médecins du public, enseignants, retraités etc etc) sont directement prélevés à la source, sans possibilité de tricherie quelconque. On en est loin en france qui, toujours en retard sur ses voisins plus développés, continue de pérorer au sujet des retenues à la source. D'autre part, toujours selon l'ocde que l'on ne peut certainement pas taxer de favoritisme en faveur de la Grèce, les Grecs travaillent beaucoup plus que les français ou les allemands. Et cela pour des salaires indécents : un employé d'une enseigne de jouets, à Athènes, travaille plein temps, du lundi au samedi inclus, pour... 400 euros par mois, desquels il doit encore déduire ses impôts, ses frais de transport, etc etc. Un flic a un salaire mensuel, toutes primes comprises, de 900 euros par mois. Etc etc. Les français qui vilipendent les Grecs mais qui profitent grassement des pseudo-aides à la Grèce feraient bien de balayer devant leur prote et d'arrêter de cancaner au comptoir du café du commerce.
a écrit le 08/12/2016 à 11:33 :
Le temps c'est tout ce qui reste a cet UE de Bruxelles. Elle a voulu en gagner en y incorporant le plus rapidement possible un maximum d’États, sans en approfondir les convergences et imposer une monnaie commune pour contraindre les économies nationales; devenue ainsi un dogme a suivre impliquant des réformes venues de décision extérieure en évitant au maximum une consultation populaire!
a écrit le 08/12/2016 à 11:25 :
L'UE continue de se faire aimer de ces peuples...

J'espère qu'au moins on leur parle de la future révolution 5G européenne hein aux grecs ?
Réponse de le 08/12/2016 à 13:08 :
Bon... On ne voit pas bien ce que vient faire une préhistorique 5G dans l'histoire, alors que la couverture téléphone / Internet est meilleure et plus fiable en Grèce qu'en france, soit dit en passant. Quant à parler de "révolution" alors que dans des régions plus développées (plus civilisées diront certains) on en est déjà à la 6G... Mais bon, france et europe arriveront bientôt au moyen-âge en y mettant encore un peu d'efforts...
a écrit le 08/12/2016 à 1:10 :
Il n'y a qu'une destination pour la Grèce, le défaut, et si l'histoire de France donne des directions sur l'avenir, alors c'est également ce qui nous est promis ...
http://finillusion.blogspot.fr/2016/11/une-courte-histoire-des-finances-de-la.html
Réponse de le 08/12/2016 à 7:43 :
Le défaut est loin d'être une perspective enviable pour la Grèce. C'est une voie qui impose de dégager de façon durable (plusieurs décennies) un excédent primaire puisque la Grèce ne pourrait plus jamais emprunter un kopeck à qui que ce soit (actuellement elle peut le faire encore à travers les autres pays de l'UE, notamment pour refinancer ses dettes parvenues à maturité). Et qui, s'il est unilatéral et n'est pas négocié avec les créanciers, signifierait aussi la saisie des avoirs grecs à l'étranger.
Réponse de le 12/12/2016 à 11:07 :
Dégagée de la charge énorme de la dette la Grèce n'aurait pas besoin de financement externes, elle pourrait même équilibrer sa balance des paiements courants. L'Etat grecque n'a pas d'actifs de valeurs à l'étranger donc il n'y a aucun risque de la moindre conséquence. La grande menace des créanciers est vide ....
a écrit le 08/12/2016 à 0:07 :
Tout ceci me semble très juste. Ils mettent la Grèce à genoux, et ils insistent.

Mais, dans quel but ?

Si c'est mettre les chocottes aux autres pays suis pas convaincue du résultat.
a écrit le 07/12/2016 à 21:23 :
il est quand même aberrant que les autres pays de l'UE se fassent de l'argent sur le dos de la Grèce, en leur facturant des taux prohibitifs ! la moindre des choses après les efforts des grecs, serait de leur prêter sans intérêt, eux qui ont plus de 2% d'excédent budgétaire, quand la France est incapable de tomber en dessous de 3% de déficit !!!
Réponse de le 08/12/2016 à 9:06 :
gagner de l argent suir le dos des grecs ? vous avez lu l article ?? les grecs ne pourront JAMAIS tout rembourser. donc le contribuable europeen y sera globalement de sa poche. Si vous pretez 100 a 10 % et que vous avez touché 10 la premiere et la deuxieme annee puis plus rien vous avez vraiment fait un benefice ? Moi je dirais que vous avez fait une perte de 80
a écrit le 07/12/2016 à 20:31 :
Pour gagner du temps ou pour perdre encore plus de pognon?????? J'ai pas tout compris.
a écrit le 07/12/2016 à 18:26 :
Grèce, Italie , France, Portugal , aucun de ces pays ne sera un jour capable de payer sa dette. On nage dans une hypocrisie technocratique Bruxelloise. On recule pour mieux sauter. Pas étonnant que les citoyens de l'UE souhaitent quitter le navire.
Réponse de le 07/12/2016 à 21:42 :
Un pays qui ne paye plus sa dette ne peut plus financer par l'endettement ses éventuels déficits. Or, du moins en France pour le moment, le déficit (72 milliards) reste supérieur à la charge de la dette (45 milliards). S'il nous prenait la fantaisie de ne plus payer notre dette, il nous faudrait donc INSTANTANEMENT réduire la dépense publique de la différence (27 milliards) puisqu'il ne se trouverait plus personne d'assez fou pour nous les prêter. Soit au choix : supprimer une grosse moitié du budget de l'éducation, licencier "sec" 350000 fonctionnaires, supprimer la totalité du budget de la recherche et de l'enseignement supérieur, ou les deux tiers de celui de la défense.
a écrit le 07/12/2016 à 18:19 :
La dette grec comme la dette française ne seront jamais remboursées. On ira progressivement vers une fin de l'euro et une explosion salutaire, il n'y pas d'autre issue car on est trop enfoncé dans la "drogue dure" de l'endettement facile !

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