La Tribune

« La France va être le leader de la voiture électrique en Europe »

(Crédits : © Acey Harper 2009)
Propos recueillis par Dominique Pialot  |   -  655  mots
Quelques jours après la réunion des États membres européens sur le véhicule électrique, Shai Agassi détaille les atouts de son système.

Que représente le marché européen pour Better Place ?

Le monde se divise en quatre marchés, comptant chacun 250 millions de voitures en circulation, l'Europe, les États-Unis, la Chine et le reste du monde. Mais en Europe, le coût de l'essence est deux fois plus élevé que dans le reste du monde. Du point de vue économique, elle constitue donc le marché le plus intéressant pour le véhicule électrique et investir dans les infrastructures pour véhicules électriques en Europe est trois à quatre fois plus rentable qu'aux États-Unis. Ces derniers sont en retard. Nous y développons des projets de petite taille comme à Hawaï ou à San Francisco, pour prouver que notre système fonctionne, mais pour convaincre des investisseurs, le gouvernement américain doit compenser le faible coût du carburant. Quant à la Chine, si elle le décide, c'est le pays qui peut mettre la voiture électrique sur les routes le plus rapidement.

Quels sont vos arguments pour convaincre les États de s'équiper en infrastructures Better Place ?

Notre meilleur argument, c'est ce que nous sommes sur le point d'achever l'équipement d'Israël, qui comptera bientôt plus de voitures électriques que le reste du monde. Un système complet, intégrant la voiture, les infrastructures, les logiciels et les services, qui fonctionne et que les consommateurs réclament. Les gouvernements seront bientôt sous pression. Imaginez que vous visitiez un pays équipé en rails ou en aéroports alors que cela n'existe pas chez vous ! Vous allez le réclamer à votre gouvernement !

Comment définissez-vous votre modèle économique ?

Nous sommes des créateurs de marché. Ainsi, avec notre partenaire Renault en Israël, nous nous sommes engagés à écouler 100.000 voitures électriques. Notre objectif n'est pas de devenir des vendeurs de voitures, mais ce type d'engagement sur des volumes contribue à abaisser les prix et à augmenter l'attrait du produit pour le consommateur. Notre business, c'est de mettre des kilomètres à la disposition des consommateurs, en rendant le véhicule électrique aussi pratique et attractif financièrement que le véhicule thermique. Quelques entreprises proposent des stations de recharge, que des villes vont d'ailleurs acheter mais ce n'est pas notre métier. Nous ne sommes pas des vendeurs de stations, nous proposons un système complet, et nous ne pouvons pas nous implanter dans un pays sans que le gouvernement soit d'accord et impliqué. D'ailleurs, de nombreux gouvernements viennent en Israël voir le système fonctionner.

Où en êtes-vous en France ?

Les discussions avancent bien. Le gouvernement français est celui qui a adopté la démarche la plus systématique pour étudier la meilleure façon de développer le véhicule électrique, pour chaque maillon de la chaîne, du véhicule aux infrastructures en passant par la batterie. La France essaie de bâtir la meilleure coalition, à la fois pour son marché domestique et pour l'export. Carlos Ghosn a pris il y a trois ans une décision très importante. Aujourd'hui, la France est outillée pour déployer le véhicule électrique et je pense qu'elle va être leader sur ce marché en Europe. Et cela fera trois grands gagnants, Renault, l'industrie énergétique française, et EDF, qui pourra faire valoir son expertise à l'étranger.

Vous venez de lever 350 millions de dollars, à quoi allez-vous les employer ?

Oui, au début on faisait rire tout le monde, mais trois ans et 700 millions de dollars plus tard, les choses ont changé. Nous allons utiliser cet argent pour finaliser notre solution, investir en R&D et monter en puissance. Nous nous sommes beaucoup investis pour comprendre les attentes du marché et 500 ingénieurs développent pour nous des logiciels et des terminaux brevetés. Aujourd'hui, nous avons un pays pilote, nous avons l'argent, nous sommes en ligne avec le calendrier que nous avions annoncé et nous avons trois ans d'avance sur tout le monde. n

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Commentaires

Ecogrenwriter  a écrit le 22/02/2010 à 7:48 :

Hello,
que c'est gentils de nous brosser dans le sens des poils ... Il a très bien compris comment nous marchions nous français, dont il tire ses connaissance de Renault, mais dont le système ne sera opérationnel après Israel, le Danemark ...
Du greenmarketing :)

francis  a écrit le 20/02/2010 à 15:20 :

Salut
il y a longtemps que les constructeurs ont des voitures électriques dans leurs cartons. Faire fonctionner ce système obligera à faire de très gros investissement. A commencer par la fabrication de l'electricité que l'on ne sait toujours pas stocker de façon économique. Pourquoi faire les essais en France ? Parce qu'on a l'electricité pas chère venant du nucléaire.
Par ailleurs il faudra bien tirer de quelque part les taxes prélevées actuellement par le biais des carburants issus du pétrole.
L'argument " carburant pas cher" existe encore pendant la phase de mise au point, mais il disparaitra rapidement ensuite.
On peut et on doit rester optimiste mais pas béat devant d'aaprentes nouveautés.

le fait d'apprendre beaucoup n'instruit pas l'intelligence.
Heraclite d'Ephèse.