La Tribune

La crise économique épargne la pharmacie

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Audrey TonnelierAlors que les turbulences financières contaminent progressivement l'économie réelle, un secteur résiste encore et toujours à la crise : la pharmacie. Depuis le début de l'année, l'indice boursier européen de référence, le DJ Stoxx Healthcare, affiche ainsi un recul de 16 %, à comparer à une chute de plus de 45 % pour l'indice global DJ Stoxx 600. La différence est encore plus flagrante depuis un mois : l'indice de la santé ne cède que 4,5 %, contre un repli de 25 % pour son homologue européen ! Le secteur pharmaceutique, délaissé par les investisseurs en début d'année, a donc bel et bien retrouvé son caractère défensif. Un statut boursier qui s'appuie sur la bonne résistance des laboratoires à la conjoncture actuelle. Alors que les avertissements sur résultats se multiplient, les publications trimestrielles de la majorité des laboratoires ont conforté, voire dépassé, les attentes des investisseurs. Les deux premiers groupes mondiaux, l'américain Pfizer et le britannique Glaxo-SmithKline (GSK), ont ainsi enregistré des hausses de leur bénéfice par action de respectivement 7 % et 6 % au troisième trimestre (avant éléments exceptionnels). Même tendance positive pour les suisses Roche et Novartis : le premier a confirmé ses prévisions annuelles de hausse des ventes de 5 % à 9 % (hors antigrippal Tamiflu), tandis que le second précisait à la hausse son objectif de chiffre d'affaires, désormais attendu autour de 5 % en monnaie locale. prévisions réviséesPas étonnant, dans ce contexte, que les experts aient revu leurs prévisions annuelles : le bénéfice par action moyen du secteur en Europe est attendu en hausse de 12,3 % pour 2008, alors que, à fin 2007, ils ne tablaient que sur une augmentation annuelle de 9 %, selon JCF Factset. « Même si la croissance de l'activité n'est plus ce qu'elle était dans les années 2000, elle demeure dynamique : elle était déjà ressortie en moyenne à 5 % à taux de change constants au deuxième trimestre pour les 7 laboratoires européens que nous suivons », confirme Sylvain Goyon, analyste chez Natixis.Au-delà de ces explications conjoncturelles, la crise actuelle remet à l'honneur les atouts structurels de la pharmacie. À commencer par sa solide assise financière. « Les marges brutes élevées et la faible intensité capitalistique de cette industrie en font la championne de la génération de liquidités », souligne Sylvain Goyon. Les montants de trésorerie générés représentent plus de 10 % du chiffre d'affaires de Sanofi, et jusqu'à un quart des ventes du suisse Novartis ! De quoi assurer aux laboratoires une visibilité appréciable en ces temps de raréfaction du crédit, mais aussi leur permettre d'effectuer des rachats d'actions pour soutenir leur cours de Bourse.Les laboratoires récoltent également les fruits de leur stratégie industrielle. Ils ont su, d'une part, diversifier leurs profils ? vaccins et génériques pour Novartis, biotechnologies pour Roche ?, de l'autre, engager des réductions drastiques de coûts. Pfizer a supprimé l'an dernier 11.000 postes, 7.200 sont prévus chez Merck d'ici à 2011, 1 millier chez Sanofi France? Des évolutions douloureuses qui rappellent que, en dépit de son statut de secteur refuge, la pharmacie n'est nullement exempte de risques ? montée des génériques, déremboursements?Mais comme le souligne un spécialiste du secteur : « Contrairement aux autres industries, ces risques sont en grande partie connus et chiffrables. » La prime à la visibilité est non négligeable en ces périodes de doute.
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