Le Ghana, entre atouts et défis, un pays qui compte en Afrique de l'Ouest

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Lahcen Haddad, député marocain, ancien ministre, expert en géostratégie.
Lahcen Haddad, député marocain, ancien ministre, expert en géostratégie. (Crédits : Reuters)
Les difficultés du moment que traverse le Ghana, notamment à la suite de l'effondrement des prix du pétrole et du gaz, ne semblent pas pas déstabiliser la tradition de forte gouvernance dont bénéficie le pays. Et plusieurs facteurs augurent d'une bonne reprise de l'économie ghanéenne en 2017-2018, analyse Lahcen Haddad, député marocain, ancien ministre, expert en géostratégie.

Le roi du Maroc s'est rendu en visite au Ghana la semaine dernière, pour la première fois depuis son intronisation, il y a maintenant plus de dix-sept ans. Même si le Ghana et le Maroc ont eu des parcours historiques plus ou moins différents, eu égard à leurs choix politiques  et aux destinées coloniales et post-coloniales différentes, les deux pays partagent pas mal de similarités : une histoire millénaire, une culture diversifiée, une société multi-ethnique, un système de gouvernance qui se modernise, une économie qui change et se développe par le biais de réformes courageuses et un processus démocratique qui semble irréversible et permet un partage plus ou moins équilibré des pouvoirs.

Le Ghana, une histoire millénaire

Les gloires du passé du Ghana, évoquées dès le IXe siècle par les voyageurs et savants arabes dans leurs descriptions de "Bilad Soudan", sont connues des historiens. Les rapports des Européens en quête de l'or depuis le XVe siècle, et l'émergence de l'empire Ashanti depuis le XVIIe siècle (jusqu'au XXe), témoignent également de la grandeur de ce pays à travers l'histoire médiévale et moderne. Le Ghana, durant la période Ashanti, se basait sur une armée de guerriers redoutables et une bureaucratie bien organisée, installée à Kumasi, qui veillait sur la bonne gestion des affaires économiques d'un empire dominant sur l'ouest africain.


La course pour l'or africain sur les côtes ghanéennes de la part des puissances européennes, surtout des Portugais, des Danois, des Suédois, des Britanniques, et des Allemands ont provoqué une exploitation proto-coloniale dévastatrice pour la population locale et ses richesses. Néanmoins, le Ghana renaît toujours des ses défis, que ce soit aux temps de l'ère Ashanti ou après l'indépendance, lors de l'époque Kwame Nkrumah.


Après une longue période de mainmise militaire et une succession de coups d'états, le Ghana avait renouvelé avec la bonne gouvernance, la prospérité et la démocratisation depuis l'arrivée de la quatrième république en 1992. Les efforts des gouvernements successifs ciblaient la croissance économique, un meilleur système de gouvernance, la réduction de la pauvreté et un rôle grandissant sur la scène africaine et internationale.

Le Ghana, septième état le mieux gouverné d'Afrique

Grace à sa stabilité politique, et à la suite des réformes économiques, entamées par les gouvernements successifs, le Ghana a pu faire des avancées indéniables dans le domaine de la bonne gouvernance. Il a été classé cinquième État le moins fragile en Afrique en 2012, et le quatrième en 2016, sur l'Index des États fragiles. L'index de perception de la corruption de Transparency International l'a classé quatrième État le moins corrompu du continent africain. Il a été également classé septième état le mieux gouverné de l'Afrique par l'Index Ibrahim de Gouvernance Africaine. La gouvernance améliorée au Ghana est un signe parlant que les réformes avaient donné leurs fruits et que la population dispose d'un taux de confiance assez élevé vis-à-vis de l'ordre politique et des institutions de la quatrième république.

Une forte réduction du taux de pauvreté

Selon la Banque Mondiale, six millions de Ghanéens vivent toujours en dessous du seuil de la pauvreté, deux millions parmi eux souffrent de pauvreté extrême -  pour une population totale de 27,41 millions (2015). Mais le pays avait fait des avancées énormes entre 1992 et 2006 dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité: le taux de pauvreté a été réduit de 50% à 21% en l'espace de 14 ans.

Dans son rapport sur le pays, la Banque Mondiale parle de la croissance du PIB durant cette période comme étant "pro-pauvres." La richesse crée par l'économie ghanéenne, à la suite de réformes économiques courageuses, a été plus ou moins bien distribuée, et a bénéficié à des segments plus ou moins larges de la société ghanéenne, malgré les disparités encore flagrantes entre le rural et les villes, et entre le Nord et le Sud. 
L'impact des réalisations socio-économiques sur les ObjectIfs du Millénaire, surtout en matière d'éducation, de nutrition et mortalité infantile, de mortalité maternelle a été impressionnant. Il y a encore du chemin à parcourir mais les avancées sont encourageantes.

Encore des défis à relever

Depuis quatre ou cinq années, le Ghana a connu des chocs économiques importants et fait face à des défis macro-économiques conséquents. La chute des prix du pétrole et du gaz a entraîné une détérioration notable des valeurs exportées ghanéennes. Le manque d'électricité au niveau national a poussé les autorités à rationner la distribution avec des conséquence négatives sur l'activité économique, selon la Banque Mondiale. Le taux d'inflation a atteint 17 %, ce qui affecte négativement le niveau de vie des populations. La dette publique ne cesse d'augmenter et peut atteindre 80 % du PIB si on compte les dettes publiques et privées garanties et non garanties par l'État. Le PIB per capita a chuté de 1600 $ à 1400 $ entre 2014 et 2016.


Malgré ces défis, le Ghana reste un pays stable, disposant d'une tradition forte en matière de gouvernance, et capable d'entamer des réformes susceptibles de renforcer la résilience du pays face aux chocs économiques et sociaux. Le programme d'ajustement soutenu par le FMI, la solidité du secteur bancaire, les prévisions des hausses des prix du pétrole et de l'or, sont des facteurs qui augurent d'une bonne reprise de l'économie ghanéenne en 2017-2018.

Quand il y a la volonté politique, ce qui est la cas du Ghana, et quand le peuple adhère aux choix fondamentaux, ce qui est le cas des Ghanéens, les défis deviennent des opportunités et les haies, sources d'espoir et de force.


Lors de sa toute récente visite au Ghana, le roi Mohammed VI a certainement abordé la question, avec le Président Nana Akugo-Addo, de comment les deux pays peuvent utiliser leur potentiel économique et leur capital politique et culturel pour travailler ensemble pour le bien-être des deux peuples et de l'Afrique tout entière. Ils ont tous les deux présidé la cérémonie de signatures de conventions de partenariat impliquant le secteur public et privé des deux pays ayant comme objectif la réduction de la pauvreté et la création des richesses et de l'emploi.

Maroc-Ghana, un modèle pour la coopération sud-sud

Le Roi du Maroc croit profondément que les Africains sont capables de se prendre en charge eux-mêmes, s'ils croient en eux et en leur potentiel. Je suis sûr que le Président ghanéen partage cette conviction. 
Le Maroc et le Ghana sont des acteurs économiques et politiques incontournables sur la scène africaine. Le partenariat économique entre les deux pays peut servir comme modèle pour la coopération sud-sud prônée par les leaders et pays africains. L'Afrique et les Africains comptent sur la volonté et le sens de vision de leaders comme le Roi Mohamed VI et le Président Nana Kufo-Ado pour leur montrer la voie, et leur permettre de réaliser et vivre leur rêve, le rêve de tous les peuples africains pour une Afrique prospère, juste et durable.

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