La Tribune

Pourquoi Safran investit 35 millions d'euros dans son usine de trains d'atterrissage au fin fond du Béarn

Depuis 2007, l'équipementier aéronautique investit environ 10 millions d'euros par an dans la modernisation de l'outil industriel du site de Bidos. La nouvelle usine pourra produire jusqu'à 300 trains d'atterrissage par an destinés à équiper la nouvelle génération des avions gros porteurs tels que les B787 et les A350. © BLV2 Architectes
Depuis 2007, l'équipementier aéronautique investit environ 10 millions d'euros par an dans la modernisation de l'outil industriel du site de Bidos. La nouvelle usine pourra produire jusqu'à 300 trains d'atterrissage par an destinés à équiper la nouvelle génération des avions gros porteurs tels que les B787 et les A350. © BLV2 Architectes
Nicolas César, à Bordeaux, Objectif Aquitaine  |   -  522  mots
Dans les Pyrénées-Atlantiques, Messier-Bugatti-Dowty, le leader mondial des trains d'atterrissage et l'un des vaisseaux amiraux du groupe Safran, construit un nouveau bâtiment dédié au « titane » pour répondre aux nouveaux programmes long courriers d'Airbus et de Boeing. Le groupe a fait le choix de la compétence du « Made in France ».

A l'été 2013, le site de Messier-Bugatti-Dowty (groupe Safran) de Bidos (Pyrénées-Atlantiques) aura un bâtiment flambant neuf de 6 500 m2 entièrement réservé à l'usinage des composants en titane de grandes dimensions. L'usine va y produire les trains d'atterrissage pour la nouvelle génération des gros porteurs tels que les B787 et les A350. A lui seul, le bâtiment coûte 10 millions d'euros. Avec les machines, l'investissement ne représente pas moins de 35 millions d'euros. Car, faute de place sur le site pour construire ce nouveau bâtiment, il a fallu se décider à démolir l'ancien, érigé en 1938 par Georges Messier.

Une référence dans le monde entier

Pourquoi alors avoir choisi cette usine, coincée entre une voie ferrée et un lotissement, enclavée dans un petit village de 1 200 habitants du Béarn ? Bidos est la seule usine française du groupe à produire des trains d'atterrissage. Mais « il est vrai que cela aurait coûté moins cher de la faire ailleurs. Nous avons des sites au Mexique, en Chine, etc., reconnaît Bruno Eymard, directeur du site de Bidos. On investit dans le Béarn parce qu'il y a une compétence. Nous avons ici le laboratoire matériaux et procédés. Et, quand il y a besoin d'une expertise au niveau mondial, on fait souvent appel aux ingénieurs de Bidos, qui font référence ».
Pour la région, c'est une formidable opportunité. Cette unité est à la pointe de la technologie. Ses process ont été dévoilés en grande pompe lundi 21 janvier aux élus locaux. « Bidos sera précurseur dans le contrôle de la fabrication. Tout sera automatisé. L'usinage du titane fera appel à des machines, des réseaux et un monitoring très performants avec des tablettes électroniques. Les pièces en titane fabriquées ici auront une très forte valeur ajoutée », souligne le directeur. De nouvelles technologies de traitement de surface plus écologiques, en remplacement des procédés de chromage et du cadmium, seront également introduites.

Avance technologique

En outre, « grâce à ces investissements, nous allons renforcer notre compétitivité en divisant par quatre nos cycles de production afin de renforcer notre position de leader sur l'usinage des pièces d'atterrisseur en titane de cette dimension », souligne Alain Sauret, PDG de Messier-Bugatti-Dowty. La nouvelle usine pourra produire jusqu'à 300 trains d'atterrissage par an. L'enjeu industriel pour Messier-Bugatti-Dowty est considérable : « Nous assurons la mutation de nos métiers et de nos moyens de production pour maintenir notre avance technologique », rappelle Alain Sauret.
Depuis 2007, Safran investit environ 10 millions d'euros par an dans la modernisation de l'outil industriel du site de Bidos. Les premiers investissements avaient permis notamment l'ouverture d'un atelier de traitement thermique en 2007 et d'une nouvelle unité d'assemblage en 2010. Le site emploie aujourd'hui 815 salariés, après 50 recrutements en 2012. Messier-Bugatti-Dowty contrôle 50% du marché mondial des trains d'atterrissage. « Nous voulons faire de nos sites français des vitrines technologiques », avance Bruno Eymard. De quoi rassurer ceux qui craignent pour le Made in France : celui-ci continue de construire son avenir dans les secteurs à haute valeur ajoutée.
 

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Commentaires

Lacq-Orthez  a écrit le 04/02/2013 à 17:08 :

J'adore le "au fin fond du Béarn" méprisant du journaliste qui écrit depuis Bordeaux et ne met jamais les pieds au sud de l'Adour. Le Béarn est la région d'Aquitaine où le taux de chomage est le plus faible avec de gros industriels comme Total ou Safran qui investissent régulièrement. Un autre exemple: http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2013/01/30/total-muscle-jean-feger-avec-100-nouveaux-postes-par-an,1115511.php

mathieu  a écrit le 28/01/2013 à 18:15 :

J'ai fait tout mon stage ingé à Turbomeca Borde. La qualité de vie y est exceptionnelle y compris au travail. Certains gros groupes comprennent que les machines s'exportent mais le savoir faire difficilement.

La France au travers de l'aéronautique est en train de réaliser un très gros coup. Du boulot y'en a. Ils ont même du mal à recruter certains profils...

Polaris  a écrit le 25/01/2013 à 19:40 :

Effectivement, il existe encore en Béarn quelques fleurons industriels d'envergure internationale qui permettent de travailler sur des technologies de pointe, tout en bénéficiant d'une qualité de vie exceptionnelle: Messier, Total, Turbomeca à Bordes mais aussi à Tarnos (près de Bayonne)... et pour les courageux qui acceptent de s'aventurer en Bigorre: Alstom Transport, Daher-Socata... Sans compter les dizaines d'entreprises sous-traitantes et fournisseurs, plus petites mais néanmoins très dynamiques, qui profitent de l'effet d'entraînement de ces locomotives régionales et du phénoménal cluster aéronautique toulousain Aerospace Valley (là-bas aussi ça marche très fort, notamment en aéronautique). Petit bémol: les gros centres de recherche universitaires, labos et écoles d'ingénieurs sont situés à Toulouse; mais ce n'est jamais qu'à 150km par l'A64. Et puis, évidemment, les salaires ne sont pas comparables à ceux de la région parisienne (les employeurs locaux savent utiliser à leur avantage l?argument de la qualité de vie)? Mais il y a des compensations.

Raoul31  a écrit le 25/01/2013 à 19:07 :

Le pôle de Toulouse en Aéronautique et Spatial innonde la Région Midi Pyrénées et par delà ... Un énorme succès. La population sur la Grand Toulouse y croît de 10% par ans depuis plus de 20 ans !! Si en plus arrive le CEA Tech ... que du bonheur.

Simplement parce que  a écrit le 25/01/2013 à 17:43 :

Ainsi il sera l'employeur de la région et les gens auront :
- soit du mal à aller chez la concurrence
- soit n'auront pas envie de se faire débaucher

Une façon aussi de sécuriser le savoir faire du groupe.

Lou Biarnes  a écrit le 25/01/2013 à 16:27 :

Ah bon des choses positives existent en France?

Turboméca (turbines d'hélicoptères) avait également réalisé un investissement de 100 millions d'euros en 2010 dans un autre village du fin fond du Béarn. Total continue d'investir dans son centre de Recherche à Pau. Viendez en Béarn, viendez