Les "Indignés" sont de retour

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Rassemblement des indignés sur la Puerta del Sol à Madrid, fin juillet 2011. Copyright Reuters
Rassemblement des "indignés" sur la Puerta del Sol à Madrid, fin juillet 2011. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
A l'occasion de leur premier anniversaire, le mouvement des "Indignés", surgi l'an dernier en Espagne pour dénoncer la crise, la corruption et le chômage, s'apprêtait à redescendre dans les rues samedi 12 mai et contredire ainsi ceux qui prétendent qu'ils ont disparu. A Londres aussi, plusieurs centaines d'"Indignés" du mouvement "Occupy London" se sont rassemblés samedi, ainsi qu'à Lisbonne et dans plusieurs villes au Portugal, à l'occasion d'une journée mondiale d'action.

Le mouvement des Indignés fête son premier anniversaire. A Madrid, les indignés devaient converger samedi 12 mai au soir, en plusieurs colonnes venues des quatre coins de la ville, vers la Puerta del Sol, pour un retour symbolique sur cette place qui a vu naître leur mouvement, le 15 mai 2011.

Pendant quatre jours, ils ont l'intention d'y tenir une "assemblée permanente", défiant l'interdiction officielle selon laquelle les manifestations devront prendre fin chaque soir à 22h00. C'est sur la Puerta del Sol que s'était installé, il y a un an, le campement des indignés, avant de faire des émules dans le monde entier.

Le symbole d'un ras-le-bol

Pendant un mois, cet amas de tentes et de bâches était devenu le symbole d'un ras-le-bol qui avait surpris un pays où, malgré la crise, le mécontentement s'était jusque là peu exprimé. Mais le gouvernement de droite, arrivé au pouvoir dans l'intervalle, a cette fois affiché sa fermeté, déclarant "illégale" toute tentative d'installer un nouveau campement.

"Des limites horaires ont été fixées. Au-delà, ces rassemblements ne sont pas autorisés", a souligné vendredi la porte-parole du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria. "Au-delà de ces horaires, la loi serait enfreinte et donc les droits des autres citoyens, et bien sûr, le gouvernement fera en sorte que la loi soit respectée", a-t-elle ajouté. Sous les slogans "Prends la rue", "Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiques et des banquiers", d'autres manifestations étaient convoquées samedi dans environ 80 villes du pays, dont Barcelone.

Parmi les premiers, quelques indignés ont commencé à se rassembler samedi matin dans la capitale catalane, sur la Plaza de Catalunya. Pendant ce temps à Madrid, les premiers marcheurs de la "colonne sud" quittaient Leganes, une banlieue sud de la ville. Mais l'ampleur que prendra la mobilisation est incertaine, au moment où le chômage frappe un actif sur quatre (24,4%) et où le gouvernement met en oeuvre une politique d'austérité sans précédent. Un terrain fertile, a priori, pour que l'anniversaire du mouvement soit un succès. Mais à la différence d'il y a un an, les rues d'Espagne sont envahies presque chaque semaine par les manifestations convoquées par les syndicats contre la rigueur.

Une résussite concrète : la lutte contre les saisies de logements des familles surendettées

Les indignés pourraient être noyés dans ce flot de mobilisations, d'autant qu'ils ont largement perdu en visibilité. Répondant à une structure horizontale, refusant de se constituer en parti, ils n'ont pas su "structurer un mécontentement sans idéologie concrète", analyse Antonio Alaminos, professeur de sociologie à l'Université d'Alicante.

"Résultat: beaucoup de petits groupes relativement déconnectés entre eux qui ne forment plus un mouvement social", ajoute-t-il. "Le mouvement est toujours là, mais il n'est plus dans la rue: il est sur l'internet, sur les réseaux sociaux", explique Noelia Moreno, une chômeuse de 30 ans qui a participé au campement l'an dernier. "N'étant pas un parti politique, ils n'avaient pas de limites dans leurs rêves, mais ceci est une arme à double tranchant", remarque le sociologue Fermin Bouza. Pour lui, le mouvement "oscille entre deux extrêmes, les utopiques et les pragmatiques", qui devraient "s'entendre pour constituer un mouvement solide, capable de retrouver une certaine popularité et être utile à tous".

Les indignés affichent toutefois une réussite concrète: avoir insufflé une nouvelle force à la Plateforme contre les expulsions (PAH), qui lutte depuis 2009 contre les saisies d'appartements de familles surendettées. Symbole de la crise, ces saisies ont été bloquées ou retardées à des dizaines d'occasions sous la pression des militants.

A Londres, "Occupy London" manifeste contre le "capitalisme prédateur"

A Londres, plusieurs centaines d'"indignés" du mouvement "Occupy London" se sont rassemblés samedi après-midi sur les marches de la cathédrale St-Paul, à l'occasion d'une journée mondiale d'action du mouvement. Des banderoles rappelaient les mots d'ordres du mouvement anticapitaliste: "A bas le capitalisme prédateur", "Vive la démocratie politique", ou "Le peuple avant les profits". Les manifestants, banderoles au vent, écoutaient au soleil des intervenants, comme James Meadway, économiste dans l'institut "New Economic Foundation".

"Les problématiques sont toujours là, la crise empire", a-t-il souligné, se félicitant de la participation. Un millier de personnes avaient déclaré leur intention de participer à la journée d'action sur le site Facebook du mouvement. Les organisateurs avaient invité les sympathisants à venir avec des tentes, symboles des occupations des "indignés".

Le mouvement s'étend sur internet et prend d'autres formes

Mais le principal campement des "indignés" londoniens, sur le parvis de la cathédrale St-Paul, a été démantelé en février, et deux autres campements, dans des parcs de la capitale, ont une moindre visibilité. "Le mouvement a changé de forme", a estimé James Meadway. "Il s'étend à d'autres gens", notamment sur la toile. Jacky Turner, médecin dans le quartier défavorisé de Tower Hamlets (est de Londres) a défendu le service public de santé (NHS). "Il y a plein d'argent pour le NHS, il suffit d'arrêter de le gaspiller en se portant au secours des banques ou en achetant des missiles", a-t-elle lancé.

Une étudiante norvégienne, Raghnhild Freng Dale, ancienne "campeuse" à St-Paul, souligne que "les tentes n'étaient pas un but en soi. C'était pour attirer l'attention sur la nécessité de construire une alternative". Selon elle, "le plus grand succès du mouvement a été d'attirer des gens qui ne sont pas forcément politisés".

Après les interventions, les organisateurs ont prévu de manifester devant les sièges des principales banques et institutions du quartier d'affaires de la City. Les "indignés" du mouvement Occupy London ont publié vendredi un "manifeste de mai" prônant un changement du système économique, une démocratisation d'institutions telles que le FMI et les Nations unies, l'abolition des paradis fiscaux et une taxe mondiale sur les transactions financières.

"Dehors le FMI", scandent les Indignés au Portugal

A Lisbonne, environ deux mille personnes, selon les organisateurs, jeunes et moins jeunes, ont défilé dans le centre de la capitale le 12 mai. "Précaires du monde entier unissez-vous", "printemps global, protestation internationale", "les idées descendent dans la rue", pouvait-on lire sur quelques unes des banderoles portées par les manifestants. "Ce jour est pour nous la célébration d'une année de lutte et désormais les gens comprennent la nécessité urgente de réagir", a déclaré à l'AFP un responsable du mouvement, Joao Camargo. "C'est un mouvement de longue haleine, il ne manquera pas de prendre de l'ampleur", assurait de son côté Tiago Castelhano, 25 ans.

La récession s'est aggravée au Portugal et le chômage, dont le taux dépasse actuellement 15% de la population active, frappe 35% des jeunes à la suite des mesures d'austérité mises en oeuvre par le gouvernement en contrepartie d'une aide exceptionnelle de 78 milliards d'euros, accordée en mai 2011 par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). "Dehors le FMI", figurait parmi les slogans fréquemment repris par les manifestants tandis que d'autres prenaient pour cible le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, qui a récemment déclaré que le chômage pouvait être "une occasion pour changer de vie". "Le Premier ministre est complètement déconnecté de la réalité. Il y a plus de 1,5 million de chômeurs au Portugal et pour chacun c'est un drame personnel", a commenté Joao Camargo. "Dehors Passos", lisait-on sur de nombreuses affiches.

Des manifestations ont également rassemblé plusieurs centaines de personnes dans plusieurs autres villes et notamment à Porto (nord), Coimbra (centre) et Faro (sud).
 

 

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Commentaires
a écrit le 13/05/2012 à 19:35 :
Forcément, le beau temps est de retour...
a écrit le 13/05/2012 à 2:31 :
non à la crise ! non au chômage ! non à la pauvreté !
Que ceux qui ne sont pas d'accord lève le clavier !!
Bon...et maintenant ... ben on en est au meme point ..!!!
Réponse de le 13/05/2012 à 12:42 :
Non à Non !
a écrit le 12/05/2012 à 22:01 :
Ils critiquent les conséquences du socialisme qui produit, comme toujours, une oligarchie hautaine, mais demandent encore plus de socialisme. Cyniques ou idiots ?
Réponse de le 13/05/2012 à 12:20 :
Voilà une grande nouvelle : Sarko était donc socialiste ?
L'UMP va être surpris de l'apprendre ....
Réponse de le 13/05/2012 à 12:44 :
Oligarchie, kynésien, droit dans le mur... et j'en passe. Vous ne vous déversiez pas et on vous reconnais à chaque post...
Réponse de le 16/05/2012 à 22:20 :
Bien dit !
a écrit le 12/05/2012 à 21:14 :
250000 PERSONNES A BARCELONE , ça change du 2000 à Lisbonne!!!!!!! Merci pour l'info la tribune! Un indigné
http://www.publico.es/espana/432904/el-15m-vuelve-a-las-calles-un-ano-despues

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