L'avenir est aux bons salaires, pas aux bas salaires

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Par Alain Madelin, ancien ministre.

Parle-t-on de la compétitivité des entreprises qu'aussitôt vient la revendication : "il faut alléger les charges sociales pour baisser le coût du travail." C'est d'ailleurs ce qu'ont fait tous les gouvernements depuis le début des années 1990. Les charges sociales, dit-on, sont plus élevées en France que chez beaucoup de nos voisins, notamment l'Allemagne. L'argument ne vaut pas tripette car, ce qui compte pour le chef d'entreprise, ce n'est pas le niveau des charges en soi mais le coût total du travail, charges comprises.

Fort opportunément, une étude de l'Insee est venue affirmer que le coût du travail dans l'industrie en France surpassait désormais de 4 euros celui de l'Allemagne. Voilà qui justifiait l'urgence de nouvelles baisses de charges sociales. Sans doute au moyen d'une augmentation de la TVA, pour l'occasion baptisée sociale ou antidélocalisation afin de la rendre attrayante. Hélas, l'argument largement exploité était faux. L'Insee s'était trompé. Dans l'industrie, le coût du travail entre la France et l'Allemagne est quasi équivalent (légèrement supérieur outre-Rhin). En fait, la question de notre compétitivité est avant tout affaire de créativité, d'innovation, de qualification et d'investissement. Les politiques d'allégements de charges sociales sont largement illusoires, inefficaces et coûteuses. Elles sont aussi contre-productives.

Les baisses de charges sociales constituent une illusion d'optique. Bien entendu, chaque chef d'entreprise, tout particulièrement s'il dirige une entreprise de main-d'oeuvre, peut expliquer tous les gains de compétitivité que représente pour lui une baisse des charges. Mais à dépenses sociales constantes, au niveau des pays, ces baisses ne sont en réalité que des transferts. Le gain des uns est la charge des autres. Et, de fait, le transfert s'effectue des entreprises les plus productives vers celles qui le sont moins.

Certes, on peut légitimement souhaiter une baisse du coût du travail par la baisse des charges. Mais, pour être efficace, celle-ci doit s'accompagner d'une baisse des dépenses sociales. Nous en sommes loin !

Ces baisses ont de multiples effets pervers. Destinées à soutenir les entreprises de main-d'oeuvre pour faire face à la concurrence, les politiques d'exonération de charges ont été plafonnées (aujourd'hui 1,6 Smic). Résultat, un effet de cliquet qui enferme aujourd'hui deux salariés sur trois dans une zone de 1 à 1,6 Smic et qui constitue une dangereuse smicardisation de notre société. Certes, beaucoup feront observer que ces allégements de charges ne font que compenser de multiples préjudices infligés par l'Etat aux entreprises comme les augmentations artificielles du Smic ou les 35 heures. Ce n'est pas faux. Mais, avec le temps et le jeu des réajustements de prix et de salaires, les justifications initiales de ces allégements se sont estompées.

Que penser d'ailleurs d'un État qui, ayant forcé le salaire minimum au-dessus de son niveau économique, compense cette augmentation artificielle par des baisses de charges pour les bas salaires et, constatant les effets désastreux d'une politique qui tire les salaires vers le bas, ajoute une prime pour l'emploi au profit des travailleurs pauvres ? Il faut en finir avec cet État gribouille et sûrement ne pas pérenniser les quelque 22 milliards d'exonérations de charges sociales en rendant progressives les cotisations avec la rémunération, comme vient de le proposer le Premier ministre. Encore moins s'engager dans de nouvelles baisses de charges.

Des politiques inefficaces et contre-productives. Les défenseurs de ces politiques de baisse de charges affirment qu'elles nous auraient permis de créer ou de sauvegarder quelque 800.000 emplois. Même si l'on accepte ce chiffre généreux (dont il est facile de montrer le caractère fantaisiste aujourd'hui), il n'en reste pas moins que, avec une facture de quelque 22 milliards, cela fait un peu plus de 27.000 euros par emploi. C'est-à-dire le coût moyen d'un fonctionnaire !

Au surplus, alléger les charges sur les bas salaires revient de fait à taxer un peu plus le travail très qualifié, celui dont dépendent la croissance et l'emploi (et dont le taux marginal de prélèvement fiscal et social atteint aujourd'hui le record des pays industrialisés). Gribouille toujours !

Ce n'est pas la baisse du coût du travail qui fait la compétitivité. Les baisses artificielles du coût du travail à coups de subventions publiques sont non seulement contre-productives mais aussi désespérantes socialement. Elles donnent le sentiment qu'avec la mondialisation l'avenir est au salarié low-cost, épuisable et jetable. Que l'entreprise idéale, c'est un patron avec des salaires américains et des employés avec des salaires tchèques.

L'avenir est à la France des bons salaires, pas à celle des bas salaires ! Il existe une saine augmentation du coût du travail au travers de la maîtrise des dépenses sociales et de meilleurs salaires rendus possibles par les gains de productivité et l'accroissement des investissements. Il est absurde, comme on le fait trop souvent, d'opposer le capital et le travail. C'est le capital investi qui fait les bons salaires de l'entreprise. Et c'est le niveau de capital productif qui fait le niveau général des salaires d'un pays. La déflation salariale allemande (imposée pendant dix ans à la suite de la surchauffe de la réunification) n'est pas un modèle. Le vrai secret de la compétitivité est ailleurs : dans la qualité, la créativité, la qualification, l'innovation, l'investissement. Sait-on qu'il y a trois fois plus de robots dans les usines allemandes que chez nous (240 pour 10.000 employés, 85 en France) ?

Comme l'a lumineusement résumé Stéphane Soumier dans son bloc-notes, aujourd'hui il nous faut choisir entre "copier l'Allemagne... ou bien l'iPad".

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a écrit le 12/03/2011 à 21:44 :
Pourquoi tourner autout du pot ? Le salaire est le montant net perçu par l'employé. Tout le reste, charges de toutes sortes, y inclus la TVA que paie l'acheteur final, relève des prélèvements étatiques, exorbitants, plus élevés que le salaire. Les coupables en sont les gestionnaires de l'Etat, c'est à dire les politiques. Peu impotent les affectations,réduisons les dépenses étatiques, et vite, sans quoi notre proche avenir sera identique au sort de la Grèce.
Réponse de le 12/03/2011 à 23:45 :
Ok plus de services publiques : le cout de l'enseignement sera nous plus reparti sur tous les français mais par tête de pipe d'enfant scolarisé (ça tombe bien j'en ai pas) ... et la santé pareil seuls les malades payent (cela tombe bien je suis jeune et en bonne santé) et toi ENERM tu continueras a payer les MEMES impôts (l'augmentation actuelle est due aux renflouement du système financier en banqueroute) ... et en plus tu te feras tapper par ta petite famille pour éduquer les marmots et aider ceux qui tomberont malades et qui pour payer leur cancer devront vendre leur baraque (ce n'est pas un cauchemar, c'est le système américain) ... Réduire pour réduire n'est pas une solution ... je préfère laisser crever les banques Irlandaises pour lesquelles on est en train de renégocier le taux du prêt de 100 millliards ou plus.
a écrit le 12/03/2011 à 20:59 :
IL faut transférer les taxes sur les dividendes de ceux qui héritent de portefeuilles titres et glandouillent toute la journée. C'est aussi çà, la valeur travail.
a écrit le 12/03/2011 à 20:50 :
Le monde idéal: quelques financiers, ingénieurs et resp marketing en occident avec de "bons" salaires" et laisser les "bas" salaires en chine. Ceci est le monde idéal de la finance mondialiste car la Chine Dictature (les commentaires antilibéraux , donc antig-ouvernements doivent amener en prison ..., pas de vrais syndicats, pas de manifestations possibles, pas de gréves ... ), Dictature "libérale" (pas de contraintes sociales ou environnementales) est le pays idéal pour produire !!!! Cela fait 30 ans qu'on nous bassine en disant qu'il faut laisser le temps au temps ... blablabla mais la Chine est toujours une dictature ... donc soit on remet en place des droits de Douane (les libéraux vont détester , leurs affaires vont s'effondrer) , soit on exporte le modèle Chinois dans le monde (avec Madelin comme président de dictature Française par exemple) soit on trouve des sous pour donner les moyens de survivre aux millions de chômeurs occidentaux ... a un moment il va falloir choisir
Réponse de le 13/03/2011 à 17:14 :
@ révolution: tu crois pas que le choix est évident. Qu'est-ce qu'on a à faire des gens dans un monde où la seule chose qui compte, c'est le fric :-)Le tout, c'est de le savoir et d'agir en conséquence :-)
a écrit le 12/03/2011 à 12:23 :
Le materiel allemand ce vend parce qu'il est considerer comme solide et de qualite. Mais venir citer l'ipad pour l'innovation (hp produisait des tablettes bien plus puissante qu'un ipad au debut des annees 2000...)
Personnellement je citerai bien plus le modele japonais, on innove, les innovations sont produites au japon puis lorsqu'une nouvelle innovation arrive on delocalise l'ancienne technologie afin de la produire a bas cout et en masse.
La coree a suivit ce modele par exmple (et aujourd'hui nous a depasse dans x domaine)
Exemple samsung vend peut etre moin de telephone que apple mais comme les telephones apple sont base sur beaucoup de composant samsung ils en profitent. Et aujourd'hui samsung fait plus de benefice que apple et google reuni.

Sans parler du faite que tous le monde ne peut pas etre ingenieur ou chercheur. La france a bien d'autres atouts, agriculture, destination de vacances, et meme en recherche ont est tres bon. Je crois qu'on est juste incapable d'utiliser et de faire fructifier nos atouts.
Réponse de le 12/03/2011 à 15:56 :
@ nOon: un produit ou un service se vend, non parce qu'il est de qualité ou fabriqué en Allemagne, mais parce que les gens en redemandent :-)
Réponse de le 12/03/2011 à 20:25 :
bouarf ca je sais suffit de voir ce qu'est devenu SUN malgres leur produit
Réponse de le 13/03/2011 à 9:18 :
Ah bon je savais pas qu'HP produisait des tablettes hyper puissantes dans les années 2000 , mais alors comment se fait y qu'on a pas été mis au courant ????
comment se fait y que madelin y nous a pas prevenu ??? ce qui fo c pas l'ipad mais celui qui l'a créé !!!! j'ai nommé Steve Jobs , le plus genial Market Inventer de tous les temps !!!! Non Mr Madelin le probleme n'est pas de Copier , mais bien de Coller , autrement ca sert a rien , Collons collons collons ....
Réponse de le 13/03/2011 à 17:12 :
@ perceval: c'est pas son produit (steve jobs) qui est génial, c'est son approche de marketing. Des produits similaires existent, mais la pub qui les entoure est inexistante.
a écrit le 12/03/2011 à 11:26 :
Copier l'ipad.... donc inventer ici ou ailleur ( puisque dans le futur on trouvera des gens hyper qualifiés en inde et en chine) et faire fabriquer dans les pays à bas couts où les charges sociales sont très faibles...... mais quelle merveilleuse idée !
Réponse de le 13/03/2011 à 17:56 :
Ce n'est pas APPLE ni HP qui ont inventé les tablettes, mais un
industriel Français qui fabrique les tablettes ARCHOS.
Réponse de le 14/03/2011 à 12:37 :
j'ai vu des tablette française il y a déjà plus de vingt ans!
trop en avance, le matériel fonctionnait, les applis et le support marketing manquait, résultat: flop!

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