L'unicité du Smic remise en cause par des économistes

 |  | 835 mots
Lecture 4 min.
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Alors que le Smic va automatiquement progresser (faiblement) le 1er janvier prochain, le rapport du groupe d'économistes chargés d'éclairer les pouvoirs publics sur la revalorisation du salaire minimum prône une grande prudence. Il préconise de modifier les paramètres servant à l'indexation du Smic. Et, allant plus loin, il s'interroge sur le besoin de maintenir un Smic unique pour tous, suggérant, plutôt, de le différencier selon l'age des salariés et les régions géographiques.

Le 1er janvier prochain, comme à l'accoutumée, le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) sera automatiquement revalorisé en fonction de l'inflation constatée et de la croissance du pouvoir d'achat ouvrier mesurée par le salaire horaire de base ouvrier (SHBO). Il en est ainsi depuis 1970, année de la création du Smic qui succédait au Smig (avec un «g» comme garanti). Or, depuis la loi du 3 décembre 2008, un groupe d'experts indépendants est chargé d'éclairer les partenaires sociaux et les pouvoirs publics sur la revalorisation annuelle du Smic et ses conséquences. Ce groupe vient de rendre son dernier rapport. Et il suggère une grande prudence - c'est-à-dire aucun coup de pouce - s'agissant de la prochaine revalorisation qui, de toute façon, sera limitée puisque l'augmentation de 2% accordée le 1er juillet 2012 devait servir «d'à valoir» pour la suivante...
Dans ses conclusions, le rapport reprend l'intégralité des conclusions tirées des travaux récemment publiés (www.sciencespo.fr/liepp) par deux économistes, Gilbert Cette (Banque de France et université Aix-Marseille) et Etienne Wasmer (Sciences-Po Paris)... justement tous les deux membres du comité d'experts sur le Smic. Plusieurs pistes sont avancées pour parvenir à une modernisation des règles de revalorisation du salaire minimum... Et à sa moindre progression.

Changer les critères de ravalorisation

Ainsi, selon le rapport, la référence au salaire horaire de base des ouvriers (SHBO) devient désuète car la proportion de la population ouvrière s'est singulièrement réduite dans le temps. De même, «une circularité peut apparaître entre les revalorisations du Smic et ses déterminants». En d'autres termes, dans une sorte de cercle vicieux, les revalorisations du Smic peuvent elles-mêmes affecter les deux composantes automatiques de sa revalorisation, les prix et le SHBO en les faisant grimper... ce qui entraînera une nouvelle progression du Smic... Et ainsi de suite, d'où un effet de circularité. Aussi, le rapport préconise de remplacer la référence au SHBO par celle au Salaire horaire de base des ouvriers et employés (SHBOE) qui concerne l'ensemble des salariés hors cadres et professions intermédiaire. Selon le rapport, ce passage au SHBOE aurait pour mérite de faire reposer l'évolution du Smic sur une base salariale plus large tout en ne divergeant pas d'une nécessaire référence à la productivité des travailleurs les moins qualifiés. En outre, cet élargissement permettrait de réduire les risques de circularité entre le Smic et le salaire de référence retenu pour sa revalorisation. Le même raisonnement prévaut s'agissant de l'autre indicateur : les prix. Les experts plaident, là aussi, pour un élargissement de la référence en passant de l'actuel indice «des ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, tabac exclu» à un indice plus large. Par exemple, l'indice des prix à la consommation «de l'ensemble des ménages, toujours tabac exclu».

Tenir compte du PIB, une fausse bonne piste

En revanche, le rapport se montre très sceptique face à l'idée de François Hollande -d'ailleurs nettement moins mise en avant, vu l'état de la croissance- de mieux prendre en compte la progression du PIB pour déterminer la hausse du Smic. Selon les experts, «l'évolution du PIB est en effet sujette à des révisons périodiques (...), ces écarts peuvent être négatifs sur certaines périodes, positifs sur d'autres périodes».

Remise en compte de l'homogénéité du Smic

Enfin, le rapport préconise, sur le plus long terme, de s'interroger sur les points suivants:

- l'homogénéité géographique du SMIC, alors que les niveaux de prix diffèrent fortement entre régions
- l'homogénéité du SMIC selon l'âge, alors que l'insertion sur le marché du travail des moins de 25 ans est difficile
- le principe même d'une revalorisation automatique ou au moins d'une revalorisation automatique dépassant le simple maintien du pouvoir d'achat du salaire minimum. En effet, d'autres pays ont fait le choix d'une revalorisation du salaire minimum par les pouvoirs publics, soit de façon totalement discrétionnaire soit s'appuyant sur les recommandations d'une commission d'experts indépendants, cette dernière option permettant d'éviter la politisation d'enjeux qui sont d'abord économiques.
- le fait que le SMIC n'est pas un instrument efficace de lutte contre la pauvreté et les bas revenus. Les effets préjudiciables sur l'emploi d'un SMIC élevé sont, au moins en partie, neutralisés par d'importants allègements de cotisations sociales. Le coût de ces allègements pour les finances publiques limite de fait les ressources disponibles pour mener des politiques de revenus ciblées et efficaces pour lutter contre la pauvreté, comme le RSA qui tient compte du revenu et des situations familiales ».

Si ces recommandations devaient un jour prendre forme, alors le principe même d'un Smic unique aurait vécu. A l'avenir, il y aurait des Smic(s)....

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/12/2012 à 22:20 :
Quand on sait comment l'argent est pompé à la base par le monde de la finance (dette indue faite uniquement d'intérêts depuis son apparition ) ..adieu les rémunérations décente du travail la sécurité sociale bonjour les impôts taxes coût de la vie exorbitants ...il faut bien payer ce qui n'existe pas ! pour des voleurs qui ont créé l'obligation de passer par les banques privées ..quand on sait comment les grosses sociétés fabriquent matériels et services là où çà ne coûte presque rien dans des condition inhumaines pour le revendre aux pays dits développés très cher sans payer d'impôt via les sociétés écrans ou par l'optimisation fiscale ...adieu le travail l'économie du pays et son besoin fiscal que vous compenserez personnellement ...on comprend bien l'utilité de baisser les rémunérations de base qui ne permettent pas de vivre normalement , un sous social pour faire taire dans la misère et la honte ... alors on comprend mieux qu'il n'y a rien a espérer d'un pays qui a remis son pouvoir à Bruxelles qui lui même se comporte comme un mollusque face à ce qu'il ne voit même pas.Ce monde va à sa mort , le peuple affamé en viendra à des extrémités qu'il fera subir à ceux qui lui ont infligé ce traitement . Tout arrive , la faim fait sortir le loup du bois . Politologues , économistes , financiers , ....il vous faudra rendre des comptes comme en 1789 .On peut faire confiance aux peuples poussés à l?extrême.
a écrit le 12/12/2012 à 17:31 :
Mais oui supprimons le smic,pour tirer vers le bas ce salaire deja ridiculement faible....Et rien sur la suppression des mega bonus,parachutes dorees,stocks options meme en cas de mauvais resultats de l'entreprise....Quelle societee!
a écrit le 12/12/2012 à 17:06 :
Quand j'étais à l'école j'étais un grand naïf, personne n'apprenait aux élèves que la France était en fait un pays de castes ou tout est hiérarchisé et règlementé, moi naïvement je pensais que les salaires provenaient de l'offre et de la demande, et qu'on avançait ou reculait en revenus en fonction de sa propre production.
Dans un pays de caste il est normal d'avoir énormément de chômage dans certains secteurs et et un manque chronique dans d'autres.
a écrit le 12/12/2012 à 11:11 :
oui! un smic pour les riches et un smic pour les pauvres afin d'en aligner les salaires supérieur!
Réponse de le 12/12/2012 à 12:26 :
Mais d'où vient cette incroyable obsession de vouloir tout aligner ?
a écrit le 12/12/2012 à 10:31 :
le principal probleme c'est qu' un emploi faiblement rémunéré(proche du smic actuel) ne donne pas beaucoup plus que le rsa(avec les avantages qu'il procure). C'est peu motivant! C'est pourquoi il faut supprimer tous les avantages sociaux et fiscaux pour donner en echange un "rsa" universel à tout le monde qui ainsi s'ajoute au smic. Martin hirsch l'avait compris mais n'est pas allé au bout de cette logique: beaucoup de libéralisme avec une pointe de communisme
a écrit le 12/12/2012 à 9:55 :
Si les Allemands n'ont pas adopté de SMIC national c'est bien pour les raisons évoquées: nivellement national d'une rémunération qui ne peut que s'adapterr au contexte économique Régional peut-être, aux bassins d'emplois et à chaque secteur d'activité plus sûrement. mais le problème Franco Français c'est l'Egalité ou plutôt l'égalitarisme qui prévaut dans le fonctionnement Etatique d'un Pays dominé par son secteur public et nationalisé.
Réponse de le 12/12/2012 à 23:28 :
En Allemagne, il y a quand même des cas (légaux) de travailleurs à 3? de l'heure. Il ne faut pas tomber dans un autre excès non plus.

Réponse de le 22/01/2013 à 14:39 :
Pays dominé par son secteur public et nationalisé !!! Comment peut on faire cette analyse et l'écrire ??? Plus que la crise économique provoquée par le libéralisme économique, la crise du bon sens a fait des ravages?
a écrit le 12/12/2012 à 9:41 :
La suppression du smic est une obligation économique. Sinon plus aucun emploi ne sera créer en France pour les milliers de gens sans aucune qualification professionnelle. Tout le reste ce sont des discours sans connaissance des marchés du travail.
a écrit le 12/12/2012 à 8:21 :
grace au smig des pans entier de notre industrie ont disparus; je pense entre autre au textile mais ce n'est pas le seul. plutot que de payer des personnes à rien faire il vaudrait mieux les payer pour travailler; De plus en plus de salariés étranger sont enchantés de venir travailler en France à des conditions que nos bons Français rivés à leur ipod ne veulent pas.
a écrit le 12/12/2012 à 7:01 :
aux rsa on créve de faim en ayant le droit a la cmu , avec ahh on créve de faim en plus on es pas couvert par la cmu , aux smic on créve de faim car on touche trop pour recevoir des aides ou est le juste milieux a tous sa avec les hausses en tous genres on va finir ou avec nos enfants , c'est pas un soucit je pense donc la solution devrait comme une gentille personne du gaz ma répondu aux téléphone quand je lui es demandé de mensualisé le gaz elle voulait me mettre les prélévement a 240 euro mois je lui es dit que je pouvait pas elle ma répondu que je devait m estimé heureuse que l on me propose des mensualité aux mois que c'était un privilege , voila un privilége de vivre avec un smic ou va t 'on je ne sais pas mes je me fait du soucit pour mes enfants
Réponse de le 12/12/2012 à 10:35 :
Une facture de gaz de 240 euros par mois, c'est pas normal. Avec le chauffage d'une maison complète + eau chaude, je paye 90 euros par mois. Pour le reste, je suis d'accord. La vie devient très difficile et si l'on a des enfants, c'est la galère assurée sur 20 ou 30 ans, voire la vie entière. Mais c'est un libre choix et il ne faut pas se plaindre après.
Réponse de le 12/12/2012 à 14:11 :
Elle ,ne se plaint pas, merci: elle fait un constat: on crève la dalle sous le smic, avec le smic et juste au dessus. ceux qui disent le contraire sont ces fameux économistes " indépendants" ( de quoi, de l'idéologie libérale?) et qui ont des revenus de 5000? / mois minimum. Et ceux qui pensent la même chose, ont simplement oublié ce que veut dire en vrai vivre avec 1000? environ. Et d'ailleurs pourquoi payer les pauvres, il suffirait de les obliger à travailler, non?

Je suis un peu en colère....
a écrit le 12/12/2012 à 1:56 :
Je travaille dans un secteur d'acivité dont la clientèle est à 80% étudiante, et de ce fait, les prix ne suivent pas les hausses de cout !!! (exemple: le prix d'une heure de travail etait facturée équivalent 27 euro en 1997 ... et 33 euro aujourd'hui !!! (soit 22% de hausse en 15 ans) ... et les clients se plaignent que c'est encore trop cher ! et des politiciens vont dans leur sens !! et donc, mes salariés qui sont actuellement payés 10,50 euro de l'heure ..; vont tout simplement se faire rattaper par le smic, car je ne pourrai pas les augmenter !!
a écrit le 12/12/2012 à 1:26 :
Le Smic est une trappe d'inactivite. 50 % des gens qui touchent le smic le touche depuis plus de 5 ans.
a écrit le 12/12/2012 à 0:37 :
Bien sûr qu'il faut supprimer le SMIC, cette immense piège à pauvreté qui lamine tant de Français ! Le problème de la pauvreté est moins un manque de revenus qu'un manque de travail et de capital. Fournir plus de revenu sans contrepartie de travail supplémentaire aboutit immanquablement à détruire et le travail, et le capital : en croyant aider les pauvres avec des prestations sociales, on les enfonce encore plus profondément dans la pauvreté. Quant à la question de la pauvreté absolue, un bête impôt négatif fait parfaitement l'affaire. Pas besoin des 150 aides sociales différentes et de leurs cohortes d'inutiles assistants sociaux !
a écrit le 11/12/2012 à 23:55 :
Les auteurs n?ont pas vu que leurs conseils contribuaient à la circularité des jugements sur la faiblesse des théories et des calculs économiques. Comme le rappelle Alternatives Economiques dans : « Quelle théorie économique d?après crise ? », Krugman et Stiglitz insistent sur le rôle des choix idéologistes des économistes. Ce chipotage sur l?augmentation du Smic ne recouvre qu?une tentative supplémentaire pour nous faire croire que le travail coute trop cher. Et penser que « les effets préjudiciables du Smic sur l?emploi » «limitent de fait les ressources de l?Etat disponibles pour le RSA », à l?heure où la question du succès du RSA est posé publiquement, il fallait avoir l?écrire. Allez, encore un beau jour pour les économistes !
a écrit le 11/12/2012 à 22:35 :
relocalisons la production industrielle en Europe et en France, mais au passage n'oublions pas de ramener "le smic" des pays à qui le travail est repris. C'est quand même pas normal qu'un ouvrier Français est encore les moyens d'acheter des véhicules luxueux comme des D***A... Ça grève le salaire de nombreux PDG. "Les pauvres", ils se serrent la ceinture (5% d'augmentation en moyenne sur deux ans, à peine l'inflation). Pendant ce temps leurs employés se gavent des augmentations automatique du smic à la française.
La proximité de cet article avec celui du CAC 40 est une provocation ?
Réponse de le 12/12/2012 à 8:43 :
Vous avez raison, c'est vraiment écoeurant :-D. Saleté de pauvres !
Réponse de le 12/12/2012 à 19:25 :
@ Eiffel, l'alcool détruit et cela se voit de plus en plus par vos commentaires, vous devez habiter dans une cabane au fond des bois, moi je vis en ville, et bizarrement ma facture edf/gdf = 190 euro, alors 90 euros vous devez habitez dans un studio, enfin chacun voit midi à sa porte, et si vous répondez à mon commentaire, je vous répondrais par un commentaire de derrière les fageots, A +

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :