Afrique du Sud : Arnaud Blanchet mise sur un marché d’avenir... les towsnhips

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Arnaud Blanchet, 31 ans, espère vendre des produits solidaires aux Sud-africains les plus pauvres.
Arnaud Blanchet, 31 ans, espère vendre des "produits solidaires" aux Sud-africains les plus pauvres. (Crédits : DR)
En cette fin d'année, La Tribune publie chaque jour le portrait d'un ou d'une Français(e) qui connaît le succès à l'étranger. Aujourd’hui, Arnaud Blanchet. Ce Français de 31 ans a créé une entreprise de distribution en Afrique du Sud pour vendre des produits “utiles“ à une population qui n’a (presque) rien mais beaucoup de besoins. Et en tirer des profits. L’outil cartographique qu’il a créé à cette fin a été primé par des professionnels du design.

Une bouteille de Coca tombe en plein désert du Kalahari. Et c'est la révolution chez les Bushmen. La comédie les Dieux sont tombés sur la tête, dénonçait les méfaits causés par une émanation de la "civilisation" occidentale aussi triviale qu'une bouteille de Coca-Cola sur une culture ancestrale. A l'époque de la sortie du film, en 1980, Arnaud Blanchet n'était pas encore né. Trente trois ans plus tard, "où que l'on soit sur la planète, on trouve toujours une canette de Coca", pointe le jeune entrepreneur français.

Arnaud Blanchet a choisi l'Afrique du Sud comme tremplin et le réseau logistique du géant américain comme modèle pour réaliser son projet. Son rêve ? Aller là où l'on trouve encore du soda mais ni lampes pour s'éclairer, ni poêles efficaces pour faire la cuisine, ni même des serviettes hygiéniques pour permettre aux jeunes filles d'aller à l'école toute l'année et éviter d'abandonner leurs études. Les produits qu'il veut vendre sont dits "solidaires" car "ils permettent soit de faire des économies, soit de générer des revenus". Autrement dit, "il ne vendrait pas d'écran plat" dans les townships même si on le lui demandait.

Le dernier kilomètre

Pour réaliser son projet, il lui faut atteindre le "dernier kilomètre", celui que la plupart des distributeurs négligent. Il en a fait le nom de sa compagnie, LastMileforBoP, où BoP correspond à la "base de la pyramide", cet immense marché que représentent ceux qui n'ont rien ou presque. Pour le Français, cela représente "30 millions de personnes", en Afrique du Sud et dans les pays limitrophes. Dans la seule nation Arc-en-Ciel, 63% de la population ne dispose pas de plus de 5 dollars par jour, selon la Banque mondiale. Sur ces consommateurs potentiels, l'entrepreneur social précise :

"Il faut juste s'adapter à la réalité de leur cash flow. Ils ont des revenus irréguliers."

Un vocabulaire peaufiné sur les bancs de l'Edhec, l'école de commerce lilloise dont il est sorti major en finances et stratégie d'entreprise. Au départ, il visait une carrière plus conventionnelle, en entreprise ou dans un cabinet de conseil. En 2009, un peu "par hasard", il est recruté pour le Women's Forum dont il devient directeur financier. C'est lorsque l'organisation est reprise par Publicis en 2011, qu'Arnaud Blanchet décide de changer de cap. "Les grands groupes, ce n'est pas pour moi", argue-t-il.

Tour du monde de l'entreprenariat solidaire

Quelques années plus tôt, la lecture de 80 hommes pour changer le monde, de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux lui avait transmis la passion de l'entreprenariat solidaire. Un sujet qu'il creuse après sa démission du Women's forum pendant un tour du monde d'un an et demi. Il découvre l'Afrique du Sud en 2012 lors d'un autre voyage organisé par le Medef, et choisit d'y poser ses valises.

C'est depuis Cape Town qu'entouré de stagiaires et d'un réseau d'ONG et de coopératives d'épargnes qu'il tente d'adapter dans le pays de Mandela un concept qui fleurit un peu partout sur la planète. L'astuce ? Employer réduire les coûts en employant les canaux de distributions des acteurs locaux. En Afrique du Sud, ce sont notamment les collecteurs de lait. "Leurs camions repartent pleins mais arrivent vides dans les villages", explique-t-il.

Un "cartographe" distingué

Certes, les bénéfices ne sont pas encore là. Mais la carte open-source qu'il a créée pour répertorier les réseaux de distribution potentiellement utilisables dans les zones où les besoins sont les plus urgents a déjà été distinguée par le World Design Capital, l'événement international du design, organisé l'an prochain dans la capitale sud-africaine.

 

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Commentaires
a écrit le 05/01/2014 à 2:32 :
Encore un apôtre qui passe plus de temps à vendre des bibles plutôt qu'à répandre la bonne parole aux pauvres analphabètes...
a écrit le 05/01/2014 à 0:34 :
Solidaire, bio, etc. sont les mots du nouveau marketing, et personnellement je mets ma main au feu que notre entrepreneur vendrait des écrans plats s'il y avait une clientèle pour ce genre de produits :-)

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