Le gouvernement parie sur la croissance et les économies pour rassurer Bruxelles

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"Optimiste" mais "pas hors d'atteinte", tels sont les premiers mots du Haut Conseil des Finances Publiques (HCFP) quant au programme de stabilité présenté aujourd'hui par Michel Sapin, le ministre des Finances et des Comptes publics. Le gouvernement français table en effet sur la croissance et sur les économies pour éviter des sanctions européennes.
Pour le HCFP, présidé par Didier Migaud, les hypothèses de progression du Produit intérieur brut (PIB) pour 2015 ne sont "pas hors d'atteinte" mais comportent "des fragilités". Quant à celles pour la période 2016-2017, il les juge ambitieuses dans son avis rendu public mercredi.
Michel Sapin a ainsi réaffirmé ce matin vouloir ramener le déficit public de la France à 3% en 2015, le seuil de tolérance en zone euro, qu'il estime n'être "ni du fétichisme, ni de la soumission".
Jusqu'ici, Paris attendait 3,6% en 2014 puis 2,8% en 2015, mais les finances de la France ont davantage flanché que prévu l'an dernier. Sachant que le déficit public du pays a atteint 4,3% du PIB l'an dernier au lieu des 4,1% attendus, ce qui complique encore le retour à 3%. Mais Paris, qui a déjà par deux fois obtenu un report, ne peut plus reculer.
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Le texte, qui a été repoussé d'une semaine en raison du remaniement, doit être soumis au vote de l'Assemblée mardi prochain, avant d'être adressé à la Commission européenne. Celle-ci dira d'ici un mois si elle croit ou non à cette stratégie, sachant que la France a été placée début mars sous surveillance, comme l'Espagne et l'Irlande.
Dans son scénario, le gouvernement explique que "sa priorité est de permettre à la croissance d'accélérer et à l'emploi privé de progresser de manière durable". Pour ce premier volet concernant la croissance, les chiffres étaient déjà connus et même validés. Le Haut conseil des finances publiques a en effet estimé dans son rapport que la prévision de croissance du gouvernement, soit 1% en 2014 était "réaliste", et que sa projection de 1,7% pour 2015 n'était pas "hors d'atteinte".
Pour les années suivantes, il s'est dit plus réservé, qualifiant d'"optimiste" le scénario gouvernemental: une accélération de la croissance à 2,25% en 2016 et 2017.
Retour de la contribution du commerce extérieur à la croissance en 2015, vraie reprise de la consommation et de l'investissement en 2016, inflation un peu plus soutenue cette année et en 2015: voici les ingrédients qu'avance le gouvernement pour justifier sa stratégie.
Pour convaincre la Commission européenne, gardienne des engagements budgétaires, la France brandit un autre chiffre: 50 milliards d'euros. Celui dont la dépense publique de la France doit être restreinte d'ici à fin 2017. À titre de comparaison le budget annuel de l'Éducation nationale, hors pensions, est de quelque 45 milliards d'euros.
Ce plan d'économies concerne pour 21 milliards la protection sociale, 18 milliards l'Etat et 11 milliards les collectivités territoriales. Il touche notamment aux prestations sociales, dont les petites retraites, un point que plusieurs députés socialistes contestent et veulent voir évoluer.
Une première tranche de ces économies, d'un montant de 4 milliards d'euros, sera inscrite dès le mois de juin dans un collectif budgétaire, alourdissant l'effort réalisé en 2014 à 19 milliards sur les dépenses (3 milliards sur les recettes).
Ce chiffre de 50 milliards d'euros divise, entre les ténors de la droite qui veulent pousser plus loin, jusqu'à 80 milliards pour l'UDI (Centre), et des voix à gauche qui voudraient se contenter de 35 milliards et ont proposé un plan alternatif.
Mardi encore le Premier ministre Manuel Valls a reçu des députés PS qui, sans contester l'ordre de grandeur, veulent modifier la répartition pour épargner les fonctionnaires et les petites retraites. A la sortie de l'entretien, le président du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux, a jugé "avoir été entendu".
Or les députés du PS ne sont pas les seuls à s'inquiéter des répercussions de ces réductions de dépenses d'une ampleur inédite en France.
Le Haut conseil écrit ainsi dans son rapport mercredi:
En d'autres termes, la baisse des dépenses va peser vite et fort sur la croissance, tandis que les baisses de cotisations et de fiscalité promises aux entreprises mettront du temps à relancer l'activité.
La baisse de dépense pourrait finalement "peser davantage que prévu par le gouvernement sur la croissance à court terme", avertit le Haut conseil, pour qui tout repose sur une "crédibilité forte de la politique économique". C'est-à-dire sur la capacité du gouvernement à susciter le "choc de confiance" maintes fois promis.
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