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ÉconomieLe Monde d'après

Anne Méaux : "trop de régulation détruit l'innovation"

Propos recueillis par V. S.

Publié le 26 octobre 2009 à 14:33

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Conseillère en communication auprès du président de la République Valery Giscard d'Estaing, puis du ministre de l'Industrie Alain Madelin, Anne Méaux a fondé, il y a vingt ans, son cabinet de conseil en communication, Image Sept. Une société qui compte parmi ses clients la plupart des groupes du CAC 40, et qui a joué un rôle clé dans certaines grandes batailles boursières.

Anne Méaux, vous êtes présidente du cabinet de conseil en communication Image Sept. « Le monde ne sera jamais plus comme avant », a-t-on beaucoup entendu. Partagez-vous ce diagnostic ?

Je crains que le sauvetage des banques par les États, s'il était nécessaire, n'amène l'opinion à tirer de fort mauvaises conclusions pour l'avenir. Car on a vite fait d'oublier que c'est l'administration américaine qui est à l'origine de la crise des subprimes : c'est elle qui, au nom d'un objectif politique, à savoir permettre aux Américains les plus pauvres d'accéder à la propriété, a imposé aux banques de leur faire des prêts que leurs revenus ne leur permettraient pas de rembourser. À bénir l'intervention salvatrice des États, on a non seulement oublié de se méfier de l'accumulation effrayante des dettes publiques, mais aussi ceci : à chaque fois que l'État intervient trop dans l'économie, cela donne lieu à des investissements improductifs, voire dangereux pour l'économie, qu'un investisseur privé n'aurait pas réalisés. Que je sache, l'État n'a jamais été particulièrement innovant ! Et c'est d'autant plus pervers que cela conduit les investisseurs privés à se rétracter, c'est-à-dire à naturellement réduire leur capacité à prendre des risques. Quant à l'extension tous azimuts du principe de précaution, il conduit à une castration des acteurs, et à la mort de l'innovation.

Ce n'est pas un peu paradoxal de prôner le moins d'État, alors que ce sont justement les trous dans la régulation financière qui ont permis aux banques de dissimuler aux marchés comme aux régulateurs des montagnes de produits toxiques qui mettaient en péril l'ensemble du système financier ?

La vérité est que trop de régulation amène, dans tous les secteurs d'activité, les acteurs les plus affûtés à la contourner. Le vrai sujet n'est pas le durcissement indéfini des régulations, qui finissent par étouffer toute initiative, mais plutôt le renforcement des contrôles internes chez les acteurs privés eux-mêmes. On sait que le marché ne fonctionne bien que si les acteurs se comportent de manière responsable. On l'a beaucoup dit, mais il faut le rappeler : il n'y a pas de liberté sans responsabilité, et « le monde d'après » devra s'en souvenir.

Mais cela fait des années que l'on dénonce l'absence de contre-pouvoirs au sein des grandes entreprises, la faiblesse des conseils d'administration... Laissés à eux-mêmes, les acteurs privés ne sont pas naturellement amenés à se conduire de manière responsable.

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Il est vrai que les vingt dernières années ont été marquées par une financiarisation à outrance de l'économie, qui s'est accompagnée d'une explosion des rémunérations dans le secteur financier. Cela n'a pas été neutre sur la société tout entière : l'argent est devenu une valeur dominante, devant laquelle se sont inclinés bien des prétendus contre-pouvoirs. En clair, chacun s'est emparé des avantages de la liberté, en ignorant sa nécessaire contrepartie : les contrôles internes. C'est ainsi que les banques ont laissé faire les traders tant qu'ils gagnaient de l'argent, et que certains dirigeants ont pu se verser, en toute tranquillité, des rémunérations hors normes tant que leur titre montait en Bourse. Je pense que la crise que nous avons connue, par son ampleur, devrait contribuer à ramener l'argent à ce qu'il est.

Propos recueillis par V. S.

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