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ÉconomieInternational

"L'Amérique avait besoin de reprendre confiance en elle"

Propos recueillis par Blandine Hénault

Publié le 05 novembre 2008 à 13:30 - Mis à jour le 05 novembre 2008 à 14:31

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L'analyse de Yannick Mireur, spécialiste des Etats-Unis, rédacteur en chef de la revue "Politique américaine" et auteur de "Après Bush, pourquoi l'Amérique ne changera pas".

Latribune.fr : En tant que spécialiste des Etats-Unis, quel est votre sentiment après la victoire de Barack Obama à l'élection présidentielle ?

Yannick Mireur : Il est évident que cette élection a une portée historique. Au delà du symbole du premier président noir, elle est aussi largement positive. Après huit années de présidence Bush, l'Amérique avait besoin de reprendre confiance en elle et de retrouver une écoute au niveau international. La victoire de Barack Obama est une rupture en terme d'image qui était nécessaire à la restauration possible que l'Amérique doit mener. Cette élection est aussi historique dans le sens où elle a vu émerger deux candidats improbables, conséquence directe de la singularité de l'administration Bush.

Quels sont les changements que vous attendez de la future présidence de Barack Obama ?

Le prochain président aura plusieurs politiques à mener tout en tenant compte du contexte budgétaire pour la politique intérieure et des conflits militaires en cours sur le front de la politique étrangère. La prédisposition de Barack Obama sera d'abord de restaurer la capacité d'influence et de commandement des Etats-Unis à l'international. Fini le "Vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous" de l'administration Bush, la voie devrait être à plus de diplomatie et de négociations. La solution sera de trouver  auprès des alliés comme l'Union Européenne des partenaires solides. Pour autant, s'il y a une volonté politique de s'entendre, rien ne garantit le résultat. En cas de désaccord avec ses partenaires, les Etats-Unis n'hésiteront pas à agir seul. L'Amérique reste sur une tradition qui ne devrait pas être démentie : Obama est un américain qui défendra avant tout les intérêts américains.

Faut-il alors s'attendre à des modifications profondes de la vie politique intérieure ?

De même, en ce qui concerne la politique intérieure, le changement est certes historique, mais il n'y a pas de vague de fond "Obamania" aux Etats-Unis favorable à des changements majeurs. Il suffit de regarder le vote populaire qui ressort assez équilibré, à 52% pour Barack Obama. La crise financière a certes joué en sa faveur mais il n'y a pas de virage à gauche. Au contraire, on note une permanence des valeurs conservatrices qui survivront à la présidence de George W. Bush.

Il n'y a qu'à regarder sur le thème de la religiosité, très présent dans la droite conservatrice et évangéliste, et qui a été très utilisé par le président Bush. Ce thème est aussi repris par Obama. Il y a une réelle assise conservatrice de la société américaine avec des valeurs traditionnelles qui demeurent. On parle de religion, on peut aussi évoquer le terme du mariage homosexuel. Barack Obama ne s'est jamais prononcé sur le sujet, il n'est pas vraiment militant de cette cause. En fait, depuis la présidence de Bill Clinton, on a un centre de gravité de la vie américaine qui passe à droite.

Cette évolution est-elle une des clefs de l'échec électoral des républicains ?

La défaite de John McCain est avant tout dûe à une mauvaise réaction à la crise économique. La campagne électorale a été mauvaise, avec une insuffisance de réponses notamment face à la tourmente financière. McCain a par ailleurs subi un rejet de l'administration Bush qui a rejailli sur l'ensemble du parti républicain.

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Quels seront les principaux défis que devra relever Barack Obama ?

Le futur président a plusieurs chantiers qui s'ouvrent face à lui, et la difficulté sera de gérer tous les dossiers en même temps. La priorité sera donc de retrouver une efficacité. Le dossier de la crise économique, mais aussi ceux de l'Irak et de l'Afghanistan, qui devraient amener à une poursuite et une amplification des négociations avec l'Iran. Barack Obama a trois mois pour préparer tous ces dossiers (jusqu'à son investiture fin janvier, ndlr). La priorité numéro une sera de poursuivre les mesures entamées pour restaurer la stabilité du système financier. Viendra aussi la question de l'Iran et des rapports avec la Russie, qui se sont nettement dégradés.

Barack Obama aura aussi pour tâche de se constituer une équipe gouvernementale. On évoque beaucoup une ouverture aux républicains...

Barack Obama pourrait bien en effet proposer des postes clés à des politiciens républicains. On évoque notamment le maintien de Robert Gates au poste de secrétaire à la Défense. Le général Colin Powell figure également parmi les noms qui circulent mais également pour la Défense. D'autres noms moins prestigieux sont évoqués, notamment deux amis sénateurs également du bord républicain. Côté démocrate, le gouverneur du Nouveau-Mexique, Bill Richardson, membre influent du parti, est pressenti pour la sécurité intérieure. Joe Bidden a lui un sort déjà scellé puisqu'il sera vice-président. Quant à Hillary Clinton, son rôle dans l'administration Obama reste encore à définir. Peut-être le poste de secrétaire au Trésor ou alors se verra-t-elle confier une mission? Ce qui est sûr, c'est que l'élection de Barack Obama lui enterre toute perspective présidentielle.

Yannick Mireur, "Après Bush, pourquoi l'Amérique ne changera pas", 227 pages, 19 euros, éditions Choisel

Propos recueillis par Blandine Hénault

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