Pourquoi les Etats veulent renationaliser leur dette

La forte internationalisation des emprunts d'État des pays avancés, hier encouragée, constitue une menace. Comment se prémunir d'un krach obligataire déclenché par les Chinois ? À Washington, comme à Bruxelles et dans les capitales européennes, on rivalise d'imagination pour renationaliser les dettes.
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Un mouvement de repli sur soi est en train de se propager. Non un protectionnisme commercial classique, tel qu'il apparut après la Grande Dépression des années 1930, à coups de droits de douane massifs. Cette fois, c'est la finance qui est l'objet de crispations nationalistes. Les grands pays émergents érigent des taxes pour freiner l'afflux de capitaux extérieurs. Et les pays « dévelendettés », tout à la fois développés et ultra-endettés, s'inquiètent, mezza voce, de la part de leurs créances détenues par les étrangers.

Il faut dire que l'euphorie de l'argent abondant avait conduit nos savants VRP du Trésor à mener, depuis dix ans, d'incessants road shows aux quatre coins de la planète. Un credo s'était même imposé : internationaliser sa dette permet d'accéder à un financement abondant, et d'en abaisser le coût. Le degré d'internationalisation était devenu le signe d'une économie puissante, dotée d'une signature de qualité et d'une monnaie en passe de devenir monnaie de réserve. En fait, remarque l'économiste Antoine Brunet, « l'épargne nationale prête à se placer dans les dettes publiques augmentant moins vite que les besoins de financement des États, c'est quand la dette explose que l'internationalisation de la dette s'accélère ».

C'est si vrai qu'en France, toute l'augmentation de la dette de l'État depuis dix ans a été financée par des non-résidents : fin 2000, ses encours s'élevaient à 616 milliards d'euros, soit deux fois moins qu'aujourd'hui (1.229 milliards). Et la part des créanciers étrangers est passée, sur cette période, de 27 % à 69 %. Ce qui signifie que les 613 milliards de dettes en plus ont été intégralement achetées par des étrangers... Un phénomène d'ailleurs général, l'internationalisation se faisant de plus en plus vers les investisseurs du monde entier : la part des créanciers de la zone euro appartenant au reste du monde est passée de 16,8 % en 2008 à 25,2 % fin 2010.

Mais voilà que les naufrages grec et irlandais, puis les tensions portugaises et espagnoles ont soudainement rappelé les risques à trop dépendre de l'épargne étrangère, des agences de notation et des humeurs capricieuses des marchés mondiaux. Car tous ces pays avaient, entre autres, pour fragilité, une proportion importante de leurs dettes publiques dans des mains étrangères : 71 % pour Athènes, 77 % pour Lisbonne, et même 82 % pour Dublin. On se rappelle cette loi de l'histoire qui veut que les États créanciers finissent toujours par imposer leurs règles du jeu. En citant même le « modèle » japonais, où l'épargne nationale finance l'intégralité de son énorme dette publique (200 % du PIB). Voilà aussi que Washington, qui dépendait d'abord de Pékin pour financer son déficit, supporte de moins en moins le poids de cette tutelle. Et décide de faire financer son plan de relance par le rachat de quelque 900 milliards de Treasuries par la Réserve fédérale. Ce qui, dans l'ordre des créanciers, la fait passer devant la Chine, qui en détient 850 milliards. « Plus que la relance de l'activité, estime Antoine Brunet, il s'agit d'abord pour Washington de protéger le marché obligataire de la menace d'un krach déclenché par les Chinois. »

Face à la crise des États périphériques, la Banque centrale européenne (BCE) ne fait d'ailleurs pas autre chose : elle achète pour 76 milliards de dettes grecque, irlandaise et portugaise, soit déjà 20 % de leurs dettes à leur valeur de marché, selon RBS. Elle se place ainsi en acheteur « domestique » en dernier ressort, contre l'avis d'Axel Weber qui est contraint de partir. Signe qu'elle est prête à en acheter de plus en plus. Le 10 février, rebelote : les rendements sur la dette portugaise se tendent ? La BCE intervient très vite pour ne pas laisser les marchés internationaux faire la loi. « Le mécanisme aujourd'hui en débat du Fonds de stabilité financière, remarque Jacques Cailloux, économiste chez RBS à Londres, vise lui aussi à ce qu'il puisse, à compter de 2013, racheter directement les dettes publiques qui ne trouveraient pas preneur sur les marchés. »

Car la capacité des États à solliciter leur épargne nationale n'est pas toujours à la hauteur de leurs besoins. Aussi Dublin a-t-il lancé, en décembre, une réforme de ses fonds de pension pour qu'ils puissent acheter plus de dette publique irlandaise. En Espagne, les banques qui ne détenaient, à fin 2009, que 4 % de leurs actifs en bons du Trésor, sont invitées par Madrid à augmenter leurs achats. Partout, on teste la capacité de ses banques, compagnies d'assurances et fonds de pension, quand il y en a, à absorber la dette nationale. Ce seront bien les États qui financeront nos retraites.

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Commentaires 22
à écrit le 25/02/2011 à 16:35
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Renationaliser la dette ,pourquoi pas ,mais il faudra bien mettre en place des moyens pour que cela ne se reproduise pas.Il faut dégraisser le mamouth que représente l'Etat ,tant dans la fonction public ,collectivités territoriales. Sans cela ,c'est ...

à écrit le 22/02/2011 à 10:55
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comme dirait mon cousin jean-mich, nationaliser la dette c'est simple, bon on a donc 1400 milliards de dette (peut être 1500 même, ça va vite cette saloperie), les richards pèsent environ 4500 milliards, donc on leur colle des emprunts obligatoires p...

à écrit le 20/02/2011 à 19:05
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Pourquoi les Etats veulent renationaliser leur dette???? Pour pouvoir continuer à vivre à crédit grace à l'épargne des citoyens pardi....franchement la question était facile

le 21/02/2011 à 10:45
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En fait il ne s'agit pas de continuer à vivre à crédit, mais de transformer de la dette extérieure en dette intérieure. Le but est surtout de ne pas se retrouver pieds et poings liés par les créanciers extérieurs. Mais c'est vrai que ce sera très ten...

le 21/02/2011 à 10:56
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votre reponse est tres bonne; rien à ajouter.

le 21/02/2011 à 23:05
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de toute façon de la dette, qu'elle soit interieure ou exterieure, reste de la dette...Tant que l'on continuera à peter plus haut que notre cul, ca ne pourra pas aller...La crise de 2007 a été une crise de la dette et continue de l'etre..voyez ou cel...

le 01/03/2011 à 10:45
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La question est donc de savoir qui ruiner? Les investisseurs étranger ou sont propre peuple.... bien évidemment, il sera toujours plus facile de manipuler le peuple que les investisseurs étranger, bien mieux avisés des risques.

à écrit le 20/02/2011 à 16:01
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Le financement national des dettes est un "impôt" volontaire pour les résidents du pays en question, qui rapporte certes quelques intérêts, en contrepartie du risque pris; il détériore aussi la balance des paiements, privée de ces entrées de capitaux...

à écrit le 20/02/2011 à 14:36
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ben oui c est ca, les Etats se sont endettes pour renflouer les méga banques en faillite, et maintenant on nationalise la dette. T es pas un peu sado-maso. Le capitalisme de papy c est fini, les capitaux familiaux qui s investissent localement ca n...

à écrit le 20/02/2011 à 14:33
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C'est une excellente idée si elle permet d'obtenir des taux proches des taux internationaux. Restent 2 problèmes qu'on ne peut plus éluder : l'endettement doit être extrêment raisonnable; ce doit être un endettement d'investissement et non un endette...

à écrit le 20/02/2011 à 14:14
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depuis le debut de nombreuses années, on est un certain nombre que l'etat devrait faire appel à ses residents pour faire souscrire des obligations aux epargnants. A quand un grand emprunt d'etat avec accès direct au grand public

à écrit le 20/02/2011 à 13:29
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La logique qui sous tend les conclusions de cet article tient en deux points: (1) La demande d'endettement des états va s'arrêter (sinon ca ne sert à rien de racheter pour un pays de racheter sa propre dette) (2) Le financement du rachat se fait par ...

le 20/02/2011 à 16:41
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Tant de haine vis a vis de l'éducation nationale ça relève de la démence paranoïaque compulsive ! Une telle attitude "recourir à l'état de guerre contre les jeunes générations" ne fait que discréditer la totalité de votre propos et renvoie aux tréfon...

le 20/02/2011 à 18:16
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Rien des choses terribles que vous dites, ne se trouve dans mon commentaire??? Si vous pouvez me citer correctement et me dire sur quoi vous êtes en désaccord je me ferai un plaisir de discuter. Mais ne confondez pas mes propos avec vos fantasmes s'i...

le 21/02/2011 à 10:51
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Pour changer l'efficacité de notre recherche il y a une solution très simple: ne donner un salaire que de 1200 ? net mensuel aux chercheurs statutaires et leur permettre de financer leur propre salaire par de la recherche de bourses nationales et int...

le 21/02/2011 à 10:54
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Il est vrai que l'éducation et la recherche posent problèmes en France. Mais le gros pb de la recherche n'est pas du coté de la recherche publique, mais de la recherche des entreprises, alors même que cette activité bénéficie d'un crédit d'impots. No...

le 23/02/2011 à 3:35
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Tout a fait d'accord ... Beaucoup trop de dirigeants français se focalisent sur les 35heures, les salariés fainéants, les services publiques trop couteux , ... la compétitivité des entreprises française est inférieure de 10% à celle des Allemandes ma...

à écrit le 20/02/2011 à 11:37
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Pour commencer il faudrait ne plus faire de dettes, il me semble. En premier lieu en prévenant et en réduisant les excédents et les déficits correspondants des balances commeriales. -En 2010, la France affiche son huitième déficit commercial d'affilé...

le 21/02/2011 à 10:57
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L'Allemagne à le mérite de ses excédents, nous sommes responsables de nos déficits. Ou alors, je dit d'accord, vous corrigez les déséquilibres, et moi j'arrête de travailler et j'attend le reversement d'argent pour "équilibrer" les comptes... J'aime ...

à écrit le 20/02/2011 à 10:51
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Bonjour, 69% de notre dette détenue par des créancier étranger ! Fini "l'indépendance nationale", merci à nos brillants gestionnaires donneur de leons depuis 10 ans ! Pas étonnant que la politique étrangère de la France n'existe plus et soit à l'imag...

à écrit le 20/02/2011 à 10:11
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Parfait ! On attend quoi pour virer "l'amendement" Pompidou de la constitution et ré-obliger l'Etat a emprunter (exclusivement ?) au peuple (a peu près au taux de la caisse d'épargne ?) ? Ha... c'est vrai... j'oubliais.. les politiques monarques nou...

à écrit le 20/02/2011 à 10:02
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Bonjour, On veut aussi mutualiser les dettes. En clair on cherche aussi comment les autres peuvent contribuer à la dette nationale! Ici les pays qui ont fait des efforts, ne vont pas se laisser faire, par ceux qui qui ne se sont pas préoccuper des...

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