Bruxelles face à des conditions inédites pour fournir une aide au Portugal

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Acculé, le Portugal a fait officiellement jeudi une demande d'aide à l'Europe, mais la négociation des conditions d'un plan estimé à 80 milliards d'euros s'annonce complexe. En raison de la démission du gouvernement, les experts vont devoir convaincre l'ensemble des partis politiques représentés au parlement, eux-mêmes sous la pression d'une opinion qui subit les mesures d'austérité.

Lisbonne  n'a pas traîné pour soumettre jeudi à Bruxelles sa demande formelle d'une aide, longtemps ajournée. C'était logique après l'annonce faite la veille à la télévision portugaise par le Premier ministre socialiste sortant José Socratès et son concurrent de centre-droit, Pedro Passos Coelho, président du Parti social-démocrate (PSD). Les ministres des Finances européens, réunis à Budapest jeudi et vendredi, devraient donner leur feu vert à la négociation du programme d'ajustement portugais.

Mais, compte tenu de la vacance du pouvoir provoquée par l'organisation d'élections anticipées, qui se tiendront le 5 juin, les experts de la Commission européenne, de la Banque centrale et du Fonds monétaire international qui pourraient se rendre à Lisbonne dès la semaine prochaine vont devoir négocier avec tous les partis politiques sans le filet institutionnel d'un Parlement et d'un gouvernement légitimement investis par les électeurs, et surtout sous la pression d'une opinion qui supporte de moins en moins la politique d'austérité. La gouvernance économique européenne passera donc à Lisbonne son premier test politique.

La situation fournit un terrain idéal aux populistes pour faire monter la température, alors que la chute du gouvernement Socratès était précisément due à la politique de rigueur. Surnommé «PEC IV», programme de stabilité et croissance, le projet du Premier ministre sur lequel il a chuté avait convaincu ses partenaires européens, qui avait donné leur feu vert à son application le plus rapidement possible. Rigueur dans la rigueur, le «PEC IV» comprenait une quinzaine de mesures concernant les ménages : réduction des déductions fiscales sur les crédits au logement, surpression ou diminution des avantages fiscaux, augmentation de la charge fiscale sur les retraites et pensions, augmentation des impôts indirects, comme la taxe automobile, augmentation également de la pression fiscale sur les entreprises. Des mesures jugées trop sévères, et qui venaient s'ajouter à un budget 2010 d'une grande rigueur.

Pourtant, les arguments avancés par le PSD (centre droit) pour justifier d'avoir fait barrage aux propositions du gouvernement socialiste sont assez confus, relevant davantage de la politique politicienne. De nombreux observateurs considèrent en effet que José Socrates aurait assez rapidement admis qu'une aide européenne était nécessaire, mais voulait rester maître du calendrier. D'ores et déjà, ce dernier, qui se montre très combatif, a été réélu secrétaire général du parti socialiste, et candidat à sa succession en cas de victoire. Son challenger, Pedro Passos Coelho, espère bien lui ravir la vedette. Le PSD caracole en tête dans les sondages, même si l'écart se réduit dans les derniers avec 39% des intentions des votes en sa faveur contre 33 % au Parti socialiste. Le PS a opéré une spectaculaire remontée, avec + 7%.

Toutefois, les Portugais s'inquiètent. La demande de l'aide de l'Europe et du FMI va obliger à l'observation stricte d'obligations dont on ignore encore les modalités. Des incertitudes qui viennent s'ajouter à un climat économique et social fortement dégradé. Le manque de compétitivité du pays découle principalement de sa spécialisation dans des industries à faible valeur ajoutée, comme le textile. Avec la mondialisation, le Portugal se trouve en concurrence directe avec des pays dont la main d'?uvre est à bas coûts (tigres asiatiques, Tunisie ou encore Turquie), et handicapé par un euro fort. Ainsi, les coûts unitaires du travail de son secteur manufacturier y ont augmenté de 23% en dix ans, contre 6% en Allemagne. Ce qui se traduit par une diminution des exportations et une croissance faible (-1,8 % en 2010). Le pays, accusé d'avoir trop dépensé pour soutenir sa consommation intérieure, cherche à réduire son déficit public qui représentait 7,3% du PIB en 2010. Le gouvernement a d'ailleurs entrepris des réformes ayant pour objectif de flexibiliser le marché du travail, de réduire les coûts des entreprises et de soutenir les exportations. Un programme de privatisation des entreprises est également prévu, qui permettra l'amortissement d'une partie de la dette publique, de 86% du PIB l'année dernière.  Des objectifs qui risquent d'être ajournés en attendant une stabilisation politique.


 

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a écrit le 08/04/2011 à 10:21 :
C?est Socrates lui-même qui a voulu, organisé et?..réussi sa propre chute ! Socrates et sa clique qui se sont tellement appliqués à mener le Portugal jusqu?au bord de la faillite depuis 11 ans et singulièrement depuis 6 ans !
Socrates, c?est Machiavel, l?intelligence en moins.
Le bellâtre a beau jeu aujourd?hui de s?ériger en victime ! Ses dernières interventions donnent envie de pleurer?.
C?est effectivement un menteur professionnel. De ses diplômes fantômes jusqu?aux statistiques toujours tronquées, il n?a cessé de mentir.
Socrates, c?est Pinocchio, la sensibilité en moins.
Lui et ses affidés ont géré le Portugal comme s?ils avaient été à une table de poker, en bluffant, en pariant gros avec les finances du Peuple.
Socrates, c?est un tricheur, la réussite en moins.
Il a eu tout le temps nécessaire pour donner d?excellents postes à ses nombreux ?Amis?, en forçant la dose des salaires à chaque fois, bien entendu ! Peu à peu les scandales se révèlent. Il y a fort à parier que l?on va en apprendre encore de bien belles.
Hélas les Portugais vont devoir payer très cher ces errances. Pourvu qu?ils ne remettent pas en place ces ?mafieux? !
Il convient de faire une nette distinction entre le PS et la ?bande? qui a dirigé le pays depuis 6 ans. Le PS lui-même a été abusé. Ce serait bien qu?il le reconnaisse très vite, avant les élections et qu?il propulse sur le devant de la scène un leader digne de foi et de respect. Le PS heureusement ne manque pas de personnalités de qualité .
Que retiendra l?Histoire de ce triste Sire ? Son nom restera à jamais lié aux années les plus noires du Portugal au cours de ce XXIème siècle.
a écrit le 07/04/2011 à 23:13 :
Non Socrates est tombé car il s´agit d´un menteur compulsif, avec un certain dédain du débat démocratique. Le Pec IV est tombé car d´abord il a été discuté avec Bruxelles , sans en référer au Président de la République et à l´opposition dont le Psd. Il savait pourtant qu´il aurait besoin de ce parti au parlement pour faire passer le PECIV. C´est plutôt due à son mépris de toute négociation, que sa chute est arrivée. Il a certes été reélu à la tête de son parti, car ses opposants dans le parti, souhaitent que ce soit lui qui assume la future défaite aux élections. Et rassurez vous, ces élections il va les perdre.
Si par malheur il arrive en tête aux prochaines élections, alors les Portugais n´auront que ce qu´ils méritent, être gouvernés par une nullité.
Réponse de le 08/04/2011 à 9:57 :
Alors les Portugais n'auront que ce qu'ils méritent ? sa veut dire quoi ? Pour qui vous prenez vous ? Avez vous sincerement une idée de la vie au Portugal ? Avec de tel propos je ne pense pas !
a écrit le 07/04/2011 à 20:48 :
Je pense que la réduction considérable des salaires des fonctionnaires est le facteur
déterminant du mécontentement, dont, hélas vous ne parlez pas.
a écrit le 07/04/2011 à 20:00 :
Voilà que les crises se multipliant, on vient nous dire aujourd?hui, avec ces incroyables assurance et certitude que confèrent l?incompétence et l?ignorance, qu?il est impensable de sortir et de l?Europe et de l?Euro, au risque de courir à une épouvantable catastrophe.

Maints économistes tirent de plus en plus la sonnette d?alarme, et démontrent que la seule solution à la crise que connaissent les pays européens est de sortir de l?Euro, qui ne saurait remplir son rôle dans la mesure où il est une monnaie qui mesure l?activité économique de pays dont les règles économiques, financières, fiscales, ou sociales ne sont pas uniformes.

Nous sommes arrivés à cet incroyable tour de force de définir une monnaie, thermomètre qui mesure la température d?économies très différentes, en fixant la température uniforme que doit afficher ce thermomètre !

Pire nous avons sombré dans un véritable processus de cavalerie et de fausse-monnaie, inventé par les anglo-saxons, en faisant disparaître les secteurs de base de toute économie : l?agriculture à taille humaine, la santé et l?éducation, et en fabriquant de l?argent à partir de l?argent par le biais d?appel insensé à un crédit dont l?attribution ne repose plus, ainsi que cela devrait être, sur la capacité de remboursement de l?emprunteur, mais sur les garanties offertes, la valeur de ces garanties étant désormais fixée par l?importance du crédit, ce qui conduit entre autres calamités à l?incroyable flambée des prix de l?immobilier.

Alors messieurs les économistes, un peu de sérieux ! Regardez donc comment nous fonctionnions il y a quelques décennies avant que nous ne sombrions dans cet univers de courants d?air, où l?ouverture des frontières à tous vents fait que nous ne savons plus saturer nos marchés avec les productions locales en n?exportant que les surplus et en n?important que ce que nous ne produisons pas.

Personne ne veut plus considérer que la capacité de remboursement précitée implique que l?activité financée relève de l?économie réelle, dont le fondement essentiel est cette agriculture à taille humaine, que nous entendons abandonner au plus grand mépris du principe ancestral sur lequel repose la création monétaire : « Á la sueur de ton front ton pain tu mangeras. »

Nous n?avons pas peur ni honte, de prêter allègrement à la Grèce, au Portugal, demain à l?Espagne et à bien d?autres, alors que nous sommes endettés jusqu?au cou et que nous ne pouvons réaliser ces crédits qu?en empruntant à d?autres, qui au travers d?un incroyable processus de cavalerie finissent par emprunter eux-mêmes à la Grèce au Portugal, à l?Espagne et à d?autres !

Mais vous vous rendez compte disent sans rire de soi-disant spécialistes de l?économie, que pour le Portugal revenir à l?escudo serait une catastrophe dont il ne se remettrait pas !

Mais pauvres gens, le Portugal il y est encore dans l?escudo si l'on y compare les salaires minimum ou moyens avec ceux de l'Allemagne ou de la France où le prix des produits et des services est le même que dans ce pays !
Ce n?est pas en accordant à ce malheureux pays exsangue des crédits en fausse monnaie à un taux de 8,50 % que nous l?aiderons à surmonter une crise justement due à cet incroyable développement de l?économie virtuelle et de cette fausse monnaie y attachée.

Ne lisait-on pas autrefois sur nos billets de banque en francs : « Le contrefacteur sera puni des travaux forcés à perpétuité » ?
Réponse de le 08/04/2011 à 10:19 :
mmmm que d annerie, le probleme ca n est ni la zone euro et encore moins l euro.... le probleme c est d avoir laisser entrer des pays qui ne respectent pas les regles communautaires: le Portugal, l'Espagen, L'Irlande, La pologne, la Grece... tous ces pays n'auraient du integrer la zone euro qu'une fois leur economie auraient atteint les standard Allemand, Scandinave...en matiere de fisacalité, de droit du travail....

Avant ils n auraient du etre que des partenaire privillegiés
a écrit le 07/04/2011 à 19:38 :
"et une croissance faible (-1,8 % en 2010)"=> ah, voilà qui est amusant. En bon économiste, j'aurais parlé d'une décroissance, au pire d'une croissance négative (antithèse) puisqu'elle est négative mais un journaliste écrit "une croissance faible" à presque - 2 %. J'imagine que c'est le même qui, lorsqu'il a un découvert, parle d'une faible rentrée d'argent. C'est son banquier qui doit apprécier.
Réponse de le 08/04/2011 à 12:02 :
Bien vu !!

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