Les salariés frontaliers doivent-ils se réjouir d'un franc suisse fort ?

Le franc suisse fort fait le bonheur des frontaliers français, italiens et allemands, mais pour combien de temps ? Si ces derniers profitent aujourd'hui d'une hausse de pouvoir d'achat de 30% par rapport à l'année dernière, à terme ils pourraient voir leur emploi menacé.
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : Bloomberg)

C'est une aubaine pour les frontaliers en zone euro: grâce au franc suisse fort, ces personnes qui travaillent en Suisse mais qui vivent en France, en Italie ou en Allemagne, ont vu leur pouvoir d'achat augmenter de 30% par rapport à l'année dernière. En effet, le franc suisse s'est apprécié d'autant en l'espace d'un an.

Mais, selon le général secrétaire Jean François Besson du Groupe Européen Transfrontalier, principale association de défense des intérêts des frontaliers qui compte 32000 membres, il ne faut pas se réjouir trop vite : si le franc suisse fort persiste, les entreprises suisses en difficulté, notamment les compagnies du secteur du tourisme ou les entreprises exportatrices qui voient leur produits made in Switzerland se renchérir sur les marchés financiers, devront baisser leurs coûts de production et donc la masse salariale.

Certains ont déjà décidé de payer leurs salariés frontaliers en euro ou en indexant leur rémunération sur le cours de l'euro. C'est le cas d'Angenstein, industrie des machines basée en Bâle-Campagne, qui d'après le quotidien Dernières Nouvelles d'Alsace "a donné [à ses salariés frontaliers] jusqu'à fin août pour accepter le principe d'une réduction des salaires de 10% maximum sur douze mois, liée à l'évolution du cours du franc."

D'autres y songent, à l'instar de Von Roll, leader mondial des produits d'isolation, basé dans la région de Zurich. "Le patron de Von Roll a annoncé aux salariés français qu'il étudiait sérieusement la possibilité de modifier les contrats de travail afin de nous payer en euros à partir de 2012" témoigne le frontalier salarié chez Von Roll David Haffner au journal Le Pays. "Si ce projet aboutissait, j'ai calculé que je perdrais près de 1000 euros par mois par rapport à ce que je touche aujourd'hui !" ajoute-t-il.

Baisser les salaires à cause d'un franc suisse fort est "illégal"

D'après l'Union Syndicale Suisse (USS), certaines entreprises comme Maag Pumps, entreprise spécialisée dans les systèmes de filtration à Zurich, ont décidé d'augmenter le temps de travail des frontaliers sans compensation salariale. Mais tout ceci est "illégal", explique à la Tribune Jean Christophe Schwaab, secrétaire central de l'USS.

En effet, baisser le salaire des employés, les indexer au cours du franc suisse ou augmenter le temps de travail revient à "reporter le risque économique lié au cours de la monnaie de l'entreprise sur les salariés, ce qui est interdit par la loi." De plus, la Suisse ayant un accord sur la libre circulation des personnes avec l'Union Européenne, donner un traitement différent aux frontaliers est une "discrimination prohibée par la libre circulation communautaire" ajoute le syndicaliste. Les frontaliers "ont toujours accepté le risque de cours défavorable et dans ce cas, l'employeur suisse n'a jamais compensé" rappelle-t-il.

Dernière arme de recours des entreprises pour compenser les pertes liées au franc suisse fort : le licenciement des salariés. C'est le cas de la filiale suisse de Safoni-Aventis basée à Genève, selon l'USS. En effet, le directeur des affaires publiques de la filiale suisse de Sanofi-Aventis Jacques Weldmann avait déclaré à l'agence de presse suisse ATS en avril dernier que 80 des 200 postes seraient concernés par les licenciements étalés jusqu'en 2012, notamment en raison du "franc fort qui n'arrange rien".
Plus généralement, le syndicaliste Jean Christophe Schwaab estime qu'en raison de la force du franc suisse, "une centaine de milliers d'emplois suisses sont menacés, notamment dans l'industrie d'exportation et le tourisme".

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 16/01/2012 à 13:11
Signaler
Les Suisses ils veulent le beurre, l'argent du beurre et la crémière et un bout de raclette en passant. Et oui, quand le Franc était plus faible et que les frontaliers gagnaient moins qu'eux on les entendaient pas !

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.