Pétrole : 7 effets constatés et redoutés du maintien des quotas de production

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L'Opep a décidé le 27 novembre de ne pas modifier les quotas de production de pétrole, quitte à ce que les prix restent très bas.
L'Opep a décidé le 27 novembre de ne pas modifier les quotas de production de pétrole, quitte à ce que les prix restent très bas. (Crédits : reuters.com)
Les pays producteurs de pétrole membres de l'Opep ont décidé vendredi de maintenir leur plafond de production. En voici les premières conséquences.

L'Opep ébranle le monde de l'énergie. Jeudi, lors d'une réunion à Vienne, les pays producteurs de pétrole ont maintenu le niveau de production à 30 millions de barils/jour. Passage en revue des principales conséquences de ce choix. Qu'elles soient déjà observées mais aussi redoutée.

  • Le Brent sous les 70 dollars

Après la décision de l'Opep, les cours du pétrole ont chuté brusquement vendredi. A 66,15 dollars, le baril de "light sweet crude" (WTI) pour livraison en janvier a chuté à son plus bas niveau depuis septembre 2009. Il a reculé de 7,54 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). A Londres, le baril de Brent est lui passé sous le seuil des 70 dollars pour la première fois depuis quatre ans et demi. Il est tombé à 69,78 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE) avant de clôturer à 70,15 dollars.

>> Le baril de brut passe sous les 70 dollars

  • Coupes budgétaires au Venezuela

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a ordonné le 28 novembre des coupes budgétaires après la décision de l'Opep. Il a également demandé de "procéder à un examen des traitements et salaires de tous les employés des ministères, des entreprises publiques, à commencer par le président". Il attend "une proposition de réduction substantielle des salaires et traitements de la haute direction, des ministre et ministres délégués, des présidents et vice-présidents des entreprises d'Etat".

Le ministre de l'Economie vénézuélien, Rodolfo Marco Torres, doit se rendre en Chine afin d' "approfondir les accords économiques et financiers" existants dans le but de compenser "le manque à gagner des recettes pétrolières en baisse", a dit Nicolas Maduro.

Les revenus pétroliers qui représentent 96% des rentrées en devises du pays. Le pétrole vénézuélien a perdu un tiers de sa valeur au cours du deuxième trimestre 2014, tandis que le poids de sa dette extérieure ne cesse de s'alourdir par rapport aux rentrées fiscales.

Depuis le début de l'année, le prix moyen du pétrole vénézuélien s'est établit a 92,76 dollars américains, soit 5,42% de moins qu'en 2013.

  • Le schiste américain dans le viseur

Le Vénézuela faisait partie des pays qui souhaitait réduire la quantité de pétrole disponible sur le marché afin d'enrayer la baisse des prix. Mais les pays du Golfe, davantage capable de résister, préfèrent un pétrole à prix bas afin de contrer le pétrole de schiste qui reste plus coûteux à produire.

Leonid Fedun, vice-président de la compagnie russe Lukoil, a déclaré dans une interview accordée jeudi à Bloomberg

"En 2016, quand l'OPEC aura rempli sa mission de supprimer le marché marginal américain, les prix recommenceront à grimper (...) l'essor du gaz de schiste est à l'image du boom 'dot.com', les acteurs les plus forts résisteront, les faibles disparaitront", a-t-il déclaré en faisant référence à la bulle internet au début des années 2000.

  • Des producteurs plus ou moins vulnérables

Si elle se poursuit, cette baisse pourrait affecter certains pays du Golfe. L'agence Standard and Poor's indique dans une note que "la baisse récente du prix des hydrocarbures, si elle se prolonge, pourrait avoir un impact significatif", en particulier à Bahreïn et Oman.

Plus largement, les pays émergents seraient également susceptibles d'être affectés, comme par exemple le Brésil, qui a investit dans le pétrole, surtout au large de Rio où des gisements ont été découverts.  Par ailleurs, la Russie a fondé son budget sur un baril à 100 dollars, note un économiste d'HSBC interrogé par l'AFP qui nuance: "la forte dépréciation du rouble atténue l'impact budgétaire."

Le recul du prix du baril a aussi des conséquences pour le secteur des hydrocarbures de schiste aux Etats-Unis, qui doit investir lourdement pour maintenir la production. Les analystes considèrent que ces investissements ne sont plus rentables si le pétrole reste à un prix évoluant autour de 65 à 70 dollars.

  • Hausse du pouvoir d'achat dans les pays industrialisés?

A plus long terme, un certain nombre d'économistes prévoient un effet positif de ces faibles prix du pétrole sur le pouvoir d'achat des ménages, susceptibles d'acheter des produits moins chers tandis que les entreprises peuvent accroître leurs marges, surtout dans les pays les plus avancés économiquement (Etats-Unis, zone euro, Japon, Chine).

Patrick Artus, économiste chez Natixis, interrogé par l'AFP estime que la zone euro peut "profiter de l'effet positif de la dépréciation de la monnaie unique sur ses exportations sans être pénalisée par la hausse des prix des importations", et espérer gagner 0,5 point de Produit intérieur brut en deux ans.

De son côté, l'institut Coe-Recommence, estime que la facture énergétique française a déjà baissé "d'au moins 5 milliards d'euros en 2014". D'après lui, le secteur de l'industrie, "principal bénéficiaire" et y gagnera 2 milliards d'euros. Ce qui représente plus que les "versements au titre du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi".

  •  Mais risque de déflation

Toutefois, dans les pays déjà affectés par faible inflation, soit les membres de l'Union européenne, un pétrole à bas coûts présenterait plutôt un risque.

"La question est de savoir si les entreprises vont garder dans leurs marges cet effet bénéfique, ou en profiter pour baisser encore leurs prix", souligne Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode, selon des propos rapporté par l'AFP.

  • Quel impact sur la BCE?

Enfin, de façon indirecte, cette décision de l'Opep pourrait avoir un poids sur celle de la Banque centrale européenne (BCE). Plusieurs analystes prévoient de nouvelles mesures pour limiter la désinflation, et éviter une spirale déflationniste.

Michael Hewson, analyste chez CMC Markets UK, également cité par l'AFP écrit ainsi;

"Je suis sûr que Mario Draghi [le président de la BCE] espérait secrètement que l'Opep lui donne un coup de main en annonçant une forte baisse de production".

Car, en se traduisant par une remontée des cours, les prix des biens et services dans l'UE auraient pu ainsi voir leur chute stoppée.

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Commentaires
a écrit le 30/11/2014 à 15:38 :
On devrait être mécontent que l'OPEP garde les robinets ouvert et ainsi aider la reprise économique ?????
a écrit le 30/11/2014 à 13:25 :
La déflation est très bien, surtout quand les salaires sont bloqués depuis des années. Qui sera capable d'acheter une plaquette de beurre à 10 euros si les salaires stagnent? Cette fuite en avant des prix, vouloir "relancer" l'inflation, c'est ridicule. Est ce parce que nos milliardaires ne trouvent plus de placement à 5% l'an, basé sur du vent. Qui peut sortir 300 000 euros pour acheter une maison aujourd'hui?
Relancer l'inflation.... pffff quel sinisme.
Réponse de le 30/11/2014 à 13:30 :
Vous parlez de quel sinisme…. ou de quel cynisme…. ou de quel sionisme ?
Réponse de le 06/12/2014 à 16:20 :
Oops! :) Celle-là en était une bonne! Je le savais que j'aurais du être plus assidu en cours de Français....
a écrit le 30/11/2014 à 11:19 :
LES GRAND DE CE MONDE JOUENT A GAGNEZ DES GUERRES SANS TIRES DE BALLES? SA S APELLE UNE GUERRE ECONMIQUE? ? ? TOUS LES PAYS SONT A LA MERCIE DES GEANT DE CE MONDE PART LE MANQUE DE MATIERE PREMIERE ? D OU LA NESESITEZ DE S ENTENDRE ENTRE PAYS ET NEGOSSIEZ PACIFIQUEMENT SANS UTILISEZ LES GUERRES HUMAINES ???
Réponse de le 13/12/2014 à 8:22 :
Excusez moi ? Il y a beaucoup de fautes d'orthographe et cela gêne pour la compréhension de votre texte. Qui sans doute contient des indications intéressantes.
a écrit le 30/11/2014 à 9:02 :
le prix du baril en chute, mais pas de répercussion à la pompe.
a écrit le 29/11/2014 à 19:39 :
La Russie exporte peu hormis l'énergie et les armes mais par contre importe donc la chute du rouble augmente l'inflation, le retrait des banques, la panique en fait et ce n'est pas favorable. On voit là les limites de Poutine qui a transformé la Russie en pays axé pétroles et armes mais à l'économie chancelante. En plus il s'est mis plein de pays à dos. L'OTAN prépare pour le début de l'année une offensive-éclair et dans quelques heures Moscou sera prise, sans grands efforts. Poutine sera remis aux juges amériains et va certainement finir à Guantanamo. L'Europe deviendra un havre de paix alors.
Réponse de le 30/11/2014 à 13:37 :
Poutine à Guantanamo ? Ah ah ah. Elle est bien bonne celle la. Si l'OTAN rentre en Russie, ce sera la guerre nucléaire immédiate et il ne restera à priori pas grand chose. L'OTAN, qui préfère favoriser les neonazis ukrainiens qui massacrent leurs compatriotes plutôt que de laisser aux peuples leur droit à l'autodétermination, ferait bien de revenir dans son rôle initial de défense au lieu de vouloir être une force de déstabilisation des pays qui lui sont étrangers.
Réponse de le 30/11/2014 à 15:41 :
La médecine a fait de grand progrès vous savez, consultez!
a écrit le 29/11/2014 à 19:13 :
Comme je disais l'autre jour dans un commentaire à un billet semblable de La Tribune, ce seront les Etats-Unis la principale victime de la baisse des prix du pétrole. La Russie envisage même une baisse dans sa production pour mieux re-équilibrer son budget. En outre, les méga-accords signés avec la Chine, le Vietnam et peut-être avec le Japon l'année prochaine, jouent un rôle stabilisateur pour l'économie russe.
Ce qui contredit de plein fouet une certaine presse mainstream qui avait annoncé (en parfum de propagande anti-russe) que les pays du Golfe voulaient ainsi sanctionner la Russie et l'Iran. L'excédent de pétrole dans le marché n'est pas russe ni iranien mais celui issu du schiste américain !
Réponse de le 30/11/2014 à 8:08 :
@job..: pouvez m expliquer pourquoi cela va pénaliser les US ? Il me semblait que l exploitation du gaz de schiste aux US était la cause principale de la reprise aux US qui était largement importatrice . Ils ou sont d ailleurs tous ceux qui prévoyaient une pénurie de pétrole ?
Réponse de le 30/11/2014 à 9:26 :
Peu importe d'ou vient le pétrole, l'effet reste le même : baisse des prix, ce qui impacte forcement les pays producteurs qui ont basé leur budget sur un prix confortable, comme la Russie, par exemple.
Réponse de le 30/11/2014 à 21:31 :
Par contre c'est néfaste pour tout le système de distribution qui pour tourner doit compter sur un prix du baril plus élévé.
a écrit le 29/11/2014 à 18:42 :
Déjà, bonne nouvelle : nous allons pouvoir continuer à polluer un max. Mais l'histoire du pétrole (ou gaz) de schiste ne tient pas : les US vont simplement le garder pour plus tard. En réalité, le Vénézuela ne compte pas : c'est la RUSSIE qui est visée. Et tout le monde le sait, malgré la propagande.
Réponse de le 29/11/2014 à 19:15 :
Justement, je viens de répondre à cette question tout à l'heure. Renseignez-vous un peu mieux, vos arguments ne tiennent pas debout. Donc, comme vous même dites, ils sont irrecevables. Bon dimanche !
a écrit le 29/11/2014 à 16:10 :
Les sanctions ? Elles ne servent à rien et ne feront que pousser les Russes et les Chinois à mieux coopérer, sur le dos de l’Europe. La vérité, c’est que l’Ukraine va très mal économiquement et que l’Europe n’a rien fait pour l’aider.

Exclure la Russie du G8, c’est offrir 20 % de voix en plus à Poutine.

Bloquer la livraison des navires de guerre Mistral ? Le patron du Kremlin s’en contrefiche, c’est la France qui sera dans la mouise.

Allons-nous construire un nouveau mur de Berlin ? (…) La Russie est un partenaire et nous ne devrions pas perdre notre temps à nous protéger d’un voisin. Notre but est de ne pas être trop dépendant d’un pays – peu importe lequel. Sauf de la Russie, qui nous a sauvés à plusieurs reprises.

Total n’est ni un outil politique, ni une ONG. La mission de Total n’est pas de restaurer la démocratie dans le monde. Ce n’est pas notre métier. 

Nous ne devons pas nous laisser persuader que la Russie est un ennemi, d’autant que notre approvisionnement en énergie dépend en grande partie de ce voisin. (…) On ne doit pas tomber dans la caricature des gentils Ukrainiens pro-occidentaux et des méchants pro-Russes.

La Russie est un pays important dans la stratégie de Total, qui ambitionne d’en faire sa principale zone de production d’hydrocarbures à l’horizon 2020. (…) Certes, nous ne voulons pas accroître notre exposition aux risques en Russie tant que la situation n’est pas normalisée, mais je ne serai toutefois pas un bon dirigeant si je revenais maintenant sur tout ce que nous avons édifié dans ce pays.

Christophe de Margerie (1951-2014)

À réfléchir.
Réponse de le 29/11/2014 à 22:13 :
Poutine s'en contrefiche des Mistral ? Pourquoi alors menace-t-il la France s'il ne les obtient pas ? Des menaces qui n'ont d'ailleurs pas d'efficacité. Couper le gaz à l'Europe viendrait à se priver de recettes vitales pour l'économie russe en pleine déconfiture...
Réponse de le 30/11/2014 à 1:00 :
Va passer l'hiver à -20 sans gaz dans le Nord de l'Europe, dépendante à plus de 70% du gaz russe. Tu parles comme BHL le traficant d'armes.
La fausse monnaie est un moyen de persuasion bien dérisoire face à un retour direct aux cavernes et la morsure du froid.
Réponse de le 30/11/2014 à 8:44 :
Merci de nous avoir rappelé ces vérités qu'un accident terroriste ne peut effacer.
Réponse de le 30/11/2014 à 12:36 :
Votre naïveté me rend ému, croyez moi, que c'est chou. Merci pour le moment. Je vous explique : Poutine n'a rien contre la France en tant qu'Etat, que culture et civilisation. Il s'attaque à cette marionnette de Washington de Président qui nous avons, c'est cela. Il ne veut pas punir la France car Poutine fait des grands accords avec des sociétés françaises (Total en tête) mais dont la presse pro-US n'en parlera jamais. Poutine veut punir Hollande et pas la France, la nuance est assez claire, nette, en haute définition.

Le gaz…. ah le gaz russe.... Ce n'est pas par là que Poutine va plier l'Europe, mon grand, le gaz continuera à couler et à être payé car nous en avons besoin. Vous oubliez la presque dépendance des économies européennes avec la Russie à ce qui concerne l'exportation de produits, les contrats dans le secteur énergétique, les importations de matières premières et l'expansion des nos usines. Couper cet immense marché c'est plus que se tirer une balle dans le pied, c'est suicidaire tout carrément.

Bon dimanche.
Réponse de le 30/11/2014 à 12:38 :
Quelques-uns avancent un acte de la CIA car de Margerie avait signé des accords d'échanges commerciales avec Medvedev hors du dollar, comme d'ailleurs il le faisait déjà avant.
Réponse de le 05/12/2014 à 18:05 :
@ Mistral ?: LA Russie ne coupera pas le gaz dont on a besoin?
Elle est trop bonne celle-là. Il y a quelques années, pour un simple conflit entre Gazprom et l'Ukraine, le gaz avait été coupé quelques semaines.

Poutine s'en fiche comme une guigne de l'Europe, il rêve de la grande URSS de Brejnev. Ce n'est pas pour rien que les pays d'Europe essaient de mettre en place un plan contre l'éventuelle coupure de gaz.

Allez bon dimanche

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