Erasmus fera-t-il les frais de l'austérité européenne?
Pierre Manière
Pierre Manière
[if gte mso 9]>
Erasmus n'est pas le seul programme communautaire destiné à l'éducation et à la recherche menacé. Et pour cause : pour clôturer l'exercice 2012 à l'équilibre, Bruxelles a demandé aux 27 pays membres de l'UE une enveloppe de 132,7 milliards d'euros. Problème : ceux-ci ne sont prêts qu'à lui en reverser 129,1 milliards. A cela, il faut ajouter quelques 5 milliards d'euros dépensés cette année pour régler les factures de l'exercice précédent, dont le budget était déjà dans le rouge.
Un porte-étendard des valeurs de partage et d'intégration européenne
Troublé par ces chiffres, Alain Lamassoure a tiré la sonnette d'alarme. Le 2 octobre dernier, le président de la commission des budgets du Parlement européen a déclaré que bientôt, "ce sera [au] tour d'Erasmus" de se retrouver en cessation de paiement. Quelques dépêches plus tard et moult reprises dans les médias, ses propos font mouche auprès de l'opinion. Alain Lamassoure le sait bien : Erasmus, qui a permis à 2,3 millions de jeunes d'étudier sur le Vieux Continent, s'est au fil des ans imposé comme un porte-étendard des valeurs de partage et d'intégration européenne.
Surtout, le programme concerne les jeunes, cette population touchée de plein fouet par la crise, qui compte désormais 14 millions de laissés pour compte au sein de l'UE. Et dont une large frange a affiché son ras-le-bol des politiques nationales et communautaires à travers le mouvement des Indignés. En clair : pas touche...
Bataille pour les budgets à venir
Profitant de l'émoi suscité par une possible fin du programme, la Commission européenne a adopté mardi une rallonge de près de 9 milliards d'euros pour combler son trou dans le budget 2012. Victoire? Pas tout à fait. En premier lieu, les Etats membres devront accepter de mettre la main au portefeuille, à l'heure où l'UE s'est presque intégralement mise au diapason de l'austérité. Surtout, des interrogations demeurent pour les années à venir.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

De fait, le budget communautaire de l'UE pour 2013 est au centre de la polémique. Alors que la Commission l'a évalué à 138 milliards (+6,8% par rapport à 2012), plusieurs pays rechignent à passer à la caisse. Parmi eux, des contributeurs aussi important que la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, membres éminents du club des "amis du dépenser mieux".
Risque d'un veto britannique
À lire également
Pis, ces pays souhaitent aussi tailler dans les propositions de la Commission européenne pour le budget pluriannuel 2014-2020. Signe des tensions qui caractérisent ces négociations, David Cameron, en proie à une vive grogne sociale, a fait parlé la poudre. Début octobre, le Premier ministre britannique s'est dit prêt à dégainer son veto lors du sommet extraordinaire des 22 et 23 novembre, lorsque la question du budget communautaire reviendra sur la table. Si ces négociations devaient capoter, Erasmus, comme d'autres projets européens liés à la recherche ou l'éducation, pourrait alors trinquer.
Pierre Manière
Transparence salariale : la France accélère la transposition sous pression européenne
Budget : le gouvernement pris dans un scénario noir
Moins nombreux et plus diplômés : le profil des nouveaux immigrés en France
« Une fausse solution pour la réduction de la consommation de plastique » : les élus locaux montent au front contre le projet de consigne des bouteilles