Le sommet franco-italien sifflera-t-il le vrai départ de la liaison Lyon-Turin ?

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DR. Les opposants à la LGV (TAV en italien) Lyon-Turin appellent à manifester le 3 décembre à Lyon.
DR. Les opposants à la LGV (TAV en italien) Lyon-Turin appellent à manifester le 3 décembre à Lyon. (Crédits : dr)
Les élus rhodaniens attendent beaucoup du sommet franco-italien qui se tient à Lyon, ce lundi : ils espèrent que les chefs d'Etat des deux pays donneront le coup d'envoi pour le démarrage réel des travaux de la liaison ferroviaire Lyon-Turin, en dépit des récentes recommandations de la Cour des comptes. Les opposants, principalement les écologistes italiens, français et suisses, qui restent mobilisés contre ce projet pharaonique, ont fait monter la tension.

Que le Sommet franco-italien se tienne à Lyon, ce lundi, est interprété comme un signe de bon augure pour l'avancée de la LGV Lyon-Turin par Jean-Jack Queyranne (PS), président du Conseil régional de Rhône-Alpes, et par Gérard Collomb (PS), sénateur maire de la capitale rhodanienne. Leurs derniers échanges avec l'Elysée les rendent raisonnablement optimistes. Nul doute que la cause est toujours aussi sacrée à leurs yeux. « Il faut que le président Hollande et le président du conseil italien Mario Monti confirment l'engagement de la France et de l'Italie sur la mise en ?uvre du protocole d'intention signé en janvier 2012, afin que les travaux démarrent en 2013», insiste le premier édile lyonnais qui, il y a quelques semaines, a paraphé avec 24 autres élus rhônalpins un appel en faveur de cette liaison. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, les a d'ailleurs rassurés en annonçant le 29 novembre dernier un projet de loi autorisant « l?approbation de l?accord pour la réalisation et l?exploitation d?une nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin ».

Treize années de travaux pour ce tunnel de 57 kilomètres

C'est en 2001 que les deux nations ont acté sa construction dans un accord bi-partite fixant à 2025 la mise en service du tunnel dit de base nécessitant treize années de travaux pour 57 kilomètres. Son coût est estimé à 10,4 milliards d'euros, avec une contribution de 40 % espérée de Bruxelles ; le solde devant être partagé entre l'Italie (52,7 %) et la France (47,3 %). "Les infrastructures sont une variable d'ajustement du budget de l'Union Européenne, reconnaît Bernard Soulage, vice-président du Conseil régional de Rhône-Alpes, en charge des relations avec Bruxelles. Une chose est certaine : l'enveloppe 2014/2020 qui leur sera dédiée sera supérieure à la précédente. De plus, il y a une réelle volonté de concentrer les crédits sur les projets les plus efficaces, comme le Lyon/Turin."

Les acteurs locaux ont toujours refusé un plan B

Toutefois, dans son avis rendu public en octobre, la Cour des Comptes a jeté un pavé dans la mare, estimant qu'il n'y avait aucune urgence à engager cet ouvrage au vu des prévisions de trafic. De surcroît, et à un moment où le niveau des dépenses publiques doit être maîtrisé, il est recommandé au premier ministre français, destinataire de cette communication, de ne pas abandonner l'alternative consistant à améliorer les accès existants. Un v?u cher aux écologistes français, italiens et suisses qui espèrent voir leur position commune défendue par le parti Vert européen. « Le tunnel de base dit bien son nom et répond à une logique de franchissement d'obstacle, la montagne. Aujourd'hui, pour aller sur l'autre versant, les convois doivent grimper à 1300 mètres. Ce qui est contre-productif car il faut deux ou trois locomotives et des trains courts et allégés, balaie un expert, proche du dossier. Les acteurs locaux ont toujours refusé un plan B. Ils veulent la ligne nouvelle et réserver les dessertes historiques aux TER ».

En Italie, les creusements des galeries ont à peine démarré

Dans une réponse point par point à l'institution de la rue Cambon, Jean-Marc Ayrault réaffirme que « l'action du gouvernement s'inscrit dans le cadre d'engagements internationaux, qui ont été récemment renouvelés, et contribuent pleinement à la dynamique de notre relation bilatérale avec l'Italie ». Le dossier est bien politique. Et le gouvernement de Mario Monti mise notamment sur ce chantier d'envergure pour enrayer la récession économique dans la Péninsule.

A ce stade, les travaux préalables de reconnaissance n'ont pas progressé à la même vitesse dans les deux pays. En France, les galeries d'accès au futur tunnel sont achevées et quelque « 800 millions d'euros ont été dépensés avec des subsides de Bruxelles et dans le cadre des contrats de projet », précise Jean-Jack Queyranne. En Italie, où les opposants de la Vallée de Suse ne désarment guère, les creusements des galeries ont à peine démarré.

Dans sa globalité franco-italienne, le Lyon-Turin est chiffré à 26,1 milliards d'euros

Le tunnel international sous les Alpes n'est qu'un des éléments du Lyon-Turin qui, côté français, se compose de deux sections Grenay/Chambéry (4,5 milliards d'euros aux conditions économiques de 2011) et Avressieux/Saint Jean de Maurienne (3,2 milliards d'euros). La Commission d'enquête publique a émis sur ces portions un avis favorable assorti de réserves et recommandations afin d'améliorer son insertion dans l'environnement naturel et humain. Dans sa globalité franco-italienne, le Lyon-Turin est chiffré à 26,1 milliards d'euros. Une somme jugée pharaonique par certains. « Le projet peut être découpé en phase pour lisser les investissements dans le temps, sur une durée de 40 à 50 ans, conclut un expert. L'important est que les deux parties s'accordent maintenant et de façon définitive sur le processus.» « Arrêtons de tout miser sur un tunnel fétiche d?après-demain. Remplissons immédiatement les trains et les tunnels existants », tempête Jean-Charles Kohlhaas, conseiller régional Vert en Rhône-Alpes. Et si une nouvelle bataille ne faisait que commencer ?

 

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Commentaires
a écrit le 03/12/2012 à 10:59 :
Facture: 200 milliards au bas mot, deux tunnels sous la manche pour joindre des villes qui font le tiers des capitales... encore un projet non rentable.
a écrit le 03/12/2012 à 10:53 :
Et si un jour on avait des politiques qui pensaient a demain...Cet axe turin Lyon est vital pour les 2 pays, le train pourrait etre une solution d'avenir a beaucoup de points de vue ce qui n'empeche pas d'etre selectif sur les investissments et d'optimiser les reseaux existants...
a écrit le 03/12/2012 à 8:46 :
Le vrai problème être le transport routier. Demain dès que l'on ouvrira une nouvelle galerie au Fréjus, la vallée de Chamonix va demander l'interdiction de circulation des PL dans le tunnel du Mont Blanc sous prétexte que le site est classé au patrimoine de l'humanité. Tous les camions seront dans la Maurienne. Il sera impossible d'y vivre normalement. La seule solution écologique est le ferroutage avec une ligne TGV ou une ligne normale. Aux élus responsables de choisir mais de toutes façons la liaison rail - route obligatoire s'impose.
a écrit le 03/12/2012 à 7:21 :
entre les estimations chiffrées et le vrai coût des travaux il y a toujours un vrai gouffre alors qui va payer ces dépenses.
La majorité des élus locaux est toujours favorable à des travaux qui nécessitent de la main d'oeuvre.
a écrit le 03/12/2012 à 7:05 :
En 40 ans de vie professionnelle je suis allé +/- 4 fois en train vers Turin car, le plus souvent, j'utilisais l'automobile vers l'Italie et ses villes moyennes pas toujours bien servies par le train (alors que le réseau routier est de qualité). Depuis, des vols low cost existent vers les destinations les plus lointaines (Venise, Rome,...). Faut-il un TGV "marchandises" pour transporter des veaux et des grumes de bois vers l'Italie ?

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