Grève dans la fonction publique en Allemagne pour obtenir des hausses de salaires

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Le syndicat Ver.di a déclenché une grève pour obtenir une augmentation de salaires de 3,5 %
Le syndicat Ver.di a déclenché une grève pour obtenir une augmentation de salaires de 3,5 % (Crédits : Reuters)
Plusieurs services publics étaient fermés ce mercredi dans de nombreuses villes outre-Rhin. Les salariés réclament une hausse de salaires de 3,5 %, les autorités refusent.

Pas de métro, ni de bus, ni de tram. Des rues qui n'ont pas été nettoyées et où les poubelles s'entassent. Des crèches fermées, des hôpitaux au ralenti. Vous pensez qu'il s'agit d'une description du quotidien d'une ville grecque ou portugaise ? Perdu, ce 19 février, c'est plutôt celui de Francfort.

Grève d'avertissement

Ce mercredi, les employés de la fonction publique de plusieurs Länder d'Allemagne sont en effet en « grève d'avertissement » (Warnstreik) avant l'ouverture du deuxième tour des négociations salariales de branche. Le premier tour s'était achevé jeudi dernier sans résultat. Le syndicat des services Ver.di et les employeurs (Etat fédéral et communes, les Länder menant une autre négociation) n'étant pas parvenus à se mettre d'accord.

3,5 % par an

Ver.di demandait que les salaires fussent relevés de 3,5 % en plus d'une prime de 100 euros. Les employeurs, de leur côté, ont refusé ces propositions, mais n'ont pas fait de contre-proposition. D'où la décision des syndicats de lancer une « grève d'avertissement. » Contrairement aux idées reçues en France, ces grèves sont assez courantes durant les négociations salariales outre-Rhin. Les « grèves d'avertissement » sont des arrêts de travail sans préavis, mais où les limites de temps doivent être fixées a priori. Ils sont aussi limités aux entreprises concernées par les négociations salariales.

Fonctionnaires et salariés de la fonction publique

Les salariés des services publics allemands qui sont aujourd'hui en grève ne sont pas des fonctionnaires. Outre-Rhin, les fonctionnaires en tant que tels disposent de la sécurité de l'emploi, mais pas du droit de grève. En 2012, l'Allemagne comptait, selon Destatis, 2 millions de fonctionnaires. L'essentiel des services publics est assuré par des employés en contrat de travail de droit privé. 2,1 millions de salariés sont concernés par les négociations en cours.

Retour à l'équilibre du budget fédéral

L'Etat fédéral dispose de peu de marges de manœuvre. Dans son projet budgétaire dévoilé la semaine dernière, le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble, a exigé un retour à l'équilibre du budget fédéral en 2015 et, pour cela, entend réduire cette année de 3 % les dépenses fédérales cette année. Pas question donc de céder sur les salaires. La fin de non-recevoir envoyé à Ver.di lors du premier tour de négociation était suffisamment claire. Du reste, la décélération des prix outre-Rhin (l'inflation n'a été que de 1 % en février, contre 1,2 % en janvier) est un argument qu'oppose Berlin à ses employés pour les inviter à la modération salariale.

Une lutte pas anodine

Cette lutte n'est pas anodine, y compris au niveau européen. Au moment où l'Allemagne introduit un salaire minimum, la question de savoir si les employeurs vont accepter, malgré cela, des hausses supplémentaires de pouvoir d'achat. Seuls 6 % des salariés publics sont concernés par le salaire minimum. Selon l'institut DIW de Berlin, la hausse de la masse salariale induite par le salaire minimum pour les finances publiques sera de 1 % à partir de 2015. En revanche, le secteur des transports, gérés en partie par les communes, devra relever sa masse salariale de 3 %.

Si l'Etat fédéral exige la modération salariale de ses salariés, alors les secteurs les plus concernés par le salaire minimum comme l'agriculture ou les biens de consommation ne pourront que s'en prévaloir pour réduire aussi les prétentions salariales. Dans ce cas, l'effet sur la demande intérieure du salaire minimal sera faible, voire nul. Et l'Allemagne continuera surtout de s'appuyer sur son point fort : le commerce extérieur.

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Commentaires
a écrit le 27/03/2014 à 9:09 :
et rien sur toutes les radios et téles pour nous faire le décompte des jours de greve en allemagne ... hier on entendait parlé de la lufthansa .... l'allemagne fait les necessaires reformes structurelles . pas une emission speciale sur bfm business ..... quel dommage , ca nous changerait du french bashing
a écrit le 20/03/2014 à 11:47 :
"Les salariés des services publics allemands qui sont aujourd'hui en grève ne sont pas des fonctionnaires. Outre-Rhin, les fonctionnaires en tant que tels disposent de la sécurité de l'emploi, mais pas du droit de grève. "
Les conséquences sont exemplaire pour expliquer la bonne gestion économique de la fonction publique allemande. Depuis des années, les salaires des fonctionnaires évolue bien plus lentement que ceux des salariés. Résultats: ceux qui veulent travailler pour la fonction publique recherche un salaire et l'obtiennent. Un salaire qui croît régulièrement. Ceux qui recherchent un statut... et bien ils l'obtiennent avec les désavantages qui équilibrent le jeux économique, pas de grève, pas de hausse de salaire; mais un statut et une sécurité absolute de l'emploi. En sachant que le statut de fonctionnaire ne peut être obtenu que pour des activités "sensibles" sécurité, finances, défenses, et autres activités purement régaliennes. L'Allemagne est encore bien plus qu'un modèle pour la France, il y a urgence que des réformes en France se fassent enfin!
Réponse de le 20/03/2014 à 20:39 :
Oui vivement que les fonctionnaires français se mettent en grève !
a écrit le 20/03/2014 à 9:24 :
Bonjour,
Il est salutaire que vous ayez précisé au sein de l'article que les fonctionnaires allemands disposent de la sécurité de l'emploi mais ne disposent pas du droit de grève et que seuls étaient concernés les salariés non fonctionnaire de la fonction publique.
Il est grand temps qu'en France on se rende compte de la différence de mentalité entre l’Allemagne et la France. Chez nous les fonctionnaires ont la sécurité de l'emploi + le droit de grève ce qui mène systématiquement à un blocage des négociations. Un non sens qui créé des situations inextricables et un immobilisme insoluble ... .

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