L'Allemagne à la conquête du Sud... et de l'Ouest !

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'Allemagne à la conquête du Sud... et de l'Ouest

Ce qui fait la force de l'économie allemande, on le sait, c'est la qualité de son système d'importation. L'Allemagne a su recycler les faibles coûts salariaux et fiscaux de son voisinage et en tirer parti en y implantant les phases intermédiaires de sa fabrication. Elle a trouvé aussi en cela un antidote au fort niveau de l'euro, puisque qu'une partie des économies sous-traitantes sont hors zone.

Les entreprises ont en revanche maintenu la phase finale d'assemblage sur le territoire allemand. Elle a pu exploiter en cela l'avantage géographique que constitue la proximité des PECO, autrement dit de de sa périphérie low cost. La délocalisation partielle de ses chaînes de valeur n'a donc pas induit des coûts de transports trop importants.

C'est là toute la différence avec la France, les États-Unis ou le Royaume-Uni qui ont localisé une part croissante de la phase finale d'assemblage hors territoire.

Ces pays ont vu mécaniquement leurs parts de marché s'écrouler quand l'Allemagne a conservé ses positions en continuant à comptabiliser ses ventes depuis son territoire.

Pourtant les uns comme les autres sont bien allés à la conquête de la demande étrangère, mais selon des modalités qui font que les conséquences visibles sur les parts de marché en valeur ne sont pas du tout les mêmes.

Voilà pour l'acte 1 de l'économie de bazar

Le processus est-il arrivé pour autant à son terme ? Probablement non, car avec la crise, l'Allemagne a accru sa puissance de feu financière.

La rentabilité de ses entreprises grandes et moyennes lui confère un avantage en termes  de potentiel de rachat d'autres entreprises européennes.

Un avantage que n'ont pas aujourd'hui les entreprises françaises. Ensuite, la déflation salariale du sud crée de nouvelles opportunités de sous-traitance à faible coût.

Le gouvernement français se soucie à juste titre de l'attractivité du territoire, notamment concernant les start-up technologiques

Il a raison et d'ailleurs la France ne manque pas d'atouts en la matière. La simplification des procédures qu'il vient d'annoncer, plus l'action conjuguée de la BPI, du CIR, et du statut de la JEI finissent par faire de la France une terre d'accueil qui ne manque pas d'arguments.

Mais revers de la médaille, il va falloir compter dans cette stratégie avec le jeu allemand, qui consistera maintenant à transformer la puissance de feu qu'elle a accumulé avec la crise.

Soit en captant l'avantage salarial du sud en l'incorporant dans ses chaines de valeur.

Soit en acquérant des marques et des brevets dans les pays dépréciés? en Italie mais aussi en France notamment. L'investissement direct allemand vers l'étranger est maintenant reparti. C'est un signal et ce n'est pas le cas de la France.

Attention alors aux effets de second tour

La France doit être attractive, mais elle devra prendre garde sur cette période à protéger ses brevets et ses marques. Elle devra aussi s'intéresser à l'autre versant de l'investissement direct auquel peu d'observateurs s'intéressent à tort.

L'investissement vers l'étranger, qui lorsqu'il est bien mené peut être un instrument pour accroître la valeur créée sur un territoire. L'Allemagne l'a clairement montré par le passé.

 

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Commentaires
a écrit le 11/03/2014 à 15:11 :
Certes...
Mais , les conjectures de Moore , appliquées hors champ historique , sont d'une redoutable prédictibilité... ;-)
a écrit le 11/03/2014 à 11:57 :
Je suis de nationalité Suisse et quand j’avais perdu mon travail à 50 ans, il y a 15 ans, j'avais envisagé d'investir ma caisse de retraite (environs 200'000.- Euros dans le tourisme) en France ou en Allemagne. La différence était fondamentale: En Allemagne on s’occupait de moi très amicalement en me donnant de très bons conseils; En France c’était l’enfoutisme le plus total : Personne dans les bureaucraties pléthoriques voulait s’occuper de moi. Je n’ai rencontré aucune personne compétente et bienveillante. Depuis j’ai perdu toute confiance en la France. Elle ne fait que s’enfoncer dans le marasme : « Petite » criminalité partout (dans les dernier 9 mois ma Dacia avec des plaques valaisannes a été deux fois cambriolée; une fois en Haute-Savoie et une fois en Savoie) et « Grande » criminalite : La politique totalement irresponsable du « ministre du redressement guerrier », Monsieur Fabius, en Syrie et en Ukraine.
a écrit le 11/03/2014 à 10:12 :
Le modèle allemand va se trouver en inadéquation avec les données fondamentales des Marchés. Parce qu'il n'a pas réactualisé ses composantes.
La baisse de ses constructeurs automobiles en est un premier indice.
La baisse de ses ventes en machines-outils sera le second et dernier indice.
Après , ce sera , comme pour un avion , la perte de vitesse.

Défaite annoncée d'un géant trop arrogant.
a écrit le 11/03/2014 à 6:25 :
en gros faut arreter de leur vendre airbus et ariane espace
a écrit le 11/03/2014 à 1:49 :
A tort ou à raison, l'Allemagne jouit d'une notoriété industrielle qu'à perdu la France depuis le début des années soixante-dix, et c'est cela qui importe ! Et ce n'est pas en se déguisant avec un pull marin qu'on va redorer le blason, c'est sûr !
Réponse de le 11/03/2014 à 12:41 :
tout à fait juste. et c'est ce genre d'avantage "immatériel" qui est le plus difficile à gagner mais qui rend le plus sur le long terme : la valeur "made in Germany" dont on pourrait débattre sur sa réalité supériorité en termes de qualité reste une valeur sûre aux yeux du monde qui est prêt à payer plus cher pour l'obtenir. Le seul succès pour la France sera de suivre ce genre de modèle, pas par un modèle court termiste de baisse des couts et des salaires (qui suit l'Espagne).
a écrit le 10/03/2014 à 20:31 :
très bon résumé de la qualité allemande fabriqué pas en Allemagne. et les frimeurs qui se croit intelligents avec leurs voitures allemandes à crédit

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