Les faux-semblants de la sortie du Portugal du "programme d'aide"

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Lisbonne s'est réveillée sans l'ombre de la troïka ce dimanche, mais pas sans l'austérité
Lisbonne s'est réveillée sans l'ombre de la troïka ce dimanche, mais pas sans l'austérité (Crédits : reuters.com)
Le Portugal a officiellement retrouvé son "autonomie" financière samedi. Mais le pays est loin d'être sorti de l'ornière.

Le Portugal s'est réveillé ce dimanche matin sans la troïka. Depuis ce samedi, le pays est officiellement « sorti » du plan d'aide financière de 78 milliards d'euros mise en place par l'Union européenne et le FMI en 2011. Il a donc officiellement retrouvé son « autonomie financière. »

Victoire pour le gouvernement

Cette « sortie » est une victoire pour le gouvernement de centre-droit de Pedro Passos Coelho qui a insisté pour ne pas réclamer de « rallonge » au Mécanisme européen de Stabilité (MES) afin de disposer d'un « filet de sécurité. » Mais cette « sortie » n'est qu'une façade. Derrière l'effet d'annonce se présente deux réalités moins réjouissantes : la poursuite nécessaire de l'austérité et le poids de la dette.

Austérité reste en place

Car si le « programme » est terminé et que désormais, la troïka ne viendra plus vérifier les comptes lusitaniens et donner ses directives au gouvernement, les « aides » accordées par l'Europe et le FMI vont devoir être remboursées. Le poids de la dette reste effrayant : 129 % du PIB. Pour maintenir la viabilité de son budget, pour rassurer les investisseurs et les Européens, le Portugal va donc devoir maintenir l'austérité en place. Le premier ministre l'a, du reste, prévenu dès samedi : « il faut maintenir la rigueur pour éviter de retomber dans les erreurs du passé. »

Une croissance fragile

On le voit donc, l'autonomie financière du Portugal sera toute relative, puisque sa politique ne changera pas réellement. Or, cette politique demeure extrêmement risquée, car la croissance portugaise est très instable, dépendante exclusivement d'exportations devenues attractives par la baisse du coût du travail. Le Portugal voit donc sa croissance ballotée au gré de l'évolution du commerce mondial et de sa position de compétitivité. Condamné à jouer sur l'effet prix, Lisbonne doit comprimer sa demande intérieure dans un pays déjà épuisé par l'austérité. Au premier trimestre 2014, le Portugal a ainsi vu son PIB se contracter à nouveau de 0,7 % suite à une chute des exportations.

La pauvreté progresse

Tout ceci rend difficile un vrai redressement durable du pays. L'effet du redressement de la compétitivité sur le reste de l'économie peine à se faire sentir. Si le chômage a reculé en 2013 de deux points, en revanche, la pauvreté reste préoccupante : 19 % de la population est en risque de pauvreté et 20 % de la population vit avec moins de 409 euros par mois. Bref, le Portugal doit encore construire un vrai modèle économique.

L'OMT comme vrai filet de sécurité

En théorie, pour vivre sans filet, Lisbonne devra trouver un équilibre précaire entre croissance et rigueur afin de maintenir la confiance des investisseurs. Mais en réalité, cette confiance est acquise au Portugal par l'effet « d'assurance » du programme (encore non utilisé) OMT de rachat illimité d'obligations souveraines de la BCE. Les marchés estiment désormais que la BCE assurera un certain niveau minimum aux obligations souveraines des pays de la zone euro, ce qui alimente l'appétit pour ces dernières, surtout, lorsque, comme c'est le cas du Portugal, elles ont des rendements intéressants. Le danger, ce serait évidemment que se créé une « bulle » sur ce type d'obligations et que les taux retrouvent des niveaux que la BCE n'assurerait pas. Par ailleurs, l'OMT est un outil fragile, soumis à une décision de la Cour de Justice de l'UE et au jugement très négatif de la Cour de Karlsruhe.

Le poids de la dette

Reste enfin la question du poids de la dette. Le remboursement des aides n'interviendra qu'à partir de 2020, ce qui va contraindre le pays à constituer des réserves ou à ajuster ses dépenses. Dans tous les cas, ce poids de la dette est une garantie de la poursuite de l'austérité. Certes, une forte croissance pourrait aider, mais il ne faut pas oublier que les conditions de cette croissance vont demeurer encore longtemps l'aspect bon marché de la production portugaise. Tout renchérissement des salaires, toute reprise inflationniste mettra ce modèle en danger. C'est aussi pourquoi le pays n'est pas à l'abri de la déflation alors même que les prix sont quasi stables. Bref, le Portugal est loin d'être sorti de l'ornière, malgré les cris de victoire du gouvernement et de la Commission européenne.  

Les partisans de l'austérité jubilent...

Evidemment, à une semaine des Européennes et alors que les partis au pouvoir au Portugal s'attendent à une nette défaite, les défenseurs de l'austérité ont salué cette sortie "propre" ("clean exit") comme une victoire. Jean-Claude Juncker, le candidat du PPE à la présidence de la Commission et président de l'Eurogroupe lors de la crise portugaise, était à Lisbonne samedi soir et il a "félicité" le pays. Klaus Regling, le président allemand du MES, en a fait de même. Cette nouvelle tombe à pic, en effet. Peut-être un peu trop. Un article du Financial Times de début mai révélait en effet que l'Allemagne et plusieurs autres pays "donneurs" avait "interdit" au MES de proposer un "filet de sécurité"...

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Commentaires
a écrit le 19/05/2014 à 21:54 :
La Grèce fait des bénéfices, le Portugal est guéri, le chômage a disparu en Espagne, la France est la malade de l'Europe. Vite des impôts, un demi-smic, de l'intérim, un contrat 0 heures. Vite des coupes dans la protection sociale...
VIVE L'UE
a écrit le 19/05/2014 à 9:26 :
La dernière fois que je me suis rendu au Portugal, une dizaine d'années de cela, l'Europe était en "plein essor", en tout cas, en ses promesses. Sur place j'ai visité quelques ateliers dans le domaine des chaussures et j'ai été impressionné par le nombre d'enfants qui y travaillaient. Avec leurs parents, bien entendu, mais d'es enfants entre 8 et 12 ans tout de même ! en sachant des campagnes des médias en France notamment contre le travail esclave dans les pays du Tiers Monde, j'ai été étonné qu'on ne pipait pas un seul mot au sujet de la main d'ouvre enfantine au Portugal. Les titres privilégiaient plutôt une "Europe conquérante" sur tous les marchés de la planète et on parlait même d'une future "forteresse Europe" !

Aujourd'hui, la réalité en est toute une autre. L'Union Européenne se trouve "de facto" de plus en plus divisée, les sommets pour la façade ne convainquent plus les gens, et deux monstres qu'on croit bannis à tout jamais sont bel et bien de retour, la croissance zéro et le taux de chômage élevé. Ce Portugal là est endetté jusqu'au cou et se voit forcé (soumission aux États-Unis oblige !) à envoyer des avions militaires à la frontière russe pour faire semblant de "puissance européenne". Un cadre autant ridicule que pathétique. Et ses enfants là que j'ai vu en coudant le cuir et en cirant les chaussures dans un atelier, que sont-ils devenus ? des chômeurs, en toute ressemblance.

Devons-nous continuer à investir dans ce projet mégalo d'une "super-Europe" (et qui peut-être ne verra jamais le jour), ou devons-nous nous accommoder à notre réalité de nations pós-colonialistes et adapter nos économies à la taille d'un marché régional sous une politique protectionniste, où les employés gagneront moins mais par contre en ayant de stabilité dans leurs emplois, en éradiquant la moindre velléité de "domination planétaire" car nous savons aujourd'hui que cette Europe dominatrice était l'apogée d'une époque mais qui est déjà révolue.

Apprenons à aimer et à vivre des choses simples, il y en a tout un univers à découvrir.
Réponse de le 19/05/2014 à 9:44 :
Il faut voir que dans tous les pays qui ont adhères à l une il y a des progrès dans tous les domaines malgré des problèmes qu on ne saura pas nier. Mais il ne faut pas perdre de vue que l Europe nous garanti la paix et la prospérité dans un monde qui avance et qui change. Il ne sert à rien de regretter le bon vieux temps ou de chercher une niche pour se cacher. Il faut saisir les chances et travailler dans un esprit de plus en plus démocratique à l amélioration de nos économies et sociétés. Et cela marchera si nous ne sommes pas découragés et lâchés.
Réponse de le 19/05/2014 à 12:30 :
Votre analyse est juste mais plutôt amère, voire nostalgique. Si l'on compare notre niveau de vie en Europe à d'autres pays (je pense à ceux du Proche-Orient, de l'est européen et de l'Amérique latine) force est de constater qu'on ne se sort pas si mal que cela.
Le problème majeure de l'Union Européenne, à mon avis, c'était la hâte et l'envie démesurée d'expansion dans si peu de temps. Or les choses en Europe se sont toujours passées dans une échelle de temps plus longue, les transformations se sont fait à la vitesse des cultures et dans le rythme normal des économies. Malheureusement l'UE a trop prêté l'oreille aux sirènes venant des Etats-Unis, dont la dynamique n'a jamais été la nôtre, ni les acquis sociaux non plus. Si les technocrates de Bruxelles avaient suivi le rythme normal des choses, peut-être que ce serait aujourd'hui qu'on verrait l'UE s'élargir vers l'Espagne ou vers l'Italie. Les autres pays du Sud viendrait dans les prochaines années et selon l'état de leur finances. De même pour les pays de l'est européen.

Mais ne perdons pas l'espoir, il nous reste passablement de ressources humaines et spirituelles encore pour continuer à construire notre avenir en paix et avec de la prospérité.
Réponse de le 19/05/2014 à 15:00 :
Amen.
a écrit le 18/05/2014 à 19:27 :
Voilà le résultat de nos énarques avec leur vision de grande Europe ouverte a tous les produitS a bas cout
Ceux qui croient que ça va continuer sans que les peuples réagissent se trompent
L Europe n est pas démocratique et on la agrandit sans contrôle et contre l avis des peuples
a écrit le 18/05/2014 à 19:02 :
la zone mark est la zone qui a la plus faible croissance du monde depuis des années et des années ! Continuons
a écrit le 18/05/2014 à 18:59 :
j'aimerai bien être "isolé" du monde comme la Suisse, l'Angleterre, la Suède, la Norvège, le Canada le Danemark ou l'Australie. tous des pays qui n'ont pas l'euro.
Réponse de le 18/05/2014 à 22:12 :
Tous ces pays ne sont pas tout à fait isoles. Ils sont tous p ex intègres dans l omc. Il faut comprendre que seul l euro et une Europe forte peuvent peser dans le monde d aujourd'hui hui. Et l euro et l Europe integres dans la mondialisation sont les seuls garants d avances sociales humaines démocratiques et économiques.
a écrit le 18/05/2014 à 18:48 :
Pourquoi n'y a-t-il que Romaric pour réaliser des articles de fond dans "La tribune" ?
a écrit le 18/05/2014 à 18:27 :
409 €...Tiens tiens. Intéressant. ça tombe bien, je dois prendre ma retraite bientôt. Le Portugal me semble intéressant pour y couler mes derniers jours sans manquer de rien.
Réponse de le 18/05/2014 à 21:12 :
L Europe est un espace économique commun. Donc si vous pouvez vivre mieux au Portugal faites le. Cela participera à des liens de plus en plus étroits et une harmonisation des niveaux de vie et à une belle retraite pour vous .
a écrit le 18/05/2014 à 17:22 :
Encore un coup fallacieux d'un gouvernement europeïste à la veille des élections pour faire croire que le FMI est le Viagra de l'économie mondiale : avec ses prêts tout s'y redresse. Aujourd'hui Portugal "se sort" de ce "programme d'aide" avec une dette de 256 milliards et un PIB rabaissé de 40% !! quoique en siégeant à New York, le FMI a fait un cadeau de Grec aux Portugais !
Réponse de le 18/05/2014 à 20:49 :
Selon mes données, la dette de Portugal s'élève à 213.631 milliards d'euros (env 293 milliards d'US dollars) soit 129% de son PIB. Probablement Portugal a quitté le "programme d'aide" du FMI pour ne pas compliquer davantage son déficit car il doit rembourser entre prêts et intérêts une somme équivalente à environ 40% de son PIB actuel.
En effet, c'était plutôt un cadeau de Grec de la part du FMI et rien n'est dit que, les élections passées, il n'y aura pas d'autres prêts pour le Portugal.
a écrit le 18/05/2014 à 12:46 :
Le chomage a recule car les Portugais quittent leur pays voila tout Encore un escroquerie europeiste
Réponse de le 18/05/2014 à 12:52 :
C est aussi ça l Europe: aller la ou il y du travail et de la prospérité. En France bon nombre de gens quittent leur régions pour aller à paris ou à Toulouse ou à Lyon. L Europe est une chance a saisir!
Réponse de le 18/05/2014 à 14:00 :
@Markus:

Je croyais que l'UE devait apporter croissance, plein emploi et prospérité... mais semble t-il qu'elle ne génère que du chomage , de l'exode et de la pauvreté. Sans compter quelques discours un peu ''limite'' n'est-ce pas...
Réponse de le 18/05/2014 à 16:07 :
Il y a des pays ou c est le cas. Les problèmes des pays du Sud viennent d une mauvaise gestion et d une facilité d endettement à près l introduction de l euro. Mais tout cela est en train d être corrigé. Et il ne faut pas oublier que l Europe est un espace de liberté et de sécurité juridique et social. Il faut pas non plus oublier les pays de l est pour qui l Europe a été une énorme chance et les gens souvent ils le ressentent ainsi. Donc ne gâchons pas tout cela.
Réponse de le 18/05/2014 à 19:05 :
@ Markus:

À l'évidence, vous êtes un ardent défenseur de cette "Europe" là mais il faut tenir compte de la réalité des faits. Lorsque vous dites "l Europe est un espace de liberté et de sécurité juridique et social" cela veut dire quoi précisement ? vous pensez aux guerres ? mais nous vivons dans une guerre économique depuis toujours en Europe !

Espace de liberté ? et pour toutes les couches des population, croyez-vous ? même pour les populations constitués dans la plupart d'immigrés ? avons-nous liberté pour choisir ou non l'envoi de nos soldats dans le monde sans même en avoir le vote de l'Assemblée, comme on fait souvent ?

Et de quelle sécurité juridique et socaile parlez-vous ? de nos droits sociaux qui ont été acquis avec des années et années de lute et travail et qu'on voit bafoués l'un après l'autre à cause des mauvaises politiques économiques de nos dirigeants qui se succèdent dans l'incompétence ?
Réponse de le 18/05/2014 à 19:27 :
oui ça été une chance pour l'Europe de l'Est avec les délocalisation de nos industries en Europe de l'Est. L'Union européenne espace de démocratie qui ne respecte pas les référendums. Mais bon tous cela est en train de se corriger comme vous dites, les élections approchent !
Réponse de le 18/05/2014 à 19:29 :
laissez Markus chercher à nier la réalité.
Réponse de le 18/05/2014 à 21:09 :
Tout n est pas parfait. Mais le réalisme c est de voir tout ce qui a été fait et que le progrès démocratique social et économique continue. Après l effort fait les portugais récolteront les fruits comme aujourd'hui les allemands. Et dans quelques années après des réformes structurelles nécessaires et justes la France aussi trouvera de la croissance.
Réponse de le 18/05/2014 à 22:59 :
Markus c'est toi Patrick ? Patrick c'est toi Markus ? non ? mais avoue-le.....
a écrit le 18/05/2014 à 12:14 :
On tourne en rond avec nos faux-fuyants. DSK vient d'expliquer que les gouvernements font le contraire des entreprises. Face aux difficultés, la solution est de négocier âprement des abandons de créances du passé et d'obtenir du crédit pour le futur avec des prévisions attirantes. Savoir prendre ses pertes, par ceux qui ont prêté.
Réponse de le 18/05/2014 à 15:58 :
Et vous croyez que les investisseurs à qui on aura demandé de "prendre ses pertes" vont pouvoir être sollicités pour souscrire de "nouveaux crédits pour le futur" : vous rêvez ?
a écrit le 18/05/2014 à 10:58 :
C est clair! Le Portugal ferait mieux de continuer à s endetter au lieu de devenir lentement mais sûrement une économie saine. Bravo pour cette propagande pro-montbourgiénne.
Réponse de le 18/05/2014 à 11:30 :
Sur quels critères vous basez-vous pour affirmer que son économie est « saine » ?

Les faits et nombres qui sont fournis dans l'article donnent plutôt l'impression qu'elle est très précaire et peu vivace.
Réponse de le 18/05/2014 à 11:49 :
Les dernières heures des petits trolls de l'UE avant la fin de leur CDD ...
Réponse de le 18/05/2014 à 12:07 :
Cela deviendra une économie saine qui ne vit pas au dessus de ses moyens mais qui aura un développement organique et saine: innovateur créatrice d emploi exportateur et donc création de réelles richesses a repartir le moment opportun.
Réponse de le 18/05/2014 à 12:19 :
l'austérité ne rend pas l'économie portugaise plus saine mais plus malade.
Réponse de le 18/05/2014 à 12:48 :
Le Portugal et sa population méritent un grand respect. Il vont retrouver de l indépendance, une marge de manœuvre grandissante et de la prospérité. On ne guérit pas la boulimie en rajoutant des calories à la nourriture.

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