Hors coronavirus, l'actuelle crise du vignoble bordelais n'a attendu personne pour faire des dégâts et poser la question cruciale de la commercialisation, c'est-à-dire de la meilleure méthode à mettre en œuvre pour satisfaire les attentes des consommateurs. Dans l'interview qu'il a accordé à La Tribune pour ce dernier volet de notre enquête, Jérémy Cukierman souligne en particulier à quel point il est important que les producteurs en appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur soient prêts à se différencier commercialement.
Par sa puissance intrinsèque le vignoble bordelais concentre à la fois des tombereaux de lauriers et de critiques virulentes. Parce que rien de ce qui se fait ou ne se fait pas dans ce vignoble d'envergure mondiale ne passe inaperçu. Comme l'a montré l'historien Camille Jullian, dans son "Histoire de Bordeaux" (Princi Negue editor), au Moyen-Age, la réussite des vignerons bordelais, dopée par un commerce privilégié avec Londres, n'a pas tardé à coaguler pour se transformer en une réelle influence.
Les viticulteurs sont ainsi devenus une force politique de référence dans une ville gasconne riche et puissante, liée pendant de longues années à l'Angleterre et sûre d'elle-même, à la fois très commerçante et ultra militarisée pendant la guerre de Cent ans. Et au-delà des accablants scandales qu'a pu connaitre le vignoble depuis les années 1970, il fait peu de doutes que le « Bordeaux Bashing » se nourrisse aussi de ce particularisme bordelais bien connu, qui n'est pas passé inaperçu même pendant la Révolution, avec les membres bordelais du mouvement des Girondins dont les détracteurs ont régulièrement dénoncé (en plus des positions politiques) l'arrogance.