« Constructive », « structurante », « de bonne tenue » : l'avenir dira si cette réunion marquera un tournant pour le vignoble bordelais, et plus largement tous les viticulteurs français, mais ce qui est certain c'est qu'il s'agit d'une grande première. Pendant plus de deux heures, une quarantaine de représentants de toute la chaîne de valeur ont discuté à bâtons rompus sous l'égide d'Etienne Guyot, le préfet de Région, et d'Allan Sichel, le président du CIVB (conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux). Viticulteurs, négociants et enseignes de la grande distribution : tous se sont accordés sur la nécessité de changer un système qui ne fait que des perdants. Les premiers vendent à perte, les seconds déplorent une activité qui fond et des contrats contestés en justice tandis que les derniers voient leur magasins et dépôts être bloqués ou vandalisés.
En cause : une déconsommation globale du vin et tout particulièrement du vin rouge avec un vignoble bordelais qui produit cinq millions d'hectolitres par an mais n'en vend que quatre. Avec, comme corollaire, un effondrement des prix du vrac payés aux producteurs.
« S'il y a une volonté, il y a un chemin », assure Étienne Guyot. Mais, en l'occurrence, le chemin s'apparente à une sinueuse ligne de crête. À la sortie de la réunion, les professionnels annoncent vouloir travailler à « un contrat de filière associant tous les acteurs pour travailler sur les indicateurs objectifs qui restent à construire pour sécuriser les contrats amonts », c'est-à-dire le prix auquel le viticulteur vend à son premier acheteur. « Tous les opérateurs sont d'accord pour travailler dessus », ajoute Allan Sichel, saluant la « bonne volonté » des enseignes de la grande distribution présentes, comme Carrefour, Auchan ou Intermarché bien qu'elles se soient échappées en catimini après la réunion.