La diplomatie, ultime recours du cognac et de l'armagnac face aux taxes chinoises

Maxime Giraudeau

Le 17 septembre, le vignoble cognaçais manifestait contre la taxe européenne sur les véhicules électriques chinois.
MG / La Tribune

Maxime Giraudeau

Le 17 septembre, le vignoble cognaçais manifestait contre la taxe européenne sur les véhicules électriques chinois.
MG / La Tribune
« Sans l'exportation, il n'y a pas de futur pour les vins et spiritueux. [...] Il n'y a pas non plus d'alternative à la Chine, c'est un pays continent qui ne peut pas être suppléé par d'autres marchés. » A l'image des mots de Nicolas Ozanam, le délégué général de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France, le cognac et l'armagnac sont venus porter devant le Sénat les doléances exprimées depuis des semaines suite à l'application des surtaxes chinoises sur les eaux-de-vie européennes. Et ça, un mois après une grande manifestation en Charente.
Ainsi a-t-on pu entendre tout à tour devant la commission des affaires économiques les présidents des deux interprofessions du Sud-Ouest s'accabler d'« être pris en otage dans un conflit qui ne les concerne pas » ou d'« être sacrifié totalement au profit de cette filière des véhicules électriques ». Le 4 octobre dernier, la Commission européenne, dont la France, a voté en faveur de taxes sur les voitures électriques importées d'Asie. En réponse, Pékin a de suite appliqué une mesure brandie depuis des mois : la taxation des eaux-de-vie de vin européennes entre 30 et 39 %.
De quoi porter un coup sévère à la viticulture, déjà touchée par une baisse globale de la consommation en France et dans le monde. « Le danger est de taille, la Chine est le deuxième marché d'exportation des spiritueux français », évoque ce 30 octobre Dominique Estrosi Sassone, la présidente de la commission des affaires économiques du Sénat. La sénatrice a indiqué que la ministre du Commerce extérieur, Sophie Primas, doit se rendre en Chine prochainement pour discuter du sujet avec les autorités. Ironie de la guerre commerciale, une procédure devant l'Organisation mondiale du Commerce a été lancée par l'Union Européenne pour pointer les surtaxes sur les spiritueux.
« La procédure avec l'OMC ne règle pas le problème à court terme. La priorité c'est de trouver un accord entre la France et la Chine via un certain nombre d'événements, motive Florent Morillon, président du Bureau national interprofessionnel du Cognac. Il faut engager une discussion directe entre la France et la Chine. [...] La diplomatie est la seule voie possible », se résigne-t-il avec, en tête, le salon China international import expo qui se déroulera à Shangaï du 5 au 10 novembre.
Mais n'est-il pas déjà trop tard pour les deux bassins viticoles ? Les cinq principales maisons d'Armagnac, filière qui exporte environ 2 millions de bouteilles par an dans le monde, ont déjà vu leurs commandes être annulées en direction de la Chine depuis plusieurs semaines. Pour Cognac, la chute pourrait être brutale : 32 millions de bouteilles ont été expédiées en 2023 vers l'Empire du milieu, soit 20 % de ses débouchés en volume et 23 % en valeur.
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D'autant plus difficile de retrouver de bonnes relations que les autorités chinoises se sont bousculées ces dernières semaines dans les grandes maisons de cognac afin d'alimenter leur enquête antidumping. « Nous avons ouvert nos portes, nos ordinateurs. Ce sont des dizaines de milliers de pages qu'il a fallu fournir, détaille Florent Morillon. Ils nous ont même demandé comment nous réalisions nos coupes d'eau-de-vie. » Si Hennessy, Martell et Rémy Martin se sont montrés coopérants, le ministère chinois de commerce a lui confirmé dans la foulée l'application des nouvelles taxes douanières.
Maxime Giraudeau