Un nouveau langage

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Dans son édition du lundi 4 mars, le New York Times s'est livré à un exercice cruel, mais ô combien édifiant : comparer deux numéros du magazine Red Herring, l'une des "bibles" de la Silicon Valley. Celui de septembre 2000 pèse près d'un kilo et ses 552 pages regorgent de publicité. Sur sa couverture s'étale le portrait d'un Bill Gates au sourire facétieux et gourmand. "En 2003," annonce le magazine, "71% des entreprises et 33% de tous les ménages (américains) seront équipés d'une connexion Internet à haut débit."Le numéro de Red Herring pour mars 2002 pèse moins de 200 grammes et contient à peine cent pages. Non seulement il y a moins à dire, mais ce qu'il y a à dire n'est généralement pas d'une folle gaieté. En couverture, la malice du président de Microsoft a cédé la place à la mine sombre de son directeur général Steve Ballmer. Il est affublé pour l'occasion d'une robe de mariée, et abandonné devant l'autel par... l'Internet à haut débit qui n'a pas tenu ses promesses de mariage avec le numéro un mondial du logiciel. "Seul un maigre 8% des ménages américains ont une connexion Internet à haut débit," rapporte le "Red Herring". "Je pensais que l'Internet à haut débit serait là à temps pour la Xbox (la console de jeux produite par Microsoft). Je me suis trompé," annonce Steve Ballmer.Il ne s'agit pas seulement de remplacer l'euphorie par la contrition. Il faut également mettre à jour son vocabulaire. Exemple : le Yankee Group, un consultant spécialisé, vient de changer les noms de la plupart de ses départements. Tous ceux dont la dénomination commençait par "e" ont été rebaptisés ("e-sourcing strategy research" est ainsi devenu "technology management strategies"). Surtout, plus question d'employer le désormais ringard "BtoB" pour "Business to Business", un préfixe qui fait si 1999... "Certains de ces noms étaient vraiment stupides," assure l'analyste du Yankee Group Harry Tse.L'humour se fait rare et douteux, et sa couleur est généralement d'un noir profond. "B2M," cela vous dit quelque chose? "Back to mom". Et puis il y a bien sûr la liste interminable des "not com", "dot coma" et autre "start down". Pas très drôle, direz-vous ? C'est bien la preuve que les auteurs de ces mauvais jeux de mots n'ont pas le coeur à rire.

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