Aborigènes tels qu'en eux-mêmes

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"Dix canoës, 150 lances et trois épouses", de l'australien Rolf de Heer: une immersion dans le monde disparu des aborigènes, vierges de tout contact avec l'Occident.

Premier film en langue aborigène d'Australie, "Ten Canoës" est plus qu'un documentaire ethnographique sur les populations indigènes méprisées, voire persécutées, par les colons anglo-saxons. Le réalisateur Rolf de Heer doit à son regard humaniste d'avoir remporté le "Prix spécial du jury" de la sélection "Un certain Regard", au Festival de Cannes 2006.

De fait, il parvient à l'universalité malgré le caractère très singulier de son récit interprété dans une langue indigène, le ganalbingu, par des acteurs aborigènes. Le film décrit un monde irrémédiablement disparu à travers la vie d'une tribu, dans une région reculée du nord de l'Australie, où les marécages sont infestés de crocodiles.

Situé en des temps anciens indéterminés, le récit met en scène des tribus sédentaires qui n'ont jamais eu de contact avec les occidentaux, qui vivent de pêche et de chasse et qui ont acquis un savoir-faire dans la fabrication de canoës à partir d'écorces d'arbres. Polygames, les hommes vivent nus, le corps couvert de scarifications. Plus nombreuses que les hommes, les femmes ne quittent pas les abords du village, de peur d'être enlevées par des guerriers de tribus étrangères.

Nous sommes à la fin de la saison des pluies et les hommes du clan se sont enfoncés dans le marécage pour chasser les oies et recueillir leurs oeufs. Parmi eux, il y a le jeune et fringant Dayindi qui convoite la plus jeune des trois femmes de son frère aîné, Ridjimaril, menaçant ainsi la loi tribale qui stipule que le cadet ne peut prendre la place de son aîné qu'en cas de disparition de ce dernier.

Pour ramener Dayindi dans le droit chemin, le vieux sage Minygululu lui raconte une légende ancestrale d'amours interdits, d'enlèvement, de sorcellerie et de vengeance. Pour immémoriale qu'elle soit, cette histoire éveille des échos dans la vie présente de Dayindi.

Des échos aussi dans les mythes grecs et judéo-chrétiens qui ne laissent pas le spectateur occidental totalement étranger.

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