"Dell va prouver que sa politique d'innovation est sans égale"

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Kevin Rollins, PDG de Dell depuis 2004, défend la stratégie du premier constructeur mondial d'ordinateurs que certains analystes juge dépassée, alors que le titre Dell a chuté de 40% en un an. Dans un entretien à "La Tribune", le PDG affiche pourtant sa confiance.

Fragilisé par des résultats qui ont déçu le marché, le titre Dell a chuté de 40% en un an. Les analystes craignent que le modèle économique du groupe texan - basé sur la vente directe et la construction à la demande - ne suffise pas à contrer la concurrence du taiwanais Acer, du chinois Lenovo et de l'américain Hewlett-Packard. Au premier trimestre, son compatriote a vu sa part du marché mondial des PC augmenter de 15,1% à 16,4% tandis que celle de Dell a reculé de 18,6% à 18,1% par rapport à la même période de 2005. Mais dans un entretien accordé à La Tribune, Kevin Rollins, PDG de Dell, affiche une confiance absolue dans la stratégie du groupe.

La Tribune.- Certains analystes craignent que Dell ait perdu son avantage en matière de prix, d'innovation et que sa taille soit devenue un handicap. Que leur répondez-vous?

Kevin Rollins.- Notre taille? Nos concurrents directs ont une taille proche de la nôtre et je vous rappelle que nous ne sommes pas numéro un en Europe. En matière d'innovation, il y a certes des domaines dans lesquels nous pouvons nous améliorer et nous nous y efforçons. Cette année, nous procédons au renouvellement de chacune de nos lignes de produits: portables, ordinateurs de bureau, serveurs... Pour ce qui est des services, nous lançons une offre haut de gamme, Premier Plus, et DellConnect (respectivement dédiés à l'assistance et à la réparation à distance, NDLR). Je crois donc que les commentateurs auxquels vous faites référence ont encore en tête notre offre de l'an dernier!

Le marché tarde donc, selon vous, à intégrer vos innovations...

Nous venons de lancer notre neuvième génération de serveurs et avons entièrement renouvelé nos produits de stockages Dell/EMC ainsi que nos imprimantes lasers. Nous allons poursuivre notre politique d'innovation et prouver qu'elle est sans égale. Nous dépensons près de 600 millions de dollars chaque année en recherche et développement et employons 4.000 ingénieurs dans le monde. Au cours des dix dernières années, Dell est l'entreprise qui a le plus innové de son secteur.

Comment réagissez-vous à la guerre des prix que livrent vos concurrents?

Nous rendons notre modèle économique plus efficace, taillons dans nos coûts et faisons pour cela migrer davantage d'opérations vers Internet. Cette année, nous prévoyons trois milliards de dollars d'économies, auxquelles contribueront des innovations comme DellConnect.

Dell va-t-il renoncer à la vente directe pour s'imposer en Chine?

Dell y dispose d'une part de marché de 10%. Au dernier trimestre, la croissance de notre activité s'y est inscrite à 28%. Au Brésil et en Inde, nous retrouvons des taux de croissance comparables. Voilà la preuve que le modèle économique de Dell demeure pertinent et prospère, quel que soit l'endroit au monde où on l'applique.

Comptez-vous développer votre relation avec AMD?

Nous avons annoncé que nous allions employer des puces AMD pour nos serveurs haut de gamme. Notre engagement vis-à-vis de nos clients nous poussera à les équiper avec la meilleure technologie et il en sera toujours ainsi. Quelles seront les conséquences d'une telle politique pour nos liens avec AMD et Intel? Nous le verrons avec le temps.

Dell a déçu Wall Street en annonçant une croissance de son activité de 6,2% inférieure à celle de l'industrie du PC au trimestre dernier. Quelle performance anticipez-vous désormais?

Comme vous le savez, nous ne faisons plus de projections de résultats et de ventes. Toutefois, sur le long terme, je crois que Dell va continuer à croître plus vite que l'industrie et que notre rentabilité demeurera supérieure à celle de nos concurrents. C'est notre but, notre vision.

Avez-vous abandonné votre objectif de 80 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel?

Non, mais nous n'y faisons plus référence et n'évoquons plus de calendrier pour l'atteindre (Dell, dont l'activité s'est élevée à 56 milliards de dollars en 2005, s'était engagé à atteindre cet objectif en 2009, NDLR).

Quelles régions et activités vous semblent-elles les plus prometteuses?

Au dernier trimestre, c'est en Europe, en Chine et en Amérique latine, particulièrement au Brésil, que la croissance de Dell a été la plus robuste. Il s'agit pour nous de marchés en pleine expansion, disposant du plus fort potentiel de croissance. Pour ce qui est des activités, notre croissance continuera à se faire pour l'essentiel sur le marché professionnel, que ce soit dans les serveurs, le stockage de données et les portables, à l'attention des entreprises et des administrations, qui représentent 85% de nos ventes. C'est sur cette cible que nous continuerons à concentrer notre attention et nos investissements. Que ce soit en Chine, au Japon, aux Etats-Unis ou en France.

Comment se porte, précisément, votre activité en France?

Le marché français, très compétitif, se trouve plutôt en bonne forme. Nous y sommes, je crois, déjà numéro trois, mais notre taux de croissance continue à être supérieur à celui de nos concurrents. Ces derniers temps, le marché français a été très prospère pour Dell.

En dépit de la concurrence que vous livrent vos concurrents, notamment chinois, espérez-vous toujours devenir numéro un en Asie?

Bien sûr! Nous sommes numéro un dans le monde et c'est un objectif que nous nous fixons individuellement pour chaque région, pays et produit. Nous disposons actuellement de la plus importante part de marché que nous ayons jamais eu en Chine, en Inde et au Japon. L'Asie est l'un des marchés les plus prometteurs de Dell.

Envisagez-vous d'autres partenariats avec Google au-delà de l'installation de logiciels et de la vente de serveurs?

Nous venons à peine d'inaugurer le partenariat dans les logiciels qui va permettre à nos clients d'utiliser les produits Google installés sur leur ordinateur. Ce partenariat évoluera à mesure que Google développera de nouveaux produits et en fonction de la demande de nos clients. Peut-être auront-ils accès à de nouveaux produits Google qu'ils pourront télécharger? Nous verrons où cet accord nous mènera. Pour l'heure, nous allons le laisser mûrir avant d'en envisager d'autres aspects.

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