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Tony Blair part le 27 juin, après dix ans d'un parcours exceptionnel

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Publié le 11 mai 2007 à 23:20 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 19:32

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C'est confirmé: le Premier ministre du Royaume-Uni va quitter ses fonctions le 27 juin, après dix années au pouvoir. Un parcours exceptionnel, marqué par une profonde rénovation de la gauche britannique et par une politique cherchant à concilier efficacité économique, justice sociale et réhabilitation des services publics. Couronné in extremis par la paix en Irlande du Nord, le bilan de Tony Blair est en revanche sérieusement terni par son engagement dans la guerre en Irak.

Ah, si seulement il n'y avait pas eu l'Irak! Le bilan des dix années de résidence de Tony Blair au 10 Downing Street aurait pu apparaître comme - presque - sans tache. Car les Britanniques lui auraient sans mal pardonné quelques petits problèmes de corruption ou une réforme institutionnelle inachevée, en regard des acquis engrangés: une modernisation radicale de la vie politique du pays, une réhabilitation du social combinée à une gestion économique de premier ordre, et un rétablissement de la paix en Irlande du Nord.

Seulement voilà: il y a eu l'Irak. L'engagement sans réserve du Royaume-Uni aux côtés de la guerre menée là-bas par George Bush aura constitué un tournant dans les dix années passées par Tony Blair à la tête du gouvernement. Lui qui, jusque là, semblait en osmose avec son peuple - comme cela était apparu de façon spectaculaire au moment de la mort de la princesse Diana - s'est alors coupé de son opinion publique.

Prenant à rebours son image d'homme politique attaché avant tout à sa popularité et gouvernant au gré des sondages, le leader travailliste, convaincu de la justesse de la lutte menée en Irak, n'a rien voulu savoir. Refusant d'écouter aussi bien ses conseillers que la population en général - on verra jusqu'à un million de personnes défiler contre la guerre dans les rues de Londres - Tony Blair s'est entêté jusqu'au bout. Les Britanniques ne le lui ont pas pardonné.

Atmosphère de corruption

La guerre en Irak aura donc constitué l'accident majeur d'un parcours par ailleurs exceptionnel. Certes, les citoyens de sa gracieuse majesté reprochent également au Premier ministre une certaine atmosphère de corruption dans son entourage: Tony Blair est ainsi le premier chef de gouvernement en Grande-Bretagne à avoir été interrogé dans le cadre d'une enquête criminelle à propos du financement du Labour. Mais c'est le genre de problèmes qui finissent en général pas s'oublier assez rapidement.

Pour le reste, les dix années passées par Tony Blair à la tête du gouvernement resteront avant tout comme celles d'une profonde transformation du paysage politique britannique. Celles d'une modernisation radicale de la gauche, marquée par une adoption sans réserve de l'économie de marché, conjuguée à la réaffirmation de ses engagements sociaux. Une double approche dont on a souvent retenu, à l'étranger, que le premier terme, au point que la gauche version Blair a souvent été vue comme un repoussoir absolu par les gauches plus traditionalistes, française en tête.

Toute la politique intérieure de Tony Blair a découlé d'une conviction finalement très simple: il n'y a pas à choisir entre l'efficacité économique et la justice sociale, les deux sont parfaitement conciliables. Au chapitre de l'efficacité économique, Tony Blair a ainsi joué à fond la mondialisation, imposant Londres comme la capitale financière internationale. Il a aussi oeuvré pour faire de la Grande-Bretagne le pays le plus accueillant pour les entreprises. Ayant octroyé, sur une décision de son successeur désigné Gordon Brown, l'indépendance à la Banque d'Angleterre, le gouvernement travailliste peut ainsi porter à son crédit dix années de croissance ininterrompue qui ont permis au pays de dépasser ses rivaux européens en termes de taux de croissance et de faiblesse du chômage.

Des crédits pour les services publics

Mais contrairement à la vision caricaturale qui prévaut souvent de ce côté-ci de la Manche, Tony Blair n'est pas pour autant devenu un "néo-libéral" pur et dur. Même s'il n'est pas revenu sur l'essentiel des réformes de l'ère Thatcher, son action a été profondément différente, sur bien des plans, de celle des gouvernements conservateurs. Tony Blair a ainsi mis en place un salaire minimum, pour la plus grande horreur du patronat britannique, et il a engagé une politique ambitieuse de lutte contre la pauvreté des enfants.

Surtout, il a entrepris une vaste politique de réhabilitation des services publics laissés à l'abandon par Margaret Thatcher et les tories. Une priorité des mandats successifs du leader travailliste a donc été de rétablir un niveau de qualité minimum dans l'éducation, la santé, les transports. Dans ce dernier secteur, Blair est ainsi revenu partiellement sur la privatisation menée par les conservateurs. Et il a consacré des moyens financiers gigantesques à l'éducation et à la santé publiques, avec des budgets multipliés respectivement par deux et par trois sur la période.

"Tough on crime, tough on the causes of crime"

L'approche de Tony Blair, en fait, apparaît très clairement dans un slogan qui l'a rendu célèbre à ses débuts, à propos des problèmes de sécurité: il faut être, proclamait-il, "tough on crime, tough on the causes of crime". Autrement dit : réprimer le crime - comme le prônaient traditionnellement les conservateurs - mais s'attaquer simultanément à ce qui suscite le crime - la pauvreté, le chômage, le manque d'éducation.

Cette approche cherchant à combiner les points de vue des deux idéologies dominantes et adverses a suscité de profondes oppositions au sein de la gauche traditionnelle du Royaume-Uni. En attaquant de front les tenants d'un socialisme "à l'ancienne", en distendant sérieusement les liens avec les syndicats, Blair s'est fait beaucoup d'ennemis. Mais la modernisation du Labour semble désormais irrévocable, et même si le futur nouveau Premier ministre, Gordon Brown, a une approche plus traditionnelle de la politique, un retour en arrière est infiniment peu probable.

Parmi les grandes initiatives à l'actif de Tony Blair, il faut encore citer deux grands domaines: les institutions et l'Irlande du Nord. Sur le premier plan, le bilan est mitigé. Le jeune leader travailliste - il avait 43 ans lors de son arrivée au pouvoir - a réformé la Chambre des Lords, supprimant pour l'essentiel les lords héréditaires, mais il n'est pas allé jusqu'à la mise en place d'une chambre haute élue. Tony Blair a aussi engagé une véritable révolution pour le Royaume-Uni en introduisant une sérieuse dose de décentralisation.

Décentralisation inachevée

Alors que voici dix ans, toutes les décisions étaient prises à Westminster, le quartier du gouvernement à Londres, Tony Blair a donné une large dose d'autonomie au Pays de Galles et à l'Ecosse. Au risque d'ailleurs d'encourager les velléités indépendantistes de cette dernière, comme on l'a vu lors des élections régionales de la semaine dernière... Mais là encore, la décentralisation est demeurée à mi-route. En particulier parce que, asymétrique (contrairement au Pays de Galles et à l'Ecosse, l'Angleterre ne jouit d'aucune "autonomie" comparable), elle introduit des déséquilibres et des complexités de fonctionnement considérables.

En ce qui concerne l'Irlande du Nord, en revanche, le succès apparaît total. Tony Blair aura d'ailleurs consacré la totalité de ses dix ans au pouvoir à pacifier cette région. La signature d'un accord de paix entre catholiques et protestants, en 1998, a été suivie de nombreux et parfois violents soubresauts. Mais l'aboutissement de tous ces efforts est intervenu... le 8 mai dernier, avec la mise en place, inconcevable voici encore un an, d'un gouvernement associant l'ultra-protestant Ian Paisley et le leader indépendantiste catholique Martin McGuinness... Un exploit qui, si le retour à la normale se confirme dans la durée, pourrait bien racheter, dans la perception par les Britanniques du bilan de Tony Blair, l'impact désastreux de la guerre en Irak.

Au bout du compte, la longévité de Tony Blair, la marque qu'il a imprimée sur la vie politique de son pays en font sans aucun doute l'un des plus impressionnants leaders britanniques depuis la deuxième guerre mondiale, à égalité ou presque avec Margaret Thatcher. Son entreprise de modernisation radicale de la gauche aura en tout cas menée celle-ci à trois victoires successives aux élections générales et à une durée au pouvoir sans précédant dans l'histoire récente. Un bilan que le Parti socialiste français, qui vient de vivre sa troisième défait successive aux présidentielle, pourrait méditer, lui qui s'est toujours attacher à diaboliser l'oeuvre de Tony Blair.

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