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Riche semaine du côté d'Avignon

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Publié le 17 juillet 2008 à 01:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:12

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Une adaptation de la "Divine comédie, de courtes pièces radicales, des comédiens inspirés, et la danse qui entre en piste.

C'est une riche semaine à l'affiche du festival In d'Avignon avec "Purgatorio" de Romeo Castellcci, deuxième volet de sa libre adaptation de "La divine Comédie" de Dante, "Feux", trois textes d'une radicalité foudroyante, et "Ordet" du Danois Kaj Munk.

"Purgatorio", une deuxième partie de la "Divine comédie" en beauté

Il ne dit rien d'autre que "c'est la vie quotidienne" , la banalité de l'existence avec ses travers, celles qui peuplent les faits divers sans que l'on n'y prenne trop garde, parfois. C'est ainsi que Romeo Castellucci a abordé la deuxième partie de "La Divine comédie", de Dante, "Purgatorio", ce purgatoire qu'il adapte d'abord de façon très douce. De cette tranquillité apparente que l'on peut trouver, ici, dans une famille aisée, sans soucis matériel.

Le rideau se lève sur un intérieur bourgeois. Une famille apparemment cultivée qui sait les belles choses sans trop d'ostentation. L'espace ressemble à un immense castelet baigné par une lumière feutrée avec la maman qui s'occupe du dîner et l'enfant qui joue sans faire de barouf. Les voix restent douces... On entend bien, sans trop y prendre garde que l'enfant, au milieu des jeux, demande plusieurs fois à la mère: "est-ce qu'il revient ce soir, le monsieur au chapeau ?". Il n'obtient pas de réponse.

Commence alors l'imaginaire débordant de Castellucci pour jeter le trouble. Une énorme boule noire vient occuper quelques instants le devant de la scène. Des éléments extérieurs perturbent la sérénité apparente. Le père arrive. L'homme est exténué... Il demande son chapeau... Elle dit non, pas ce soir. L'enfant est dans sa chambre... Musique... L'indicible se prépare... On n'en dira rien. Et puis, vient un chaos d'images sur le plateau. Ce purgatoire est bien ce quotidien infernal qui peuple les journaux. Là, c'est un vrai coup de poing. Sans fioriture. Castellucci gagne une nouvelle manche après son "Inferno" dans la Cour d'Honneur.

"Purgatorio", jusqu'au 19 juillet à Avignon (04.90.14.14.14). Fin janvier 2009 au Maillon -Théâtre de Strasbourg, puis tournée internationale. "Feux", une proposition gonflée

On ne peut pas dire qu'August Stramm soit un auteur de théâtre connu en France. Même dans son pays d'origine, l'Allemagne où il est né en 1874 - il mourra en 1915 pendant la guerre sur le front russe -, ses quelques pièces sont très peu jouées. En mettant en scène trois de ses courtes pièces, "Rudimentaire", "La Fiancée des landes" et "Forces", Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma nous font découvrir une langue tout à fait novatrice à l'époque. Qui a quelque chose entre le slam d'aujourd'hui et le surréalisme. Phrases tronquées, suspendues comme pour ne pas dire trop sur l'être ou la chose. Ou dans l'incapacité d'exprimer totalement des sentiments, des idées. C'est clairement gonflé et totalement judicieux de proposer cet écrivain aujourd'hui.

Tout se passe derrière une paroi vitrée, comme une frontière entre ceux qui vont voir (les spectateurs) et ceux qui seront vus (les personnages/acteurs). Certains des éléments de ces "fenêtres" s'ouvriront. Dans "Rudimentaire", deux paumés de la société vivent dans un foutoir de linges sales et de réchaud à gaz, entre alcool et cigarette, entre un enfant qu'ils vont découvrir mort sans autre forme de pleurnicherie et un maquereau en mal de cigarette qui leur rend visite pas vraiment courtoise. Vite fait, bien fait.

C'est déroutant à souhait, comme ce lyrisme curieux de "la Fiancée des landes", deuxième piécette qui suit. Et puis il y a le morceau de bravoure, disons-le tout net : "Forces". Deux couples, - des amis qui sait ?-, se croisent dans un jardin qui peut être anglais. Jeux de passion, de jalousie. De folie absolument. Toujours avec ses inconscients qui hachent la parole, entre le dit et le non-dit.

Tout ira jusqu'à la plus grande violence, la mutilation, la mort. Mais il y a là une telle élégance dans le jeu des quatre et surtout une telle comédienne pour porter l'essentiel de ce texte qu'elle mérite tous les prix de la critique de la terre. Car Dominique Reymond ne joue pas, elle est cette femme, cette grâce pas mal garce qui fait tout exploser. On ne voit qu'elle. Et pourtant ses partenaires ne sont pas mal du tout.

"Feux", jusqu'au 15 juillet à Avignon (04.90.14.14.14). En tournée à Thionville (14-17 octobre), au TNS de Strasbourg (6-22 octobre), au Théâtre de la Cité Internationale à Paris (2 nov-20 déc), au TN de Toulouse (8-10 janv), à la Maison de la Culture d'Amiens (21-23 janv), etc. "Ordet", paroles de vies rustres

En danois, "Ordet" veut dire la parole. C'est le titre d'une pièce écrite par Kaj Munk en 1925. Son adaptation au cinéma par Carl Dreyer, en 1955, fera date, sans pour autant rendre très populaire l'auteur. Munk, ici, fait parler de rudes paysans souvent bloqués par les grands froids quasi polaires. Vies rustres, croyances fortes dans l'au-delà, omniprésence des anciens, non dits des désirs, mini-guerre de religions, luttes des familles, partages des héritages... Tout y est dans cet "Ordet", traduit ici Marie Darrieussecq et mis en scène par Arthur Nauzyciel.

Dans un décor particulièrement rudimentaire - une toile de fond très blanche avec quelques taches sombres qui est plus un paravent qu'une évocation du grand nord, et un bout de ce qui peut être un tipi indien plus qu'un coin de chambre à coucher -, Nauziciel fait entrer le souffle des grandes questions de l'humanité sans pour autant apporter plus de cohérence à un texte où l'on ne sait pas vraiment quelles différences il y a entre deux tendances religieuses, ni sur le sens de la résurrection qui intervient dans la pièce.

Le plus passionnant dans ce spectacle vient des comédiens, soutenus par la musique interprétée sur scène par l'Ensemble organum. Ils sont remarquables. D'abord Pascal Greggory en vieux Mikkel Borgen père, grande classe. Et puis Catherine Vuillez qui a belle allure en Inger, la belle fille de Borgen père, Xavier Gallais parfaitement "illuminé" en Johannes Borgen (un fils), Benoit Giros en Docteur Houen très terre à terre jusqu'au trouble de la résurrection, etc. Du beau travail.

""Ordet", jusqu'au 15 juillet à Avignon. Tournée à Orléans (14-17 octobre), à la MC de Bourges (22-23 octobre), à Clermont-Ferrand ((12-14 nov), à Lorient ((19-20 nov), à Caen (26-27 nov), aux Gémeaux de Sceaux (3-7 décembre).

La danse, aussi ...

En parallèle, la danse est entrée en piste avec un Jan Fabre ("Another sleepy dusty delta day") en grande forme, un Dubois ("Faune(s)") trop souvent à côté de la plaque et un fort sympathique Cherkaoui ("Sutra") avec ses moines du Temple Shaolin.

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