La Société Générale supprime 1 800 postes pour réduire ses coûts et aligner sa rentabilité sur les standards européens. Cette réorganisation, qui s'étalera jusqu'en 2027, repose sur l'attrition naturelle et la mobilité interne, sans plan de départs...
Reuters
La Société générale a confirmé ce jeudi un projet de réorganisation visant 1 800 suppressions de postes d'ici à 2027, principalement par attrition naturelle. Parallèlement, le Crédit agricole fait face à un débrayage historique de ses salariés. Les deux géants bancaires accélèrent la centralisation de leurs fonctions supports pour restaurer leur rentabilité.
La Société générale a confirmé ce jeudi 22 janvier un projet de réorganisation prévoyant la suppression de 1 800 postes au sein de ses activités françaises d'ici à la fin de l'année 2027. Ce mouvement, qui touche 40 000 collaborateurs, intervient après une première saignée de 900 postes au siège annoncée en février 2024. Pour le directeur général Slawomir Krupa, l'objectif demeure de réduire les coûts pour aligner la rentabilité sur les standards européens.
La méthode retenue marque une rupture avec les dispositifs d'accompagnement classiques. La direction mise sur l'attrition naturelle, estimée à 5 % par an, et sur la mobilité interne. En clair, aucun plan de départs volontaires ni de départs seniors ne viendra compenser ces disparitions de fonctions. La CGT dénonce une « politique du fait accompli » où l'absence de recrutement devient l'unique variable d'ajustement. Ce régime sec cible prioritairement les fonctions centrales du siège et l'organisation régionale de la banque de détail, même si le groupe assure que le réseau d'agences stricto sensu est épargné.
La révolte des mutualistes face à la rigueur salariale
Le malaise ne se limite pas aux banques commerciales cotées. Ce jeudi 22 janvier, les 78 000 salariés de la Fédération nationale du Crédit agricole (FNCA) sont appelés à un débrayage inédit. Cette grève, qualifiée de « grande première » pour le géant mutualiste, cristallise une double frustration : salariale et structurelle. Les syndicats, dont Sud-Cam, rejettent une augmentation générale limitée à 0,5 % pour l'année écoulée, un chiffre jugé indécent au regard de la santé financière du groupe.
Les chiffres soutiennent la colère des salariés. Sur les neuf premiers mois de 2025, les caisses régionales ont dégagé un bénéfice net part du groupe de 3,2 milliards d'euros. Pourtant, la direction maintient le cap sur son plan « Efficacité ». Derrière ce terme managérial se cache une volonté d'industrialiser le traitement des opérations et de regrouper les services supports à l'échelle nationale. Le syndicat Sud-Cam y voit une menace directe pour l'emploi local, citant l'exemple de la caisse Centre Ouest où 150 postes seraient menacés par ces mutualisations forcées.
La « désindustrialisation » des back-offices régionaux
Entre 2020 et 2025, le secteur a perdu plus de 3 000 guichets en France. La Société générale a déjà supprimé 542 agences, soit près de 20 % de son réseau. Au Crédit agricole, le phénomène s'accélère avec 112 fermetures l'an dernier, un rythme deux fois supérieur aux années précédentes.
Newsletter
Finances
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.
La stratégie actuelle consiste à vider les structures régionales de leurs fonctions de back-office et de support au profit de plateformes centralisées. Ce plan « Efficacité » au Crédit agricole ou la « simplification » chez SG visent un effet de ciseau positif : faire croître les revenus plus vite que les charges. Mais cette optimisation comptable pose la question de l'asymétrie de pouvoir. Les syndicats regrettent de ne plus être associés qu'à la gestion des conséquences, sans aucune transparence sur les indicateurs de charge de travail ou les risques psychosociaux liés à cette standardisation des métiers.
Un secteur sous le radar des politiques
Cette transformation industrielle s'opère dans un silence politique surprenant. Alors que l'emploi industriel mobilise régulièrement le sommet de l'État, les restructurations bancaires massives sont perçues comme de simples ajustements techniques. Pourtant, le secteur reste ultrarégulé et central pour le financement de l'économie, notamment pour les PME et les ménages en zone rurale. La disparition programmée de l'expertise humaine dans les territoires, au profit de process automatisés et centralisés, interroge sur la promesse de proximité des banques françaises.
Les bénéficiaires finaux de cette valeur dégagée par les économies d'échelle restent, pour l'heure, les actionnaires et le renforcement des fonds propres. L'investissement massif dans l'informatique et la numérisation, nerf de la guerre contre les fintechs, consomme l'essentiel des marges restaurées. Les salariés, eux, voient leurs parcours s'éroder, pris en étau entre des objectifs de rentabilité accrus et un cadre social qui se fragmente à mesure que les plans de suppression sans départs contraints se succèdent.