Le risque de censure s'éloigne, les marchés applaudissent

Ce regain d’enthousiasme des investisseurs n’est pas sans lien avec l’actualité française (photo d'illustration).
BT/ - REUTERS - Benoit Tessier

Ce regain d’enthousiasme des investisseurs n’est pas sans lien avec l’actualité française (photo d'illustration).
BT/ - REUTERS - Benoit Tessier
Les marchés respirent (enfin) un peu ce mercredi. Le taux d'emprunt de la France à échéance 10 ans – le taux de rendement des obligations assimilables au Trésor (OAT), qui fait figure de référence pour les investisseurs internationaux – a de nouveau baissé en milieu de matinée, s’établissant à 3,37 %. Il avait déjà reculé la veille (3,39 % à la clôture mardi contre 3,47 % lundi), s’établissant ainsi à son niveau le plus bas depuis mi-août.
En parallèle, l’écart avec le taux allemand – « spread » dans le jargon, un indicateur très surveillé sur les marchés – s’est affiché à 0,78 % (ou 78 points de base). Une première depuis plus d’un mois et le signe d'une baisse de tension sur la dette française.
Autre signal positif : le CAC 40 a enregistré une hausse de 2,53 % au même moment, à 8 119,81 points. L’indice vedette de la Bourse de Paris a profité d’un fort rebond du secteur du luxe, porté principalement par LVMH (12,9 % à 601,50 euros l’action), Hermès (7,45 % à 2 177 euros) et Kering (6,3 % à 317,70 euros), mais pas seulement.
Ce regain d’enthousiasme des investisseurs tient surtout à l’actualité française. Mardi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté devant l’Assemblée nationale son discours de politique générale, et éloigné le risque de censure, du moins à court terme.
Le chef du gouvernement a promis la suspension de la réforme des retraites jusqu’au 1er janvier 2028. Une proposition pour arracher le soutien des députés socialistes et éviter la censure – les deux motions déposées par La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN) seront soumises au vote ce jeudi.
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.

« Cette annonce a agi comme un signal de stabilisation à court terme. Les investisseurs y voient une accalmie politique bienvenue », explique Antoine Andreani, à la tête de la recherche au sein du courtier en ligne XTB France, dans une note publiée mardi. Un avis partagé par Jim Reid, économiste de Deutsche Bank, pour qui cette mesure a fait office de « catalyseur ». « Les marchés ont été rassurés, y voyant une garantie de stabilité politique », a-t-il indiqué à l’AFP.
Pour autant, cette décision a un coût qui devra être « compensé par des économies », a prévenu Sébastien Lecornu. Le Premier ministre l’a chiffré à « 400 millions d'euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027 ». Ce qui devrait « [peser] sur la soutenabilité de la dette », estime Jim Reid. « Sans mesures compensatoires, le ratio d'endettement de la France ne parviendrait pas à se stabiliser », confirme Stefan Koopman, analyste chez Rabobank.
Cette détente tranche avec ces dernières semaines marquées par des soubresauts politiques qui ont nettement pesé sur les taux d’emprunt français. Le spread des taux entre la France et l'Allemagne était monté jusqu'à 0,89 point lors de la démission surprise de Sébastien Lecornu, lundi 6 octobre dernier.
Plus globalement, c’est depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée par le président Emmanuel Macron en juin 2024, que les marchés sont chahutés. Avant cette décision, le spread gravitait autour de 0,50 %. Depuis, il n’est pas descendu sous les 0,65 % et a même plus longtemps été au-dessus de la barre des 0,70 % qu’en dessous.
« L’instabilité politique affaiblit la position financière de la France », souligne la Fondation Ifrap. Selon l’OFCE, la crise politique qui a démarré depuis juin 2024 pourrait coûter 0,5 point de croissance au produit intérieur brut (PIB) français d’ici la fin de l’année, soit 15 milliards d’euros.
Au-delà du risque de crise financière brutale, c'est le poison lent de la dégradation progressive des finances publiques qui inquiète. D’autant plus que la dette publique française est déjà à un niveau record, à plus de 3 400 milliards d’euros (115,6 % du PIB).
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À cela s’ajoute un autre risque : celui d’une dégradation de la note de la France par les agences de notation, sachant que Fitch l’a déjà dégradée de AA- à A+ en septembre dernier. Réponse prochainement puisque ses consœurs, Moody’s et Standard & Poor’s, doivent dévoiler leur note respective les 24 octobre et 28 novembre prochains.