Gouvernement Lecornu : Monique Barbut, une diplomate du climat à la tête du ministère de la Transition écologique

Monique Barbut, alors directrice générale du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), en octobre 2010
YN/YL - REUTERS - Yuriko Nakao

Monique Barbut, alors directrice générale du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), en octobre 2010
YN/YL - REUTERS - Yuriko Nakao
Une membre de la société civile et experte du climat dans les instances internationales. À quelques jours du démarrage de la COP30, ces compétences s’avéreront très utiles à Monique Barbut, la nouvelle ministre « de la Transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature ». Nommée en fin de soirée dimanche dans le gouvernement Lecornu 2, elle succède à Agnès Pannier-Runacher, poids lourd du « macronisme » et ministre sans discontinuer depuis 2018, d'abord à Bercy, puis au sein du ministère de la Transition écologique.
Si la nouvelle ministre n’est pas connue du grand public, elle est une figure bien identifiée dans la diplomatie climatique et auprès des associations environnementales. Âgée de 69 ans, Monique Barbut a en effet présidé de mars 2021 à septembre 2024 la branche française du Fonds mondial pour la nature (WWF), ONG internationale, qui depuis sa naissance en 1961 a développé une capacité d’influence notable auprès des décideurs politiques et économiques.
Avant cela, c’est dans les institutions onusiennes que la nouvelle locataire de l’Hôtel de Roquelaure a travaillées, se forgeant une réputation de diplomate du climat, avec « un certain franc-parler ». Elle a notamment fait partie de la délégation française, lors du Sommet de la Terre de 1992 à Rio de Janeiro, premier événement qui a vu les pays du globe se mettre en ordre de marche vers une action climatique commune.
De 2013 à 2019, elle a aussi occupé le poste de secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies (ONU) sur la lutte contre la désertification, un des enjeux clés de l’atténuation du changement climatique. Autre poste stratégique endossé par cette économiste de formation : celui de présidente et directrice générale du Fonds pour l’environnement mondial (2006-2012), une organisation indépendante soutenant financièrement des initiatives de protection de la nature.
En plus d’être une fin connaisseuse des instances onusiennes, Monique Barbut est aussi une experte de l’économie du développement, après une longue carrière au sein de l’Agence Française de développement (AFD), dans laquelle elle entre en 1981, comme chargée de mission à l’île de la Réunion. Au fil des années, elle gravira les échelons à travers plusieurs postes à responsabilité, notamment en lien avec les départements et territoires français d’Outre-Mer.
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La nouvelle ministre de la Transition écologique n’est pas non plus étrangère au cénacle du président de la République. En 2019, elle est en effet nommée « envoyée spéciale du président d’Emmanuel Macron pour la biodiversité » dans le cadre du « One Planet Summit ». Un événement qui avait été critiqué par certaines ONG, et militants du climat, notamment Greta Thunberg, pour son incapacité à prendre des mesures concrètes contre la destruction de l’environnement.
Ses quelques entrées dans le monde politique lui seront tout de même utiles face à la montagne de dossier qu’elle retrouve sur son nouveau bureau. Le premier est celui de la délégation française de la COP30, qui prend ses quartiers à Bélem au Brésil du 10 au 21 novembre. Au sein de l’UE, la France fait partie des pays moteurs d’une ambition climatique forte, même si ces derniers temps, le pays a été chahuté par le Haut conseil pour le climat et des ONG pour avoir fait traîner les négociations sur le nouvel objectif de baisse d’émission de l’UE (NDC).
Par ailleurs, l’Hexagone a vu cette année ralentir la baisse de ses émissions de CO2, ce qui inquiète les experts quant à la capacité de la France à tenir sa trajectoire de décarbonation. En outre, plusieurs reculs environnementaux ont été pointés par les associations, notamment la suppression des zones à faible émission, la baisse de l’ambition sur les énergies renouvelables, ou l’assouplissement des normes environnementales pour l’agriculture française.
Sur le sujet de l'énergie, la ministre pourrait être attendue au tournant en raison de ses précédentes prises de position. Quand elle présidait le WWF France, elle s'est, en effet, montrée antinucléaire, affirmant qu’il ne représentait « pas une source énergétique durable à long terme ». Une action en justice contre sa classification dans la taxonomie verte par l’UE avait même été menée par l’ONG à l’époque.
Mais, « il ne faut pas la juger au regard des positions du WWF », précisait ce lundi aux Échos un ancien conseiller de l’Élysée sur l’écologie, se voulant rassurant. Par ailleurs, dans le gouvernement Lecornu 2, le portefeuille de l’énergie est passé sous l’égide de Roland Lescure, nouveau locataire de Bercy.
La nouvelle ministre devra aussi gérer des coupes budgétaires pour son maroquin (-14 %, selon le dernier budget Bayrou), mais aussi les attaques régulières de la part de certains élus de droite ou d’extrême droite contre des agences publiques telles que l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité (OFB).
L’entourage de Monique Barbut est également attendu au tournant par les experts du climat. À ses côtés, a en effet été nommé Mathieu Lefèvre, député Renaissance (Val-de-Marne), en tant que ministre chargé de la Transition écologique. Âgé de 38 ans, ce membre du bloc central et diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris (ESCP), n’a jamais eu de fonctions ministérielles ou parlementaires sur des sujets directement liés au climat.
Il est en revanche un bon connaisseur du monde des entreprises, utile sur le sujet de la décarbonation de l’économie, ayant travaillé à Bercy, et faisant partie de la commission des Finances à l’Assemblée nationale.
Avec le député EPR de l’Oise Éric Woerth, il a plusieurs fois pris la parole ces dernières contre la fin de l’instabilité fiscale, des 35 heures, et la baisse de la dépense publique. Alors que le ministère de la Transition écologique connaît des coupes budgétaires, et que les experts appellent la France à dépenser plus pour le climat, le positionnement de Mathieu Lefèvre sera scruté.
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Il a, en outre, voté contre la loi Duplomb et s'est montré favorable au maintien d'une forme de zones à faibles émission (ZFE) réservées aux véhicules les moins polluants, un dispositif que l'Assemblée nationale a abrogé.