En repoussant, sous la pression, pour la troisième fois son vote sur un rapport préconisant des baisses de pompage d'eau dans le bassin du Clain à cause du réchauffement climatique, la Commission locale de l’eau (CLE) de la Vienne laisse dos à dos agriculteurs irrigants et écologistes. Sans calmer les colères.Elle devait se prononcer le 5 novembre dernier. Ce sera finalement, au mieux, dans six mois. La Commission locale de l’eau (CLE - composée de représentants de l’État, d’élus locaux et d’usagers) du bassin du Clain, dans le département de la Vienne, fait durer le suspense. Cette fois, le préfet a invoqué « l’incomplétude de l’étude d’impact socio-économique au regard de la loi » mais aussi des difficultés à préserver l’ordre public et à maintenir l’intégrité des personnes en cas de maintien de la réunion. Deux ans après les violences survenues autour des manifestations anti-bassines de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres voisines, le sujet reste en effet hautement inflammable.
La CLE doit se prononcer sur des restrictions sensibles de prélèvement de l’eau dans le bassin du Clain en raison de la raréfaction de la ressource, en particulier l’été. « On a déjà réduit nos volumes de pompage quasiment de moitié en vingt ans », plaide pour sa part Nicolas Giraud, président du syndicat des irrigants de la Vienne. « Il y a bien un changement climatique, on ne le nie pas, mais il pleut toujours autant, voire davantage, dans le département. Le problème est que l’eau tombe à des périodes où on n’en a pas forcément besoin. » Voilà qui relance en même temps le débat sur les bassines pour le stockage de l’eau l’hiver, solution préconisée par les cultivateurs mais bête noire des écologistes.
Le difficile partage de l'eau
S’il cristallise toutes les tensions, c’est que le Clain, qui arrose notamment la ville de Poitiers, est surtout le bassin le plus sollicité du département de la Vienne par les irrigants. Chaque camp maintient donc la pression. Les agriculteurs ont ainsi récemment bloqué l’accès au parc du Futuroscope, près de Poitiers, dans le but de se faire entendre.
« C’est toute la gouvernance de l’eau en France qu’il faut revoir, s’emporte Eric Frétillère, producteur de maïs en Dordogne et président des Irrigants de France. Dans la hiérarchie des priorités imposée par la loi en France, l’eau potable arrive en premier, suivie du milieu et de l’environnement puis de l’industrie. L’agriculture n’est qu’en quatrième position. Alors qu’en Espagne et au Portugal, où l’eau est encore plus rare que chez nous, l’agriculture est la deuxième priorité. Il en va de notre souveraineté alimentaire. »