Le gouvernement commande deux Canadair, en attendant des avions « made in France »
latribune.fr
A Calgary, au Canada, l'usine De Havilland où est produit le bombardier le Canadair DHC-515.
/FW1HFS/Mrigank Dhaniwala - REUTERS - AHMED ZAKOT - Ahmed Zakot
Face à l'aggravation du risque incendie, l'État engage près de 200 millions d'euros pour commander deux Canadair supplémentaires et accélérer le renouvellement de sa flotte aérienne.
La France renforce son arsenal aérien contre les incendies. À l’occasion du lancement de la campagne nationale de prévention des feux de forêt, jeudi à Nîmes, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a officialisé la commande de deux Canadair supplémentaires. Une décision qui s’inscrit dans la stratégie de renforcement des moyens de la sécurité civile engagée après les gigantesques incendies de l’été 2022.
« Il s’agit d’un investissement majeur pour l’État à hauteur de près de 200 millions d’euros », a détaillé le ministre devant la presse. Ces appareils de nouvelle génération, des DHC-515 produits par le constructeur canadien De Havilland, devraient être livrés en 2032 ou 2033.
Ils viennent compléter une première commande passée en 2024 grâce à un soutien financier européen. « Ces deux appareils s’ajoutent aux deux premiers DHC-515 que nous avons commandés en 2024 » et qui « seront respectivement livrés en avril et novembre 2028 », a précisé Laurent Nuñez. À terme, la flotte française de bombardiers d’eau amphibies doit atteindre seize appareils.
Une filière sous tension
Cette commande intervient dans un contexte industriel particulier. Longtemps interrompue, la production de Canadair a été relancée par De Havilland en 2025 grâce à un carnet de commandes européen de 22 appareils. Une reprise qui ne dissipe pas totalement les inquiétudes sur les délais. « La France restera donc particulièrement attentive au respect des calendriers de livraison (...) », a averti le ministre.
Au-delà des acquisitions étrangères, le gouvernement entend également soutenir l’émergence d’une filière nationale. Laurent Nuñez a ainsi indiqué « compter beaucoup sur le dynamisme des acteurs industriels français », citant notamment Kepplair et Hynaero, qui développent des projets d’avions spécialisés dans la lutte contre les incendies. Selon lui, des « expérimentations » sont déjà en cours et des « productions qui sont envisagées à une échelle plus industrielle plutôt autour de 2030 ».
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
L’appel à une souveraineté européenne
Cette perspective est jugée essentielle par les sapeurs-pompiers. Dans un communiqué publié jeudi, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France estime que « la France ne peut pas attendre la livraison de nouveaux appareils étrangers pour préparer l’avenir ». L’organisation plaide pour « bâtir dès aujourd’hui une capacité française et européenne de production d’avions bombardiers d’eau ».
La fédération alerte également sur la situation financière des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis). Elle demande le maintien des pactes capacitaires et s’inquiète de « la diminution de 54,7 % de la dotation de soutien à l’investissement structurant des SDIS ». L’intervention survient alors que les neuf syndicats de pompiers réunis en intersyndicale ont récemment exhorté le gouvernement à revoir le modèle de financement des Sdis, qu’ils jugent « au bord de la rupture ».
Réchauffement climatique
Le renforcement des moyens de lutte contre les feux intervient alors que le risque incendie gagne du terrain sous l’effet du réchauffement climatique. Les experts constatent une multiplication des épisodes de sécheresse, des vagues de chaleur et des événements météorologiques extrêmes.
L’année 2025 en a fourni une nouvelle illustration. Selon l’Office national des forêts, près de 15.000 départs de feu ont été recensés sur le territoire, détruisant environ 30.000 hectares de végétation. Parmi eux, 1.800 feux de forêt ont ravagé près de 20.000 hectares, notamment lors de l’incendie majeur qui a frappé le massif des Corbières, dans l’Aude, en août dernier.
Autre évolution marquante : le risque ne se limite plus aux régions méditerranéennes. Près d’une cinquantaine de départements figurent désormais sur la liste des zones forestières exposées aux incendies, y compris des territoires traditionnellement moins concernés comme les Côtes-d’Armor ou la Seine-et-Marne.