Macron rehausse la dissuasion nucléaire et lance une européanisation équilibrée

Emmanuel Macron à l'Ile Longue
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Emmanuel Macron à l'Ile Longue
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Face aux nouvelles menaces balistiques, la France a décidé de rehausser les capacités de sa dissuasion nucléaire. « Ma responsabilité est d'assurer que notre dissuasion conserve et qu'elle conservera à l'avenir, son pouvoir de destruction assurée », a expliqué Emmanuel Macron lundi lors d'un discours sur la dissuasion française depuis la base de l'Île Longue (Finistère). Très concrètement, elle va augmenter le nombre de ses têtes nucléaires, a-t-il annoncé. La France ne veut plus communiquer sur les chiffres de son arsenal nucléaire, « contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé », a précisé le président de la République. Elle dispose actuellement d'environ 300 têtes nucléaires.
Pour autant, a averti Emmanuel Macron, « il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n'a jamais été notre doctrine ». Rappelant ainsi que plusieurs traités internationaux sont désormais inopérants ou menacés, il a regretté que l'architecture mondiale de maîtrise des armes nucléaires est tellement affaiblie qu'elle s'apparente à un « champ de ruines ». D'où la logique de renforcer la dissuasion nucléaire française pour la crédibiliser dans ce nouveau monde.
Dans son dialogue stratégique avec plusieurs pays européens, Emmanuel Macron a annoncé une nouvelle évolution de la dissuasion française à la hauteur des défis actuels avec le concept de dissuasion avancée. Dans ce contexte, huit pays européens « ont accepté » de participer à la « dissuasion avancée » proposée par la France : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark, a indiqué Emmanuel Macron. Ces pays pourront notamment accueillir les avions des Forces aériennes stratégiques de l'armée de l'air française, équipés de missiles nucléaires. Ces appareils pourront ainsi « se disséminer dans la profondeur du continent européen » pour « compliquer le calcul de nos adversaires », a expliqué le président français.
La dissuasion avancée pourra également impliquer du signalement, c'est-à-dire la démonstration des capacités nucléaires françaises, « y compris au delà de nos frontières strictes », ou encore « la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires » comme les exercices militaires auxquels les Britanniques ont déjà été associés en décembre, a rappelé Emmanuel Macron. En revanche, il a assuré que la « chaîne de commandement est d'une clarté totale et la décision ultime » de déclencher le feu nucléaire « revient au seul président de la République », a réaffirmé Emmanuel Macron. « Il n'y aura aucun partage de la décision ultime ni de sa planification ou de sa mise en œuvre », a-t-il martelé.
Dans l’esprit du partenariat du traité d’Aix-la-Chapelle, la France et l’Allemagne ont décidé de renforcer leur coopération en matière de dissuasion en réponse à l’évolution des menaces, ont expliqué les deux pays dans un communiqué commun. Dans ce cadre, Paris et Berlin ont mis en place un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau qui « servira de cadre bilatéral pour le dialogue doctrinal et la coordination de la coopération stratégique, notamment pour les consultations relatives à l’articulation optimale de capacités conventionnelles, de défense antimissile et de capacités nucléaires françaises ».
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Les deux pays se sont engagés à prendre « des mesures concrètes dès cette année », notamment la participation de l’Allemagne aux exercices nucléaires français, des visites conjointes sur des sites stratégiques et le développement de capacités conventionnelles avec leurs partenaires européens. La France et l’Allemagne renforceront également leur capacité à gérer l’escalade sous le seuil nucléaire, en particulier dans les domaines de l’alerte avancée, de la défense aérienne et des frappes de précision en profondeur.
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Cette coopération franco-allemande repose sur la conviction partagée que la dimension nucléaire de la dissuasion demeure un pilier de la sécurité européenne. Cette dernière s'appuie sur la dissuasion élargie des États-Unis, notamment les armes nucléaires américaines prépositionnées en Europe, et sur les forces nucléaires stratégiques de la France et du Royaume-Uni, qui contribuent significativement à la sécurité globale de l'Alliance. « Cette coopération franco-allemande viendra compléter, et non remplacer, la dissuasion nucléaire de l'OTAN et les accords de partage nucléaire de l'OTAN, auxquels l'Allemagne contribue et continuera de contribuer », ont expliqué les deux pays