La Revue nationale stratégique, qui sera dévoilée le 9 novembre à Toulon par Emmanuel Macron, estime que des modes d'action hybrides sont susceptibles de déstabiliser la dissuasion nucléaire française. Cette revue sert de socle à la préparation de la future Loi de programmation militaire (2024/2030).Article réactualisé le 09/11/2022 avec ajouts de déclarations source Elysée
La Revue nationale stratégique (RNS), qui doit être présentée le 9 novembre à Toulon par Emmanuel Macron, propose en matière de dissuasion nucléaire une continuité stratégique réactualisée au regard du nouvel environnement mondial. « Notre liberté d'action et la protection de nos intérêts fondamentaux sont assurées en premier lieu par la crédibilité de la dissuasion nucléaire, clé de voûte de notre stratégie de défense », estiment d'emblée les auteurs de la RNS.
Toutefois, ils ont fort logiquement tenu compte du nouvel environnement géopolitique mondial traversé par des crises beaucoup plus violentes qu'auparavant, notamment l'invasion de l'Ukraine par la Russie. « Le conflit en Ukraine démontre la nécessité de conserver une dissuasion nucléaire, robuste et crédible, pour prévenir une guerre majeure », assurent-ils. Ils ont également tenu compte d'un champ opérationnel de plus en plus utilisé par certaines puissances : des modes d'action hybrides, dont la fameuse guerre informationnelle.
«Dans un monde plus incertain et complexe, alors que certains pays sont engagés dans une trajectoire inquiétante combinant opacité et croissance rapide de leurs arsenaux nucléaires, voire font planer le spectre d'une utilisation de l'arme à des fins d'intimidation ou de chantage, le maintien de la crédibilité de notre dissuasion sur le long terme reste essentiel», écrivent les auteurs de la RNS.
Des modes d'action hybrides très déstabilisateurs
« Des modes d'action hybrides déjà à l'œuvre en temps de paix, sont susceptibles d'affecter l'environnement - politique, normatif, informationnel, etc - au sein duquel s'exerce la dissuasion et doivent faire l'objet d'une réflexion permanente sur les moyens de les contrecarrer », préviennent les auteurs de la RNS. La France n'est pas à l'abri de tentatives de déstabilisation menées par des puissances ennemies sur sa dissuasion nucléaire. « On doit non seulement intégrer la dissuasion comme fonction stratégique, mais également comme objet politique », explique-t-on à l'Élysée. Elle doit notamment se prémunir face aux formes d'ingérence étrangères qu'il s'agisse de lawfare (utilisation du système judiciaire pour combattre un ennemi), de manipulation de l'information (guerre informationnelle), de cyberattaques mais aussi l'émergence de nouvelles normes utilisées comme levier d'influence pour affaiblir ses concurrents.