Le pari budgétaire de Friedrich Merz : 170 milliards d’euros de dette pour réveiller le « géant » allemand endormi

Le chancelier Friedrich Merz veut en effet insuffler un vent de changement en Allemagne (photo d’archive).
REUTERS - Heiko Becker

Le chancelier Friedrich Merz veut en effet insuffler un vent de changement en Allemagne (photo d’archive).
REUTERS - Heiko Becker
La croissance allemande est attendue dans le vert en 2025. À seulement 0,3 % cependant, d’après les dernières prévisions de l’OCDE publiées ce mardi dans ses « Perspectives économiques », plus basses encore que celles de juin (0,4 %). Il y a toutefois une (petite) source de satisfaction : ce serait une nette amélioration après deux années de récession, le produit intérieur brut (PIB) allemand s’étant contracté en 2024 de 0,2 % après 0,3 % l’année précédente.
Pour l’organisation internationale, l’Allemagne a pâti en 2025 de la crise qui a secoué le Bundestag, le parlement allemand. Le modèle de stabilité que représentait le pays autrefois a volé en éclat en novembre 2024, quand l’ex-chancelier Olaf Scholz a limogé son ministre des Finances, entraînant la fin de la coalition au pouvoir depuis trois ans, formée par son parti social-démocrate (le SPD), les écologistes et les libéraux du FDP. Cette instabilité a pesé sur la consommation tout comme la hausse des droits de douane imposée par les États-Unis.
Si les élections anticipées qui ont suivi – portant à la tête du pays une coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates menée par le chrétien-démocrate Friedrich Merz – ont permis d’atténuer l’incertitude, la faiblesse de la demande intérieure a empêché l’économie de repartir pleinement.
Cette situation devrait toutefois s’améliorer d’après l’OCDE, qui table sur une progression du PIB allemand en 2026 (1 %) puis 2027 (1,5 %). La prudence reste néanmoins de mise : « Une nouvelle escalade des tensions commerciales pèserait sur le PIB, étant donné que le secteur manufacturier allemand est fortement intégré dans les chaînes d’approvisionnement mondiales », prévient l’institution.
Les prévisions de l’OCDE se révèlent quasiment identiques à celles du Fonds monétaire international (FMI) – 0,2 % en 2025 puis 0,9 % et 1,5 % les deux années suivantes. Le gouvernement allemand partage aussi ces prédictions sauf pour 2026, où il s’affiche plus confiant.
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La première économie allemande retrouverait alors un niveau de croissance dans les clous de la moyenne des pays de la zone euro, même si leur dynamisme se révèle bien pâle comparé à celui des autres poids lourds économiques, particulièrement la Chine et l’Inde.
La relance n’est toutefois pas assurée pour l’Allemagne. Pour les institutions internationales, l’absence de réformes structurelles pourraient entraîner à la baisse les prévisions de croissance établies. Bonne nouvelle : le pays en a pris la voie. Friedrich Merz veut en effet insuffler un vent de changement et a déjà fait part de sa volonté de moderniser les infrastructures vieillissantes du pays – voies ferrées, ponts, routes, écoles, crèches, logements, infrastructures hospitalières – et de le réarmer face aux bouleversements géopolitiques.
Pour y parvenir, le chancelier a fait adopter dès son arrivée un « bazooka » budgétaire. Les règles strictes freinant le recours à la dette, inscrites dans la constitution, ont été assouplies pour permettre de lâcher la bride sur la dépense publique. Cette réforme « devrait contribuer à soutenir une reprise économique progressive » a salué le FMI, dans un rapport publié la semaine dernière. Ça n’est toutefois pas encore suffisant. Pour le FMI comme pour l’OCDE, l’Allemagne doit aller plus loin et mener des « réformes audacieuses supplémentaires » destinées à la fois à stimuler l’innovation et la numérisation, simplifier la bureaucratie et accroître l’offre de travail.
Les institutions internationales ne sont pas les seules à attendre le gouvernement au tournant. Et à lui mettre la pression. « Chaque mois sans réformes structurelles résolues coûtera encore des emplois », a alerté ce mardi la Fédération des industries allemandes (BDI). « L’économie allemande est en chute libre et pourtant le gouvernement ne réagit pas avec la détermination nécessaire », a même fustigé son président, Peter Leibinger.
Pas de quoi ébranler Friedrich Merz qui s’affiche pour le moment droit dans ses bottes. L’Allemagne est selon lui un « navire de grande taille » qu’on ne peut pas « faire virer en quelques jours comme un hors-bord qui effectue un demi-tour », a-t-il déclaré la semaine dernière devant le congrès du lobby patronal. « Cela prend du temps », a-t-il appuyé, mettant en avant les réformes prises depuis son entrée en fonction, à l’image de la baisse de la fiscalité des entreprises et du prix de l’électricité.
Il est vrai que le gouvernement actuel est en poste depuis moins d’un an mais il a agi avec un budget concocté par ses soins. Dans celui pour 2026, tout juste adopté la semaine dernière, il prévoit de financer les investissements massifs destinés à relancer l’économie par un important recours à l’endettement. La dette allemande devrait ainsi atteindre 170 milliards d’euros, un niveau inédit depuis le montant record de 217,8 milliards d’euros en 2020. Reste à voir si cela sera suffisant pour remettre sur pied le pays, considéré depuis ces dernières années comme « l’homme malade » de l’Europe, au grand dam des Allemands.