La Banque de France a dévoilé ses prévisions pour le quatrième trimestre, tablant sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) de l'ordre de 0,2 %.
CHARLES PLATIAU
Économie française : l'industrie de la défense dope l'activité, mais la croissance ralentit fin 2025
L’économie française ralentit en cette fin d’année. L’activité en novembre a été plus dynamique qu’attendu dans l’industrie, tirée par la défense et les produits high-tech. Malgré cette résistance sectorielle, la Banque de France n’anticipe qu’une hausse modeste du PIB de l’ordre de 0,2 % au quatrième trimestre, contre 0,5 % du trimestre précédent.
L’enquête mensuelle de conjoncture, menée par la Banque de France auprès d’environ 8 500 entreprises au début de décembre 2025, met en lumière un paradoxe : l’activité économique a bien continué de progresser en novembre, mais cette avancée est parasitée par une prudence persistante des décideurs.
La dynamique est clairement l’œuvre de l’industrie, dont l’activité a augmenté de manière plus marquée que prévu. Ce secteur se maintient, pour le sixième mois consécutif, au-dessus de sa moyenne de long terme.
Pourtant le climat général demeure sombre. L’indicateur d’incertitude mensuel, qui analyse les commentaires des chefs d’entreprise, s’est replié sensiblement en novembre, revenant aux niveaux observés en juillet. Il se maintient pourtant à des niveaux élevés, et ce dans les trois grands secteurs de l’économie (industrie, services, bâtiment).
Un PIB en progression de 0,2 % au dernier trimestre
Si la Banque de France anticipe une croissance de 0,7 % cette année et de 0,9 % en 2026, elle ne prévoit que 0,2 % de hausse du PIB pour le quatrième trimestre. Ce chiffre se décompose en un ralentissement généralisé de la production de richesse (valeur ajoutée, VA) des principales branches d’activité.
Variations trimestrielles du PIB (Crédits : Banque de France)
Le soutien de l’activité au dernier trimestre proviendrait du dynamisme de la valeur ajoutée dans l’industrie manufacturière (+ 0,4 %) et d’une progression dans les services marchands (+ 0,3 %). La valeur ajoutée dans l’énergie, malgré une forte décélération, resterait dynamique (+ 1,4 %). En revanche, la construction pèserait sur le chiffre global avec une prévision de valeur ajoutée quasi stable à -0,1 % pour le trimestre. L’agriculture et les services non marchands connaîtraient également un ralentissement significatif de leur contribution.
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L’incertitude politique, premier frein évoqué par les dirigeants
La principale raison de cette prudence, soulignée par les chefs d’entreprise interrogés, est la situation politique nationale. Ils pointent spécifiquement du doigt le manque de visibilité lié au vote du budget 2026, un facteur qui s’ajoute à un sentiment global d’économie jugé morose. Cette circonspection se répercute sur les intentions d’investissement et de recrutement.
L’anticipation d’une croissance du PIB limitée à 0,2 % pour le quatrième trimestre confirme que l’élan observé en novembre n’aura pas suffi à compenser les vents contraires. Ce chiffre est un net décrochage par rapport aux 0,5 % de croissance confirmée enregistrés au troisième trimestre. L’économie française atterrit sur un rythme de croissance faible à l’approche de la nouvelle année.
La défense, nouvelle locomotive économique
L’accélération de l’activité industrielle en novembre repose sur des fondations très spécifiques. Le segment des produits informatiques-électroniques-optiques se révèle être le principal moteur de cette hausse, une progression alimentée par des ventes particulièrement dynamiques aux secteurs de la défense, de l’aéronautique et du nucléaire. Ces marchés assurent une demande soutenue, agissant comme un amortisseur face à la morosité de la demande générale.
D’autres sous-secteurs participent également à ce rebond industriel. L’agroalimentaire connaît une reprise, aidée par un effet de calendrier : certaines ventes de boissons, anticipées en prévision des fêtes de fin d’année, ont été décalées d’octobre à novembre. Les produits laitiers d’hiver bénéficient également de cette dynamique.
Le redémarrage de l’automobile
L’automobile profite de la résorption progressive des difficultés d’approvisionnement, qui avaient contraint les constructeurs et équipementiers. Surtout, la reprise est favorisée par la réouverture des sites de production qui avaient été fermés en octobre. Globalement, les matériels de transport et les biens d’équipement conservent une bonne orientation.
La production fléchit dans la pharmacie en raison de ventes jugées décevantes. Le secteur de l’habillement-textile-chaussure marque également le pas, confirmant les difficultés rencontrées par les industries de biens de consommation face à une demande finale toujours contrainte.
Le taux d’utilisation des capacités de production (TUC) pour l’ensemble de l’industrie témoigne de cette amélioration sectorielle, grimpant de 76,3 % à 76,7 %. Néanmoins, cette hausse reste en deçà de sa moyenne de long terme, qui se situe à 77,1 %. Il progresse de + 2 points dans l’agroalimentaire et l’automobile, mais recule d’un point dans la pharmacie.
Des services marchands à deux vitesses
L’activité dans les services marchands progresse en novembre, mais à un rythme moins soutenu qu’en octobre. D’un côté, l’activité se renforce dans la location et la réparation automobile. Elle reste également bien orientée dans l’édition, ainsi que dans certains services aux entreprises, notamment les services d’information, les activités juridiques et comptables, et la restauration. Ces domaines bénéficient d’une demande incompressible ou d’une résilience face aux cycles économiques.
De l’autre côté, plusieurs secteurs subissent un net repli. C’est le cas des activités de loisirs et de services à la personne, et de l’hébergement. Le secteur de la publicité recule, lui, pour le quatrième mois consécutif. Ce déclin prolongé est directement pénalisé par le climat d’incertitude politique et économique, les entreprises étant les premières à sabrer leurs budgets marketing face à un manque de visibilité.
La rénovation résiste à la crise de la construction neuve
Le secteur du bâtiment poursuit sa progression en novembre, évoluant au-dessus de sa moyenne de long terme. Cette résistance est avant tout structurelle.
L’activité est principalement portée par le second œuvre, grâce aux travaux de rénovation et d’isolation thermique. Ces chantiers bénéficient des impératifs réglementaires et des aides publiques à la transition énergétique, constituant un socle de demande solide.
Dans le gros œuvre, l’activité est soutenue par la construction de bâtiments industriels (pour les clients dans les data centers, l’énergie, et la défense) et par une timide reprise des ventes de maisons individuelles. L’amélioration de la perception des carnets de commandes dans le bâtiment est notable et contraste avec la situation industrielle. Les carnets sont jugés de moins en moins dégarnis, notamment dans le gros œuvre, en raison de cette reprise de la maison individuelle et des commandes publiques de rénovation.
Les fragilités structurelles : carnets de commandes, trésorerie, emploi
Malgré les quelques signaux positifs d’activité, les entreprises restent confrontées à des fragilités structurelles importantes, notamment sur la demande et le financement.
Les carnets de commandes des industriels sont toujours considérés comme dégarnis dans leur ensemble. Cette situation s’explique par une concurrence étrangère exacerbée et la multiplication des reports de commandes. Seuls les segments de l’aéronautique et des chantiers navals font figure d’exception, profitant de plans de charge solides s’étendant sur plusieurs mois, voire années.
La trésorerie des entreprises est jugée globalement équilibrée dans l’industrie et les services. Mais cet équilibre est précaire. Le solde d’opinion fin novembre est légèrement négatif dans l’industrie et se dégrade dans des sous-secteurs sensibles comme l’habillement-textile-chaussure. Dans les services marchands, le solde se replie légèrement mais reste légèrement positif.
Le marché du travail offre un point de détente. Les difficultés de recrutement continuent de baisser, pour atteindre 16 % des entreprises en novembre. Cette détente est particulièrement marquée dans les services marchands, où le taux recule de 2 points. Toutefois, le taux reste significativement plus élevé dans le bâtiment (23 %) et plus faible dans l’industrie (13 %).
Le poids des congés de fin d’année
Les prévisions des chefs d’entreprise pour décembre 2025 sont nettement plus modérées que l’activité réelle observée en novembre. Le facteur saisonnier des congés de fin d’année pèse lourdement sur la dynamique attendue.
Dans l’industrie, l’activité continuerait de croître, mais à un rythme moins soutenu qu’en novembre. Un recul est même attendu dans l’automobile, en raison de fermetures pour congés plus longues que l’an dernier.
Dans les services marchands, l’activité évoluerait globalement peu. Un redémarrage est attendu dans l’hébergement et l’édition, mais un recul est anticipé pour le travail temporaire et les activités de loisirs et services à la personne.
Le bâtiment verrait l’activité s’inscrire en recul dans le gros œuvre en raison des arrêts de chantiers pour congés. Seul le second œuvre est attendu en légère hausse.
Une pression sur les marges confirmée
L’évolution des prix de vente confirme une normalisation du cycle, avec des dynamiques divergentes selon les secteurs.
Les prix de vente sont jugés stables dans l’industrie, le solde d’opinion se rapprochant de zéro. Des baisses sont notées dans la chimie et l’agroalimentaire. Des hausses persistent cependant dans les secteurs bénéficiant de plans de charge solides, comme l’aéronautique et la pharmacie.
Le bâtiment continue de subir une forte pression concurrentielle. Les prix sont toujours orientés à la baisse, tant dans le gros œuvre que dans le second œuvre. Un chiffre est particulièrement révélateur de la guerre des prix : 11 % des entrepreneurs du bâtiment ont déclaré avoir baissé leurs prix en novembre pour remporter des marchés face à la concurrence.
Dans les services marchands, l’évolution des prix est jugée en hausse très modérée, tirée principalement par l’hébergement, la restauration, la location automobile et l’ingénierie.
La Banque de France va réviser à la hausse ses prévisions Lors de la publication prévue le 19 décembre, « nous allons remonter un peu notre prévision de croissance pour cette année et pour l'année prochaine » a indiqué François Villeroy de Galhau ce mercredi matin, en ajoutant qu'il ne pouvait pas encore donner de chiffres. L'Insee et le gouvernement ont déjà relevé leur prévision de croissance à 0,8% pour 2025.