Défaillances d’entreprises : un record en trompe-l’œil

Le niveau de 2025 a dépassé la précédente période de pic lié à la crise des subprimes de 2007-2008.
© louisehoffmann83, Pixabay

Le niveau de 2025 a dépassé la précédente période de pic lié à la crise des subprimes de 2007-2008.
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Jamais les défaillances d’entreprises n’ont été aussi nombreuses en France. Si les chiffres ne sont pas exactement les mêmes selon les organismes, tous sont unanimes : le nombre de sociétés qui se sont retrouvées en procédure collective devant un tribunal de commerce a atteint un niveau record en 2025.
Le cabinet Altares en a dénombré 69 957 sur l’année, selon une étude publiée lundi, alors que le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce en a recensé 68 057, d’après des données révélées par le journal Les Échos ce mardi. C’est presque autant du côté d’Allianz Trade, qui faisait état au début du mois de 68 500 défaillances. Le décompte de la Banque de France sera quant à lui dévoilé le 6 février, mais s’était élevé à 68 296 en novembre en cumul sur douze mois.
Le niveau de 2025 a ainsi dépassé la précédente période de pic lié à la crise des subprimes de 2007-2008, qui avait eu des répercussions sur le nombre de défaillances d’entreprises jusqu’au début 2010. Il était ensuite resté plusieurs années élevé avant de redescendre doucement puis bien plus franchement en 2020-2021, où il avait atteint son plus bas historique à la suite de la crise du Covid-19 (27 222 défaillances en octobre 2021).
À cette époque, l’économie nationale, comme internationale, tournant au ralenti, l’État avait dégainé tout un lot de mesures de soutien aux entreprises (prêts garantis par l’État, fonds de solidarité, chômage partiel…) qui avaient permis à nombre d’entre elles d’éviter la faillite.
Ce sauvetage n’aura duré qu’un temps car dès la fin de l’année 2021, le nombre de défaillances a commencé à augmenter, pour ne jamais cesser de progresser depuis. « Les aides ont notamment soutenu et maintenu artificiellement en vie certaines entreprises fragiles et peu productives, qui n’auraient probablement pas survécu même sans crise sanitaire, rembobine la fondation Ifrap dans une analyse à l’automne 2025. Une fois les aides supprimées après la crise, de nombreuses entreprises se sont retrouvées en grande difficulté. Beaucoup d’entreprises peu productives ont fait faillite. Ceci explique en partie l’explosion du nombre de défaillances depuis 2022. »
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Un argument que balaie désormais la présidente du Conseil national des administrateurs et des mandataires judiciaires. « L'effet rattrapage d'après-Covid est bel et bien terminé », aujourd’hui, affirme-t-elle dans Les Échos.
Cet effet de rattrapage ne saurait expliquer à lui seul les défaillances en cascade des entreprises françaises. S’y est ajouté la forte inflation après le début de la guerre en Ukraine en février 2022, qui a fragilisé les marges des sociétés tricolores, rappelle la fondation Ifrap. Puis, plus récemment, l’incertitude politique, liée à l’instabilité du pouvoir à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 et la situation des finances publiques du pays, a entraîné le premier recul des investissements des entreprises depuis 12 ans.
Les entreprises subissent en plus les tensions géopolitiques, les guerres commerciales et la désorganisation des chaînes d'approvisionnement, complète Allianz Trade. « L’économie française a évolué en 2025 dans un cadre paradoxal mêlant à la fois une inflation maîtrisée et une croissance atone avec des finances publiques sous tension dans un contexte géopolitique compliqué », résume ainsi Thierry Millon, directeur des études de la société Altares.
Une lueur d’espoir perce néanmoins ce sombre tableau. « Si la hausse des faillites se poursuit, son rythme ralentit : +1,7 % au 4ᵉ trimestre (2025) contre +10 % sur la même période en 2024 et +38 % en 2023 », souligne Altares dans son étude. Un « mouvement de décélération » que la Banque de France a aussi relevé au début du mois lorsqu’elle a publié les chiffres des défaillances pour le mois de novembre.
Altares s’avance même à évoquer la possibilité d’un « léger repli » des faillites en 2026. Un avis partagé par Allianz Trade, qui anticipe une légère baisse de -2,5 %. Sans toutefois crier victoire : cette décrue porterait le total des défaillances à 66 700 cas, maintenant le pays sur un « plateau haut » très éloigné des normes d'avant-crise.
Des défaillances en hausse aussi dans le reste de l’UE
La France n’est pas le seul pays de l’Union européenne à voir son nombre de défaillances d’entreprises augmenter. Les autres membres du bloc des Vingt-Sept ont aussi « enregistré une chute du nombre de défaillances durant la crise du Covid puis une reprise soutenue à la sortie de la crise », confirme la fondation Ifrap dans son analyse de l’automne dernier.
Reste que l’Hexagone s’affiche comme le troisième pays européen avec la plus forte hausse des défaillances d’entreprises depuis 2021, derrière la Grèce et la Hongrie. Elle est de 150 %, contre une moyenne de 67 % dans l’UE et 75 % dans la zone euro.
Cela s’explique en grande partie par l’ampleur des aides publiques octroyées aux entreprises pendant la crise sanitaire, selon les chercheurs du think tank. Elles ont été importantes en France si bien que les défaillances d’entreprises « ont chuté beaucoup plus rapidement que dans la plupart des autres pays européens (…) Le retour à la normale donne donc mécaniquement des augmentations de défaillances plus fortes. »