Cosmétiques, pharmacie, automobile : les secteurs français les plus touchés par le blocage d’Ormuz

Le transport d'hydrocarbures serait le premier touché par la fermeture du détroit d'Ormuz, mais le reste du secteur maritime aussi.
Reuters

Le transport d'hydrocarbures serait le premier touché par la fermeture du détroit d'Ormuz, mais le reste du secteur maritime aussi.
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Le blocage paralyse Djebel Ali, 10ᵉ port de conteneurs mondial et hub de redistribution pour les produits français (luxe, cosmétiques, pharma) vers le Moyen-Orient, l’Afrique de l’Est et l’Inde.
L’industrie française subit des hausses de frais de transport de 10 à 30 % et des retards de livraison d’environ 10 jours dus au détournement par le cap de Bonne-Espérance.
Les entreprises font face à des ruptures de stocks régionales, forçant un arbitrage coûteux vers le fret aérien pour les produits à haute valeur ajoutée.
Si le détroit d’Ormuz est souvent réduit à sa fonction de « robinet pétrolier », sa fermeture actuelle engendre un séisme industriel bien plus profond. Pour les entreprises françaises, le véritable point de rupture ne se situe pas uniquement dans les raffineries, mais à Djebel Ali. Ce port, 10ᵉ mondial, n’est pas qu’une destination finale : c’est le centre névralgique où les marchandises tricolores sont stockées, reconditionnées et réexpédiées vers une dizaine de pays.
Aujourd’hui, le « gel » est total. Les géants du transport maritime — MSC, Maersk, Hapag-Lloyd et le français CMA CGM (propriétaire de La Tribune) — ont immobilisé leurs flottes, laissant des dizaines de navires sous pavillon français ou opérés par des intérêts français à l’arrêt près des côtes émiraties. Ce blocage coupe une chaîne logistique invisible : un parfum ou un médicament exporté vers les Émirats arabes unis est, dans les faits, souvent destiné aux marchés saoudien, indien ou kényan via les infrastructures de la zone franche de Jafza.
Le coût de ce blocage est immédiat. Le contournement de la mer Rouge et du détroit d’Ormuz impose un détour par le sud de l’Afrique, renchérissant le transport maritime de 10 à 30 %. Les armateurs appliquent des surcharges carburant et des primes de risque qui pèsent directement sur les marges des exportateurs.
À court terme, les industriels n’ont d’autre choix que de renégocier leurs contrats logistiques et de diversifier leurs hubs de transbordement vers Singapour ou des ports méditerranéens, malgré des coûts opérationnels accrus.
L’arrêt de Djebel Ali provoque une saturation des ports de repli. Les armateurs ayant ordonné la mise à l’abri de leurs navires, créent des « groupes de bateaux » immobiles sur les cartes de trafic maritime. 70 % des marchandises en conteneurs venant de l’axe Inde-Chine (textile, meubles, électroménager) ne parviennent plus à Dubaï pour être redistribuées.
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Le secteur des cosmétiques et des parfums, l’un des premiers contributeurs à l’excédent commercial français, se retrouve en première ligne. Les Émirats constituent la porte d’entrée majeure de ces produits vers le Golfe et l’Asie. Sans accès à Djebel Ali, les entrepôts régionaux ne sont plus alimentés, menaçant les parts de marché des marques françaises au profit de concurrents disposant de routes alternatives.
Les vins, spiritueux et produits frais à haute valeur ajoutée utilisent Dubaï comme plateforme de redistribution régionale. Le blocage force les industriels à des arbitrages radicaux : basculer vers le fret aérien, aux coûts prohibitifs pour les volumes importants, ou accepter des délais de livraison rallongés d’au moins dix jours via le cap de Bonne-Espérance.
Le secteur de la santé (médicaments et dispositifs médicaux) subit également ce blocage, Djebel Ali servant de base arrière pour approvisionner le sous-continent indien et l’Afrique de l’Est. Pour ces produits critiques, la rupture logistique n’est pas seulement économique, elle est sanitaire. Contrairement aux hydrocarbures, les produits de santé et certains produits alimentaires ne supportent pas les délais de livraison rallongés de 10 jours via le cap de Bonne-Espérance.
Parallèlement, l’industrie lourde est impactée. Si les voitures et machines proviennent majoritairement d’Allemagne, de nombreux composants et machines industrielles français transitent par Ormuz avant d’être acheminés par des navires « feeders » vers les marchés secondaires du Golfe. Ce commerce triangulaire Europe-Dubaï-Afrique/Asie est aujourd’hui coupé. Le détroit d’Ormuz est le passage obligé pour 84 % de la production de polyéthylène du Moyen-Orient, un plastique omniprésent dans l’emballage et l’automobile.
(Avec AFP)