Crise généralisée et moral au plus bas pour les architectes en Nouvelle-Aquitaine

80 % des agences d’architectes de Nouvelle-Aquitaine craignent pour leur pérennité économique dès 2027.
PC / La Tribune

80 % des agences d’architectes de Nouvelle-Aquitaine craignent pour leur pérennité économique dès 2027.
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« On a l’habitude d’avoir une activité qui oscille avec les cycles économiques et électoraux mais là on est dans un phénomène bien plus profond que ça », lâche l’architecte bordelais Boris Delafoulhouze, également trésorier du Conseil régional de l’Ordre des architectes (CROA). Cette structure qui coordonne les 2 700 architectes de Nouvelle-Aquitaine a présenté, ce 26 février, une enquête sur la santé économique de la profession dont les travaux ont généré cinq milliards d’euros de travaux en 2024. Et les résultats sont alarmants.
« Plus de la moitié des agences ont connu une baisse d’activité l’an dernier et nous avons trois fois plus d’architectes en procédure collective qu’avant la crise sanitaire », avance Virginie Gravière, la présidente du CROA. Fondée sur un échantillon très conséquent de 419 répondants, l’enquête conclut que 80 % des architectes de Nouvelle-Aquitaine sont inquiets pour la pérennité économique de leur entreprise dès 2027, avec seulement six mois d’activité en moyenne, contre 12 à 18 mois habituellement. Pour y faire face, 25 % prévoient de réduire leurs effectifs, alors même qu’un tiers sont des entreprises individuelles.
Conséquence directe : deux-tiers des architectes expriment un moral bas ou très bas et, pour la première fois, la Nouvelle-Aquitaine perd des architectes. Quand la profession gagnait jusque-là 50 inscriptions par an, elle en perd désormais 50 par an. « On voit des confrères de 30 ou 40 ans qui renoncent, qui abandonnent. On n’a jamais connu un tel mouvement », alerte également Nicolas Merlo, vice-président du CROA.
« La Nouvelle-Aquitaine est l’une des régions où cette crise est la plus violente parce qu’elle y est plurisectorielle », ajoute Virginie Gravière. « Il y a le logement neuf, comme partout ailleurs, mais il y a aussi tous les projets liés aux entreprises viticoles en Gironde et en Charente où tout est à l’arrêt. Même des projets autorisés et prêts à démarrer sont stoppés. »
À Bordeaux comme à Cognac, la viticulture et le négoce sont en effet empêtrés dans une crise violente et durable aux conséquences économiques très lourdes. Quant au logement neuf, les mises en chantier à Bordeaux Métropole n’ont pas dépassé 4 900 logements l’an dernier, soit 40 % de moins qu’en 2021. Et les ventes ne repartent pas, elles sont même en repli de -4 % sur un an, plafonnant à la moitié du niveau d’avant crise.
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Tout cela pousse néanmoins les architectes à rebondir et pivoter. 92 % des répondants déclarent diversifier leurs activités, prospecter de nouveaux clients et se former sur le réemploi et les nouveaux matériaux.
Et faute de construction neuve, tous les regards se tournent vers le bâti existant. « La moitié des répondants réalisent désormais plus de 70 % de leur chiffre d’affaires dans la rénovation. Il y a beaucoup de choses à développer dans ce domaine dans le cœur des métropoles comme dans celui des villes moyennes et des centres-bourgs », pointe Nicolas Merlo.
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Des marchés qui se situent au croisement des problématiques de rénovation énergétique, de sauvegarde du patrimoine et de l’aménagement du territoire. « Les architectes sont un maillon d’une chaîne économique bien plus vaste. Ils interviennent partout dans les espaces publics et privés pour défendre la qualité du cadre de vie. S'ils sont fragilisés, c’est la capacité collective à améliorer notre cadre de vie et à s'adapter au changement climatique qui est en jeu », souligne également Virginie Gravière.