De l'immobilier aux droits de douane : pourquoi le plan Trump se heurte à la réalité

Le président américain Donald Trump lords de son discours sur l'état de l'Union dans la Chambre des représentants du Capitole à Washington.
REUTERS - Nathan Howard

Le président américain Donald Trump lords de son discours sur l'état de l'Union dans la Chambre des représentants du Capitole à Washington.
REUTERS - Nathan Howard
Lors de son long discours sur l’état de l’Union, Donald Trump a pris le temps de se vanter de son bilan économique. À l’approche des élections de mi-mandat en novembre, qui détermineront la majorité au Congrès, le président américain doit convaincre les Américains de voter républicain. Mais sa cote de popularité est descendue dans les sondages et les ménages se plaignent toujours plus de la chute de leur pouvoir d’achat.
Une réalité qui n’est pas du tout décrite par le milliardaire républicain. Inflation vaincue, remontée de l’emploi, baisse des prix des carburants… La plupart des données et des affirmations qu’il a émises étaient erronées. Et le peu de mesures économiques annoncées, noyées derrière ses propos sur l'immigration, reste épars et parfois peu justes. La Tribune fait le point.
Donald Trump - « Les taux d’intérêt bas vont résoudre le problème du logement créé par Biden. Tout en protégeant la valeur des biens immobiliers de ceux qui possèdent déjà une maison et qui se sentent vraiment riches pour la première fois de leur vie. Nous voulons protéger ces valeurs. Nous voulons maintenir ces valeurs. Nous allons faire les deux. Et nous allons continuer ainsi ».
La réalité des faits. Trump fait face à un dilemme : à la fois les prix élevés de l’immobilier ont permis d’enrichir les propriétaires américains, leur résidence principale représentant près de la moitié de leur patrimoine. Mais il est aussi plus difficile d’acquérir un bien immobilier, notamment pour les primo-accédants.
Les taux hypothécaires ont bel et bien baissé et vont pouvoir soutenir les ménages américains. Celui à 30 ans est redescendu autour des 6 %. Ces taux, pratiqués par les banques pour accorder des crédits, dépendent en grande partie des taux d’intérêt de la banque centrale, mais sont également influencés par les conditions du marché immobilier ou encore le contexte économique. Des taux d’intérêt bas ne résoudront pas entièrement « le problème du logement ».
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Outre des prix de l’immobilier élevés qui ont pu évoluer plus vite que les salaires, le marché manque cruellement d’habitations, près de quatre millions, relève le Wall Street Journal. Et le président s’est montré à de nombreuses reprises contre l’idée d’en construire de nouveaux, car quand « on rend l'accès à la propriété trop facile et trop bon marché, la valeur des maisons chute », a-t-il précédemment déclaré, rapporte l’agence de presse AP.
Et encore faut-il que la Réserve fédérale américaine assouplisse sa politique monétaire. La Fed a réduit ses taux directeurs de 75 points de base sur les six derniers mois en 2025. Si Trump a nommé Kevin Warsh qui prendra la tête de la Fed dans quelques mois, rien ne dit qu’il pourra abaisser rapidement et fortement les taux. La Fed est une institution financière indépendante et les marchés anticipent cette année qu’une seule baisse.
Toujours sur le logement, le président américain a également signé un décret pour interdire aux sociétés d’investissement d’acheter des maisons individuelles et de les mettre en location, pour réserver les logements aux ménages. « Et maintenant, je demande au Congrès de rendre cette interdiction permanente », a-t-il déclaré. D’après une note de Brookings, un think tank américain, seules 3 % des locations sont détenues par de grands investisseurs. Une mesure qui pourrait « soulager » le marché mais non réduire le problème de logement.
Donald Trump - « Ce soir, bien que cela ait commencé il y a quatre mois, j’annonce officiellement la guerre contre la fraude, qui sera menée par notre excellent vice-président, J.D. Vance. Et si nous parvenons à détecter suffisamment de fraudes, nous aurons un budget équilibré du jour au lendemain. Cela ira très vite. C’est le genre de somme dont vous parlez. Nous équilibrerons notre budget ».
La réalité des faits. D’après le Bureau de responsabilité du gouvernement américain (GAO), le gouvernement perdrait entre 233 et 521 milliards de dollars chaque année à cause de la fraude. Leur étude est basée sur les données comprises entre 2018 et 2022. Un chiffre éloigné du déficit budgétaire qui, lui, atteint 1 800 milliards de dollars en 2025, selon le CBO, l’agence fédérale dédiée au budget.
Qui plus est, détecter les fraudes comporte aussi un coût pour l’État, plusieurs milliards de dollars, et peut être laborieux. Le département du Trésor américain a annoncé récupérer 4 milliards en 2024, grâce au développement de l’intelligence artificielle.
Donald Trump - « Et avec le temps, je pense que les droits de douane payés par les pays étrangers remplaceront, comme par le passé, une grande partie du système actuel d’impôt sur le revenu, allégeant ainsi considérablement le fardeau financier qui pèse sur les personnes que j’aime. »
La réalité des faits. C’est une petite musique que le président américain aime répéter : il souhaiterait que les droits de douane puissent remplacer à terme en grande partie les impôts sur le revenu. Il idéalise l’époque au XIXᵉ siècle où les tarifs douaniers étaient l’une des principales ressources du gouvernement (plus de 80 % des recettes) et où l’impôt sur le revenu n’existait pas encore (il a vu le jour en 1913).
Sauf qu’aujourd’hui, les recettes sur les droits de douane sont loin de remplacer celles des impôts sur le revenu. Ils ont apporté 300 milliards l’année dernière contre 2 400 milliards pour les impôts en 2024. La Cour suprême des États-Unis a en plus déclaré vendredi dernier comme illégales les surtaxes du président américain. Il a depuis utilisé un autre texte pour imposer des droits de douane mondiaux de 10 % et l’administration Trump estime qu’elle pourra récolter le même montant de taxes que ce qui était prévu avant la décision de la plus haute juridiction du pays.
Par ailleurs, le coût des droits de douane est supporté en grande majorité par les entreprises, mais surtout les ménages américains. Déjà à l’époque où les taxes flirtaient autour des 50 %, les inégalités étaient élevées dans le pays.